‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 52 sur 236 · LA PAUVRETÉ, PREMIER VŒU DE RELIGION · texte numérisé non relu

LA PAUVRETÉ, PREMIER VŒU DE RELIGION

Fresque de Giotto dans la basilique d’Assise, quatorzième siècle. — Jésus-Christ consacre le mariage de la Sainte Pauvreté avec saint François pendant que dans le ciel deux anges offrent à Dieu le Père les palais et les riches vêtements auxquels François vient de renoncer. Pâle et amaigrie, la Pauvreté marche au milieu des épines et sur les pierres aiguës d’un chemin âpre et difficile, mais les roses et les lis fleurissent autour de sa tête; ses vêtements sont déchirés, mais leur blancheur n’est pas ternie; un chien aboie après elle et les enfants de la rue l’injurient, mais les chœurs des anges lui servent de cortège. A droite, un ange de la justice chasse les avares et ces moines dégénérés qui caressent des sacs d’or; à gauche, un ange de la miséricorde entraîne, vers les pures jouissances de la pauvreté volontaire, le jeune homme riche qui distribue ses biens aux pauvres.

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ne reste que le pauvre peuple de la campagne qui seul demeure comme abandonné; à quoi il leur avait semblé qu’on pourrait aucunement remédier par la pieuse association de quelques prêtres de doctrine, piété et capacité connues, qui voulussent bien renoncer tant aux conditions desdites villes, qu’à tous bénéfices, charges et dignités de l’Église, pour, sous le bon plaisir des prélats, chacun en l’étendue de son diocèse, s’appliquer entièrement et purement au salut du pauvre peuple, allant de village en village, aux dépens de la bourse commune, prêcher, instruire, exhorter et catéchiser les pauvres gens, les porter à faire tous une bonne confession générale de toute leur vie passée, sans en prendre aucune rétribution, afin de distribuer gratuitement les dons qu’ils auront gratuitement reçus de la main libérale de Dieu. » A cet effet, « en reconnaissance des biens et grâces qu’ils ont reçus et reçoivent journellement de la Majesté divine; pour contribuer à Tardent désir qu’elle a du salut des pauvres âmes, honorer le mystère de l’Incarnation, la vie et la mort de Jésus-Christ; pour l’amour de sa très sainte mère, et encore pour essayer d’obtenir la grâce de si bien vivre le reste de leurs jours, qu’ils puissent espérer avec leur famille parvenir à la gloire éternelle, » les deux époux donnent « à M. Vincent de Paul, prêtre du diocèse d’Acqs , » la somme de 45,000 livres, devant être employée en fonds de terre, ou rente constituée, pour qu’il choisisse dans un an tel nombre de prêtres de doctrine, de piété et de bonnes moeurs que la fondation pourra porter, qui travaillent à cette oeuvre, sous sa direction, sa vie durant. « Lesdits ecclésiastiques, est-il dit dans le contrat, vivront en commun sous l'obéissance dudit sieur de Paul et de leurs supérieurs à l’avenir, après son décès, sous le nom de Compagnie, Congrégation ou Confrérie des pères ou prêtres de la Mission. »

Tel est l’acte de fondation de l’illustre Congrégation de saint Vincent de Paul ; elle ne porte point d’autre nom que celui que lui avaient donné ses généreux patrons, et elle tira ses règles des moyens proposés dans les clauses mêmes du contrat pour assurer la fin de l’œuvre. Témoins des travaux de leur ancien aumônier, les pieux fondateurs n’avaient eu qu’à s’inspirer de ses actions et de son espiit

pour tracer le plan général de la Mission, tel que lui-même le consacra dans les règles qu’il donna longtemps après à sa congrégation.

Ce contrat, d’une munificence si admirable et d’une piété plus admirable encore, fut le testament de madame de Gondi. Elle n’avait rien eu de plus à cœur que la fondation des Prêtres de la Mission, ayant vu par expérience le bien qui pouvait en résulter pour le salut et la sanctification des pauvres gens des champs. Son ouvrage terminé, « il lui semblait qu’elle ne pouvait plus rien désirer en cette vie, et, comme une autre Monique, elle pouvait bien dire en son cœur qu’elle n’avait plus rien à faire sur la terre, Dieu ayant donné le comble à ses désirs. » Deux mois après, cette noble et sainte femme, dont la vie avait été si mêlée à celle du grand serviteur de Dieu, et dont les œuvres étaient en partie ses œuvres, s’endormait avec l’aide de son saint ami dans la paix du Seigneur.

