‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 54 sur 236 · LA MISSION DES APOTRES · texte numérisé non relu

LA MISSION DES APOTRES

c-similé d’une gravure de la première édition des Constitutions de la Mission , nnhliées du vivant de S. Vincent.

Stout mtjit me Pater, et Ego mille voa. Io ,20.

nous tient ainsi dans la dépendance de sa conduite, ne lui soit tiès agréable, d’autant plus qu’elle détruit les sentiments humains qui, sous prétexte de zèle et de gloire de Dieu, font sou\ent entrepiendie des desseins qu’il n’inspire pas et qu’il ne bénit point. Il sait ce qui nous est convenable, et il nous le donnera quand il sera temps, si nous nous abandonnons comme de véritables enfants a un si bon père. »

Pour maintenir la Mission dans une absolue dépendance des volontés de Dieu, entre deux propositions qui lui étaient faites, Vincent de Paul aurait plutôt choisi la moins avantageuse ; entre deux sujets qu’on lui présentait, il se sentait porté à préférer celui qui était de naissance plus humble, de condition plus pauvre, d’esprit et de science plus médiocres, afin qu’il n’y eût rien dans son choix qui ne fût parfaitement pur et désintéressé. Il avait même donné pour règle aux siens, et lui-même ne dérogea à ses habitudes qu’en deux circonstances toutes particulières, de n’attirer jamais personne à sa Congrégation, ni par promesses, ni par services, ni même par pieux conseils. « C’est à Dieu, disait-il, à y appeler et à en donner la première inspiration... Laissons faire Dieu et nous tenons humblement dans T’attente et la dépendance des ordres de sa providence. Par sa miséricorde, l’on en a usé ainsi dans la Compagnie jusqu’à présent, et nous pouvons dire qu’il n’y a rien en elle que Dieu n’y ait mis, et que nous n’avons recherché ni hommes, ni biens, ni établissements. Au nom de Dieu, tenons-nous là et laissons faire Dieu. Suivons, je vous prie, ses ordres et ne les prévenons pas. Croyez-moi, si la Compagnie en use de la sorte, Dieu la bénira. » Il aimait à rapporter uniquement à Dieu le progrès de sa Congrégation, comme à lui attribuer tout le bien qu’il faisait. « A}rons confiance, répétait-il à ses frères, mais ayons-la entière et parfaite, et tenons pour assuré qu’ayant commencé son œuvre en nous, il l’achèvera ; car, je vous demande, qui est-ce qui a établi la Compagnie? qui est-ce qui nous a appliqués aux missions, aux ordinands, aux conférences, aux retraites ? Est-ce moi ? Nullement. Est-ce M. Portail, que Dieu a joint à moi dès le commencement ? Point du tout; car nous n’y pensions point, nous n’en avions fait aucun dessein. Et qui est-ce donc qui est l’auteur de tout cela ? C’est Dieu, c’est sa providence paternelle et sa pure bonté. Car nous ne sommes tous que de chétifs ouvriers et de pauvres ignorants ; et parmi nous il y a peu ou point du tout de personnes nobles, puissantes, savantes, ou capables de quelque chose. C’est donc Dieu qui a fait tout cela, et qui l’a fait par telles personnes que bon lui a semblé, afin que la gloire lui en revienne. »

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LA REINE ANNE d’aUTRICHE OFFRE SES ENFANTS A LA VIERGE

D’après une gravure de Claude Mellan, dix-septième siècle.

Anne d’Autriche favorisa, comme Louis XIII, la Congrégation de la Mission, appela saint \ incent dans les conseils de la régence et se conduisit souvent selon ses avis.

et d’humilité que saint Vincent de Paul avait commencé la Mission ; c’est ce même esprit qu’il donna pour fondement a son institut.

« Cette chétive compagnie, disait-il, qui est la dernière de toutes, ne doit être fondée que sur l’humilité, comme sur sa vertu propre ; autrement nous ne ferons jamais rien qui vaille ni au dedans ni au dehors, et sans l’humilité nous ne devons attendre aucun avancement pour nous, ni aucun profit envers le prochain. » Un jour, un prêtre nouvellement reçu dans la Compagnie la qualifiait devant lui de sainte Congrégation; le vénéré supérieur l’arrêta tout court et lui dit : « Monsieur, quand nous parlons de la Compagnie, nous ne devons point nous servir de ce terme ou autres termes équivalents et relevés ; mais nous servir de ceux-ci : la pauvre compagnie, la petite

compagnie et autres semblables. Et en cela nous imiterons le Fils de Dieu qui appelait la compagnie de ses apôtres et disciples, petit troupeau, petite compagnie. Oh ! que je voudrais qu’il plût à Dieu faire la grâce à cette chétive congrégation de se bien établir dans l’humilité, faire fond et bâtir sur cette vertu, et qu’elle demeurât là

comme en son poste et en son cadre. » Et il ajoutait, pour achever

la leçon : « Croyez-moi, messieurs, nous ne serons jamais propres pour faire l’oeuvre de Dieu, que nous n’ayons une profonde humilité et un entier mépris de nous-mêmes. Non, si la congrégation de la Mission n’est humble, et si elle n’est persuadée qu’elle ne peut rien faire qui vaille, qu’elle est plus propre à tout gâter qu’à bien réussir, elle ne fera jamais grand chose ; mais lors qu’elle sera et vivra dans l’esprit que je viens de dire, alors, messieurs, elle sera propre pour les desseins de Dieu, parce que c’est de tels sujets dont Dieu se sert pour opérer les grands et véritables biens. »

Vincent de Paul avait commencé la Mission avec un seul compagnon ; au bout de deux ans, deux autres prêtres, François du Coudray et Jean de la Salle, vinrent se joindre à lui, et il se les associa par acte notarié du 4 septembre 162G, en attendant qu’ils pussent tous ensemble se lier canoniquement. La petite compagnie se formait avec l’agrément de l’archevêque de Paris, qui l’avait approuvée et confirmée après un an d’existence, sous les clauses et conditions portées au contrat de fondation. Bientôt arrivèrent quatre nouveaux compagnons. A l’approbation de l’autorité ecclésiastique se joignit l’approbation

LES ŒUVRES

royale. Les lettres patentes du icr mai 1627 portent que le roi, « n’ayant rien tant en considération que les oeuvres de semblable piété et charité, et dûment informé des grands fruits que ces ecclésiastiques ont déjà faits en tous les lieux où ils ont été en mission, tant au diocèse de Paris qu’ailleurs », leur permet de se former en congrégation, « à la charge, ajoute le pieux monarque, qu’ils prieront Dieu pour nous et pour nos successeurs, ensemble pour la paix et tranquillité de l’Eglise et de l’Etat», et il les autorise à recevoir tous

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