RUINES DU CHATEAU DE FOLLEVILLE (SOMME), QUINZIEME SIECLE
Saint Vincent, étant précepteur dans la famille de Gondi, y accompagna souvent M. et madame de Gondi auxquels ce château appartenait. De là Vincent se répandait dans les campagnes, instruisant les pauvres et les assistant en mille manières.
saint, qui avait vécu à la cour de Marguerite de Valois, connaissait par expérience les dangers que peuvent amener la dissipation, l’oisiveté et le bruit d’une grande maison. « Il résolut, dit un de ses anciens biographes, en entrant dans celle du général des galères, de leur opposer la simplicité et la prudence, et d’adopter un plan de conduite invariable et propre à le maintenir dans une parfaite liberté d’esprit. Il se proposa de ne jamais se présenter chez M. et madame de Gondi qu ils
ne l’eussent fait appeler, et de ne se mêler de son propre mouvement que de ce qui avait un rapport direct avec sa charge de précepteur. Hors le temps consacré à l’éducation de ses élèves ou à des œuvres de charité, il ne quittait pas sa chambre : elle était pour lui une véritable cellule, et, malgré la multitude des allants et venants dans le brillant hôtel de Gondi, il avait su s’y créer une solitude profonde.» Vincent pensait, selon les maximes du pieux auteur de Y Imitation, que pour se produire sans avoir rien à redouter des occasions les plus périlleuses, il faut se tenir dans l’isolement et le silence lorsqu’il n’y a point de nécessité de sortir ou de parler. Mais la charité le tirait souvent de sa retraite, soit qu’il fut appelé au dehors pour le service du prochain, soit qu’il employât son ministère de paix et de sanctification auprès des gens de la maison ou des villageois établis sur les vastes domaines du seigneur de Joigny. Du reste, pour se conduire dans cette maison selon l’esprit de Dieu, il avait pris pour règle, comme il l’a fait connaître lui-même, sans se désigner toutefois, de regarder et d’honorer en la personne de M. de Gondi celle de Notre-Seigneur, en la personne de madame celle de la sainte Vierge, et en celle des officiers et serviteurs, domestiques et autres gens qui affluaient dans la maison, les disciples et les foules qui entouraient Notre-Seigneur, ajoutant que «cette considération l’ayant toujours retenu dans une grande modestie et circonspection en toutes ses paroles, lui avait acquis l'affection de ce seigneur et de cette dame et de tous les domestiques, et donné moyen de faire un notable fruit dans cette famille. » Son zèle des âmes, qu’il trouvait à dépenser en tant de manières dans son emploi d’aumônier et de précepteur, était toujours selon la prudence, et autant il savait user d’une sainte liberté envers les principaux personnages de la maison et envers M. de Gondi luimême, autant il mettait de discrétion jusque dans les plus grandes audaces de son ministère.
Un jour que M. le général des galères se trouvait, selon le détestable usage du temps, engagé dans une affaire d’honneur, et qu’il avait assisté, comme de coutume, à la messe, avant d’aller se battre, Vincent attendit qu il fut seul et, se jetant a ses pieds : « Souffrez, monseigneur,
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