C’était pour Vincent de Paul l’heure de l’affranchissement. Les derniers devoirs rendus à la pieuse comtesse de Joigny, il courut en Provence apprendre au comte son malheur et l’en consoler. Dieu avait tout arrangé pour que désormais il fut tout entier à la congrégation qui naissait de lui. Peu après qu’il eut obtenu de M. de Gondi la permission de quitter sa maison, malgré le désir de la pieuse testatrice qui l’y attachait pour toujours après elle, le général des galères renonçait, de son côté, au monde, à la fortune, à ses dignités, et entrait à l’Oratoire. C’était le temps où un prince de Conti faisait deux heures d’oraison par jour et où un Montmorency échangeait l’épée de connétable de France pour la bure de saint

François.

Entièrement dégagé du monde, Vincent de Paul se retira au collège des Bons-Enfants pour y commencer une nouvelle vie apostolique et y « faire une profession particulière de travailler à sa propre perfection et au salut des peuples, dans la pratique des vertus que Jésus- Christ a enseignées et dont il nous a laissé l’exemple. » Ce fut là, dit Abelly, qu’ « il jeta les premiers fondements de la Congrégation de la Mission, toute dédiée, comme celle des premiers disciples du Sauveur, à suivre ce grand et premier missionnaire venu du ciel,

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et à travailler au même ouvrage auquel il s’est employé pendant le temps de sa vie mortelle. »

Toute l’idée de l’Institut de la Mission est dans l’imitation de

l’obéissance, deuxieme vœu de religion

Partie d’une fresque de Giotto dans la basilique d' Assise, treizième siècle. L Obéissance est assise sur un trône pour marquer qu’elle n’agit point par contrainte; le doigt sur la bouche, elle enseigne que le silence et la discrétion sont des vertus obligatoires dans la profession religieuse ; ses ailes indiquent qu elle ne tient plus à la terre. Un religieux courbe la tête sous le joug qu’elle lui impose.

Jésus-Christ, que Vincent de Paul avait pour unique règle de conduite et qui lui inspira de bonne heure le dessein de se consacrer aux pauvres. Lorsqu’à la fin de sa vie, pressé par 1 âge, éclairé pat l’expérience et par les conseils que son humilité lui faisait recheichci

partout, le saint se décida à donner des règles à sa congrégation, dans le discours qu’il tint alors aux siens, il leur dit, en leur exposant les raisons de les observer inviolablement : « Un autre motif qu’elle a, est que ses règles sont presque toutes tirées de l’Evangile, comme chacun voit, et qu’elles tendent toutes à conformer votre vie à celle que notre Seigneur a menée sur la terre ; car il est dit que ce divin Sauveur est venu et a été envoyé de son Père pour évangéliser les

pauvres : Pauperibus evangeli\are misit me, pour annoncer l’Evangile aux pauvres, comme par la grâce de Dieu la petite compagnie tâche de faire, laquelle a grand sujet de s’humilier et de se confondre de ce qu'il n’y en a point encore eu d’autre, que je sache, qui se soit proposé pour fin particulière et principale d’annoncer l’Évangile aux pauvres, et aux pauvres les plus abandonnés : Pauperibus evangeli\are misit me. Car c’est là notre fin : Oui, messieurs et mes frères, notre partage sont les pauvres. Quel bonheur de faire la même chose pour laquelle Notre -Seigneur a dit qu’il était venu du ciel en terre, et moyennant quoi nous espérons avec sa grâce d’aller de la terre au ciel. Faire cela, c’est continuer l’ouvrage du Fils de Dieu, qui allait volontiers dans les lieux de la campagne chercher les pauvres. Voilà à quoi nous oblige notre institut, à servir et à aider les pauvres que nous devons reconnaître pour nos seigneurs et pour nos maîtres. O pauvres mais bienheureuses règles qui nous engagent à aller dans les villages, à l’exclusion des grandes villes, pour faire ce que Jésus- Christ a fait ! Voyez, je vous prie, le bonheur de ceux qui les observent, de conformer ainsi leur vie et toutes leurs actions à celles du Fils de Dieu. »

La nouvelle Congrégation, dont Vincent de Paul s’attachait à montrer la conformité avec la divine mission de Jésus-Christ lui-même, était une invention particulière de la charité du saint. D’autres avant lui avaient bien exercé individuellement le même ministère à l’égard du pauvre peuple des champs; en ce moment-là même, la Congrégation de la Doctrine chrétienne, fondée depuis 1592 par le vénérable César de Bus, suscitait dans le Languedoc, la Provence et le Dauphiné des hommes de bonne volonté qui, sans autre lien spirituel que le célibat,

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