‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 49 sur 236 · I JO · texte numérisé non relu

I JO

à leurs commencements, presque inaperçues des hommes, elles grandissent bien vite et deviennent l’admiration du monde. « La Compagnie, disait le saint, a commencé sans aucun dessein de notre part ; elle s’est multipliée par la seule conduite de Dieu, et a été appelée partout par des ordres supérieurs, sans que nous y ayons contribué que de la seule obéissance. » Quand madame de Gondi pensa à l’établir, il ne fallait plus qu’une maison et l’approbation de l’autorité ecclésiastique. Elle fit part de son dessein à son mari; celui-ci voulut partager avec elle le titre de bienfaiteur du nouvel institut. L’archevêque de Paris, Jean-François de Gondi, frère du général des galères, ne se contenta pas d’approuver une institution si utile pour son diocèse, mais, voulant y contribuer aussi, il offrit pour le logement des prêtres missionnaires le collège des Bons-Enfants qui était à sa nomination, et qui depuis longtemps ne recevait plus d’écoliers. Les deux époux et le prélat, après avoir conféré sur les moyens de faire réussir un si saint projet, résolurent d’en parler ensemble à Vincent pour forcer son humilité. Tout d’abord il se récusa; mais, sur l’ordre de l’archevêque, il dut acquiescer aux propositions des pieux fondateurs : c’était de recevoir la principalité du collège des Bons-Enfants avec la direction des prêtres qui s’y retireraient et des missions auxquelles ils seraient employés, et de choisir lui-même les prêtres les plus propres à ce ministère. Le icr mars 1624, Vincent de Paul, âgé alors de quarante-huit ans, recevait de l’archevêque ses provisions de principal du collège ; le lendemain, ne pouvant y résider lui-même, retenu qu’il était dans la maison de Gondi, il donnait sa procuration, signée du titre de licencié en droit canonique, et le 6 du même mois, Antoine Portail, son premier disciple, prenait en son nom possession de la maison.

Ainsi se fondait cette œuvre de la Mission, née de la particulière charité de Vincent de Paul pour les pauvres et les ignorants; ainsi l’homme de Dieu commençait avec un seul disciple cette grande famille de missionnaires destinée à se répandre dans toute la France et dans le monde entier. C’est une chose admirable entre toutes que la naissance et la propagation de ces familles religieuses que la

Page 1