DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Saint François de Sales présente saint Vincent de Paul aux religieuses de l’ordre qu’il a fondé et l’établit leur supérieur. La reine Marie de Médicis préside la cérémonie.
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LES' ŒUVRES
Médicis, d’Anne d’Autriche et de Louis XIV. Il y eut dans le grand siècle un génie, un art, un gouvernement chrétiens, parce que la société touchait alors par ses sommets à un monde supérieur de prières et de pénitence qui l’inspirait et la vivifiait de toutes parts.
Pour Vincent de Paul, placé à la tête des religieuses de la Visitation par le choix de leur vénéré fondateur, il ne vit dans cet honneur qu’un nouveau fardeau pour sa conscience. Lui, si saint déjà et si mortifié, il redoubla de ferveur et d’austérités. « Depuis longtemps, dit un de ses historiens, il avait coutume de porter un rude cilice, de se ceindre les reins de chaînes de fer. armées de pointes, de dormir peu et toujours sur la paille, de se donner la discipline jusqu’au sang, d’être de la plus extrême sobriété; il augmenta ses jeûnes, ses veilles, ses macérations, et se réduisit en toutes choses au plus strict nécessaire. » Du saint évêque de Genève, il emprunta la douceur incomparable. Se trouvant, en comparaison de lui, un certain air de rudesse, dernier vestige d’une nature portée à la colère, il pria instamment le Seigneur Jésus de lui changer cette humeur sèche et de lui donner un esprit doux et bénin. La prière que son humilité lui faisait adresser à Dieu fut si bien exaucée, si elle avait encore besoin de l’être en quelque chose, que sa douceur et son affabilité devinrent aussi célèbres que sa charité. De lui aussi on a dit, ce qu’il disait de saint François de Sales : qu’il était difficile de trouver un homme dont la vertu s’annonçât sous des traits plus aimables, et qui fût plus capable de gagner à Dieu tous les cœurs jusqu’à la foi.
Toute sa vie, Vincent de Paul resta supérieur de la nouvelle communauté de Paris, qu’il dirigea pendant ces trente-huit ans dans les voies de la perfection, étant lui-même l’exemple le plus parfait de la vie religieuse. Saint François de Sales avait pu mourir en paix, peu de temps après avoir légué à ses filles bien-aimées en Jésus-Christ un guide aussi doux et aussi sage que lui. Dans le même temps que Vincent était chargé par le grand évêque de Genève de la direction des Dames de la Visitation, il recevait du supérieur général des Minimes, en considération de son insigne piété et des services qu’il avait rendus
aux enfants de Saint-François-de-Paule, des lettres d’association, lui donnant part à toutes les prières et bonnes œuvres de l’ordre.
Supérieur des Visitandines, aumônier général des galères, le saint embrassait dans son ministère les deux extrêmes du bien et du mal; par un étrange contraste, il avait à la fois sous sa juridiction l’élite des âmes et le rebut de la société. Une charge ne lui fit pas négliger l’autre, et les deux ne l’empêchèrent pas de vaquer à ses travaux auprès des pauvres de la campagne et de la ville. Personne n’eut plus que lui de charges et d’occupations, et personne ne sut faire plus de choses. On a fait remarquer avec raison que la manière dont il savait régler l’emploi de son temps est une des merveilles les plus grandes de sa merveilleuse existence.
Dès qu’il fut assez libre de ses autres occupations, l’aumônier réal des galères s’empressa de quitter Paris pour visiter les malheureux commis à son infatigable charité. Vers le mois de juillet 1622, il arrivait à Marseille ; les galériens s’y trouvaient alors réunis en plus grand nombre qu’ailleurs. Dix-sept ans auparavant, cette ville avait été pour Vincent de Paul l’occasion d’une dure captivité en Barbarie; il y trouva, cette fois, une captivité volontaire. Pour mieux connaître par lui-même les nécessités de ces misérables forçats, et afin de se dérober aux honneurs, il était venu sans révéler sa qualité et il visitait les galères, selon la coutume chrétienne de ces temps, comme un étranger ordinaire. Ce que son cœur ressentit à la vue de tant d’abjection et de souffrance, il l’a raconté lui-même à un prêtre de sa congrégation qui, par excès de zèle, usait envers les paysans, dans ses prédications, de paroles trop rudes, pour lui montrer que, s’il voulait réussir auprès des pauvres gens, il devait agir et parler avec l’esprit de douceur qui est le véritable esprit de Jésus-Christ. « Je vis en arrivant, dit-il, un spectacle, le plus pitoyable qu’on puisse s’imaginer, des criminels doublement misérables, plus chargés du poids insupportable de leurs péchés que de la pesanteur de leurs chaînes, accablés de misères et de peines, qui leur ôtaient le soin et la pensée de leur salut et les portaient incessamment au blasphème et au désespoir. C’était une vraie image de l’enfer, où l’on n’entendait parler de Dieu que pour le
SAINT VINCENT DE PAUL PREND LES FERS d’üN GALÉRIEN