LECTURE DU FAC-SIMILÉ CI-CONTRE
Au nom du Père et du Fils et du Sainct-Esprit, le huitiesmc de Décembre jour de Limmaculée Conception 1 de la Vierge, Mère de Dieu, lan mil six cent dix sept, dans la Chapelle de l’hospital de la vile de Chastillon-lez-Dombes, le peuple estant assemblé, Nous Vincent Depaul, prestre et curé indigne de ladicte vile, avons exposé comme monsieur de La Paye, grand vicaire de monseigneur larchevesque de Lyon, nostre très digne prélat, a approuvé les articles et Règlements cy dessus contenus, dressés pour Lerection et establissement de la Confrairie de la Charité en ladicte vile et au dedans de Ladicte chapelle, Au moyen de quoy, Nous Curé susdict, en vertu de Ladicte approbation, avons cejourd’huy érigé et estably Ladicte Confrairie en ladicte Chapelle, ayant premièrement fait scavoir au peuple, en quoy Ladicte Confrairie conciste, et quelle est sa fin, qui est, dacister les pauvres malades de Ladicte vile spirituellement et corporellement, Et ayant admonesté ceux qui voudroyent en estre [de] saprocher et de donner Leur nom, se sont présentées : Fransoisse Bachet, Charlotte de Brie, Gasparde Puget, Florence Gomard, femme de monsieur le Châtelain; Denise Renier, femme du Sire Claude Bouchon; Philiberte Mulger, femme de Philibert Desigonières; Catherine Pâtissier, vefve de feu Elienor Burdilliat, Jehanne Perrier (?), fille de feu Perrier (?) ; Florence Gomard, fille de feu M. Daniel Gomard; Benoiste Prost, fille de Emmond Prost; Thoyne Guay, vefve de feu Pontin Guichenon, qui cest présentée pour estre garde de Pauvres.
i. Cette expression est remarquable près de deux siècles et demi avant la définition du dogme et prouve la piété de Vincent pour la sainte Vierge.
s’y arrêter; car, disait-il avec sa prudence consommée, « ce qui semble fort beau dans la spéculation est souvent inapplicable dans la pratique. » Mais l’essai de Châtillon devint bientôt une grande institution. Vincent de Paul était encore curé que déjà Bourg et les autres lieux voisins avaient adopté la confrérie de la Charité. Encouragé par l’expérience, il devint lui -même le plus actif propagateur de son œuvre. Il disait, cet homme de Dieu, qu’il ne fallait point enjamber sur la Providence; mais quand la Providence lui avait ouvert la voie, il la suivait à pas de géant.
Son retour dans la maison de Gondi servit providentiellement à l’extension des confréries. Avec le concours de ses généreux patrons il en établit en peu d’années à Villepreux, à Joigny, à Montmirail et dans plus de trente villages relevant de la seigneurie du général des galères. Il compléta l’institution en organisant aussi des confréries d’hommes; ceux-ci devaient s’occuper des pauvres valides, pendant que les femmes prendraient soin des malades. Folleville, où commencèrent les missions, vit aussi la première confrérie d’hommes, véritable origine de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, qui n’eut qu’à retrouver les règlements donnés par son saint patron à l’association de Folleville pour se reconnaître. Tant il est vrai, comme on l’a dit, qu’il n’est peut-être pas une seule œuvre de charité, en ce temps-ci, qui ne remonte à saint Vincent comme à son auteur et à sa source ! Fes deux associations d’hommes et de femmes, quoique séparées, étaient faites pour aller ensemble; quelquefois elles sont réunies dans la même administration, mais le ministère reste divisé entre les pauvres valides et les pauvres malades. Vincent de Paul étendit la confrérie au patronage des jeunes apprentis; on les réunissait pour les faire travailler, dans une manufacture, sous la direction d un ecclésiastique et la conduite d’un maître ouvrier.
Des villages, les confréries de la Charité que Vincent y avait d abord établies par une sollicitude particulière pour la misère plus abandonnée des champs, se répandirent dans les villes, à la demande de plusieurs dames de qualité qui en avaient apprécié le bienfait
durant
leur villégiature. De proche en proche, l’institution si secou-
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râble aux pauvres gagna tout le royaume. Du vivant même du fondateur elle avait passé de France en Lorraine, en Savoie, en Italie, en Pologne, partout où les enfants de Vincent de Paul étaient allés évangéliser les pauvres.
