LA CHASTETÉ, TROISIEME VŒU DE RELIGION
Fresque de Giotto dans la basilique d’Assise, quatorzième siècle. — « La Sainte Chasteté, ainsi nommée dans cette fresque, est renfermée dans une haute tour, inexpugnable donjon d’un château fort crénelé ; deux anges viennent l’y visiter, lui apportant un livre et un bouquet de fleurs. Au bas de la tour, mais dans l’enceinte encore du château, l’on voit la sainte Force et la sainte Pureté; elles présentent, celle-ci un étendard, celle-là un autre objet, à un jeune homme qui, hors de la forteresse, est baptisé par un ange. A gauche, saint François accueille trois jeunes hommes qui viennent embrasser la Chasteté évangélique; du côté opposé, la Pénitence, unissant les ailes d'un ange au froc monastique, chasse devant elle le démon de l'amour, lequel va rejoindre, dans l’enfer ouvert devant lui, le démon de l’immondicité. » (Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l'Art chrétien.)
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se dévouaient auprès des entants et des ignorants, les réunissant le dimanche autour d’eux pour les former à la connaissance de la foi et à la pratique des bonnes mœurs. Mais, quoiqu’il y ait toujours eu dans la suite des siècles des hommes apostoliques dont la vocation était de s’occuper particulièrement de l’instruction des simples et des ignorants; quoique l’Eglise, toujours féconde en vertus et en œuvres, réalisât pleinement, auprès des pauvres comme auprès des riches, le ministère évangélique dont l’a investi son divin fondateur, elle n’avait pas encore, dans la diversité de ses ordres religieux et de ses fonctions, d’institution spéciale pour l’enseignement de la religion au menu peuple des campagnes. L’immense amour de Vincent de Paul pour les pauvres l’appelait, en raison des besoins nouveaux du temps, à doter l’Église de ce nouvel apostolat. De toutes les œuvres de la charité, l’évangélisation des pauvres n’est-elle pas la première, et le Sauveur ne l’a-t-il pas donnée pour le signe spécial de sa mission sur la terre? Dans le pauvre, en effet, ce qu’il y a de plus pauvre, dans le malade et l’infirme ce qu’il y a de plus malade et de plus infirme, c’est souvent son âme, sa pauvre âme privée de Dieu, blessée par l’ignorance et le vice, et délaissée du riche lui-même qui fait l’aumône du pain au corps et qui donne des remèdes aux infirmités temporelles. C’est cette âme appauvrie de Jésus-Christ, affamée de vérité, et toute meurtrie des maux du péché, que la charité doit d’abord sustenter et guérir, en lui communiquant le don précieux de la foi, la vie de l’amour. Ainsi fit Vincent de Paul.
A peine est-il libre des attaches qui le retenaient à la famille de Gondi qu’il s’adonne entièrement à cette grande œuvre. Avec M. Portail, le premier et le plus fidèle compagnon de ses travaux, il commence la Mission dans le collège des Bons-Enfants. Un troisième prêtre se joint à eux, et les voilà qui vont tous trois à pied de village en village, catéchisant, exhortant, confessant, visitant les pauvres et les malades, avec simplicité, humilité et charité, à leurs dépens, sans demander ni recevoir quoi que ce soit de personne. Et comme ils n’avaient pas le moyen d’entretenir des serviteurs qui demeurassent pour garder le collège en leur absence, quand ils en partaient poui
aller en mission, raconte Abellv, ils en laissaient les clefs à quelqu’un des voisins.
« Qui eût jamais pensé alors, s’écrie l’ami et l’historien du saint, que de si petits commencements dussent avoir un tel progrès, que l’on voit maintenant, et que deux pauvres prêtres, allant ainsi travailler dans les villages et autres lieux inconnus et abandonnés, eussent posé sans y penser les fondements d’un si grand édifice que Dieu a voulu élever dans son Église? » Pour l’humble Vincent, cette prospérité merveilleuse d’une institution si petite à son origine et déjà si étendue de son vivant était un sujet d’étonnement et d’actions de grâces. « Nous allions, disait-il plus tard à ses frères, tout bonnement et simplement, envoyés par Nosseigneurs les évêques, évangéliser les pauvres, ainsi que Notre-Seigneur avait fait : voilà ce que nous faisions, et Dieu faisait de son côté ce qu’il avait prévu de toute éternité. Il donna quelque bénédiction à nos travaux ; ce que voyant d’autres bons ecclésiastiques, ils se joignirent à nous et demandèrent d’être avec nous, non pas tous à la fois, mais en divers temps.
O Sauveur ! qui eût jamais pensé que cela fût venu en l’état où il est
maintenant ? Qui m’eût dit cela pour lors, j’aurais cru qu’il se serait
moqué de moi. Et néanmoins, c’était par là que Dieu voulait donner commencement à la Compagnie. Hé bien, appellerez-vous humain ce à quoi nul homme n’avait jamais pensé ? Car ni moi, ni le pauvre M. Portail n’y pensions pas; hélas! nous en étions bien éloignés. »
Un accroissement si extraordinaire était bien l’effet de la bénédiction divine, car Vincent de Paul, discret en toutes ses démarches, réservé en toutes choses, ne fit jamais rien de lui-même pour
étendre et soutenir son institut. Il avait en Dieu une telle confiance, un si parfait abandon qu’il eût regardé comme un manque de respect envers la Providence toute sollicitude, toute action inspirée par des vues humaines. Jamais il ne voulut faire ni laisser faire la moindre démarche pour procurer à sa Congrégation des établissements ou des bénéfices. On lui conseillait de s’établir dans les grandes villes pour lui amener de bons sujets : « Nous ne pouvons, répondait-il, faire aucune avance pour nous établir en quelque lieu que ce soit, si
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nous voulons nous tenir dans les voies de Dieu et dans l’usage de la Compagnie ; car, jusqu’à présent, sa providence nous a appelés aux lieux où nous sommes, sans que nous l’ayons recherché directement ou indirectement. Or il ne se peut que cette résignation à Dieu, qui
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