En reprenant cette condition d’aumônier et de précepteur qui
offrait un si vaste champ à son zèle par le nombre de villages et de
vassaux sur lesquels régnait la puissante maison de Gondi, Vincent
de Paul avait repris aussi ses chères missions rurales. Désormais les
deux œuvres de la mission et de la confrérie, si bien unies l’une à
l’autre, marchèrent ensemble. Evangéliser et secourir les pauvres, c’était toute la vie de Vincent de Paul. Ses disciples rendirent son cœur présent partout, en propageant son action là où il ne pouvait aller. Par ce double ministère de l’enseignement et de l’assistance, le bien de l’àme et le bien du corps s’opéraient ensemble. La mission avait pour complément la confrérie, et ainsi la France, l’Europe ellemême, virent ce nouvel apostolat de la charité qui apportait au pauvre le pain avec la parole de Dieu. «Chose prodigieuse! dit le dernier historien de saint Vincent de Paul, toutes ces confréries subsistèrent non seulement pendant la vie du saint, mais après lui et jusqu'à la Révolution, en sorte qu’on ne saurait calculer la multitude de pauvres qui, dans toute l’Europe et même dans les missions d’outre-mer, durent à leur charitable industrie le bien de leur corps et de leur âme. Aucune pourtant n’eut jamais d’autre fonds que le fonds, inépuisable, il est vrai, de la Providence divine. Une quête générale dans la paroisse au jour du premier établissement, quelques meubles, un peu de linge, recueillis à la même occasion, en formaient le principal; les quêtes des dimanches et des fêtes, Dieu plutôt et la charité des fidèles, faisaient le reste; et cela avec tant de sûreté et d’abondance que jamais les malades ne manquèrent du nécessaire. »
Avec les ressources qu’il trouvait dans la maison de Gondi, à incent
de Paul avait déjà pu jeter les fondements de deux grandes œuvres.
La suzeraineté de cette illustre famille, étendue à plusieurs provinces,
lui créait une juridiction de charité qu’il exerçait, à l’aide de quelques
prêtres et religieux, dans les diocèses de Paris, de Beauvais, de Soissons,
SAINT VINCENT DE PAUE
de Sens et de Chartres. Madame de Gondi, quoique faible et souvent infirme, le secondait avec un zèle admirable; elle lui préparait la voie par ses bienfaits, et achevait son œuvre en revenant après lui. Plus Vincent de Paul voyait les nécessités des pauvres gens de la campagne, plus il redoublait d’ardeur pour les travaux de la mission. A Montmirail, un hérétique dont il cherchait la conversion lui avait répondu : « Vous m’avez dit que l’Église de Rome est conduite du Saint-Esprit, mais c’est ce que je ne puis croire, parce que, d’un côté, l’on voit les catholiques de la campagne abandonnés à des pasteurs vicieux et ignorants, sans être instruits de leurs devoirs, sans que la plupart sachent seulement ce que c’est que la religion chrétienne; et, d’un autre, l’on voit les villes pleines de prêtres et de moines qui ne font rien, et peut-être que dans Paris il s’en trouverait dix mille qui laissent cependant ces pauvres gens des champs dans leur ignorance épouvantable par laquelle ils se perdent. Et vous voudriez me persuader que cela soit conduit du Saint-Esprit! Je ne le croirai jamais.» Vincent lui montra qu’il exagérait le mal par l’ignorance du bien ; mais en même temps il sentit la force de l’objection, et faisant appel au dévouement de plusieurs prêtres, il se mit avec un nouveau zèle à évangéliser, à leur tête, les bourgs et les villages. Montmirail et toutes les paroisses voisines reçurent leurs prédications. Le peuple revenait en foule à la foi. L’hérétique y vint aussi : « C’est maintenant, dit-il à l’apôtre de Dieu, que je vois que le Saint-Esprit conduit l’Église romaine, puisqu’on y prend soin de l’instruction et du salut des pauvres villageois; et je suis prêt à y entrer quand il vous plaira de m’y recevoir. »
Dès ce moment-là, l’institut de la Mission fut conçu dans l’esprit du saint. L objection de l’hérétique et sa conversion soudaine lui firent comprendre la nécessité d’une congrégation spécialement vouée à 1 apostolat des campagnes. Lui-même rattachait sa fondation à ce souvenir. « Oh! messieurs, disait-il à ses prêtres pour leur faire mieux comprendre leur vocation, quel bonheur à nous missionnaires de vérifier la conduite du Saint-Esprit sur son Église, en travaillant, comme nous faisons, a 1 instruction et sanctification des pauvres ! » Quatre
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