‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 56 sur 236 · PORTRAIT DE LOUIS XIII, ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LOUIS XIII, ROI DE FRANCE

D’après la gravure de Morin, dix-septième siècle. — Louis XIII favorisa 1 établissement et 1 extension de la Compagnie fondée par saint Vincent, confia à ses prêtres le soin de donnei des missions dans l'armée, et fonda une rente annuelle de 12,000 livres pour l’hospice des enfants trouvés. A ses derniers moments, il voulut être assisté par saint Vincent de Paul.

léproserie de Saint-Lazare était maison de chanoines réguliers, l’archevêque de Paris. Enrichie

devenue depuis le seizième siècle une ayant à sa tête un prieur nommé par par les rois dans le cours des siècles

et favorisée de nombreux privilèges par les Souverains Pontifes, elle formait une sorte de seigneurie ecclésiastique ayant droit de haute, moyenne et basse justice, et possédant de vastes bâtiments avec des revenus considérables. En i632, par suite des démêlés qu’il avait eus avec ses religieux, le prieur Adrien Le Bon songeait à se retirer et à permuter de bénéfice. Mais comme l’antique hôpital ne recevait plus guère de lépreux, Le Bon, homme de bien et de probité, voulut, avant de quitter Saint-Lazare, lui donner une autre destination. Il vint, après conseil, l’offrir à Vincent de Paul pour sa Société de missionnaires, dont il avait entendu vanter les travaux. A cette proposition, Vincent, qui avait une si petite idée de lui-même et de sa petite Compagnie, demeura comme interdit. « Eh quoi ! monsieur, vous tremblez ? lui dit Le Bon. — Il est vrai, mon père, répondit le saint, que votre proposition m’épouvante, et elle me paraît si fort au-dessus de nous, que je n’ose y élever ma pensée. Nous sommes de pauvres prêtres qui vivons dans la simplicité, sans autre dessein que de servir les pauvres gens des champs. Nous vous sommes grandement obligés, mon père, de votre bonne volonté, et vous en remercions très humblement; mais permettez-nous de ne pas accepter votre *

offre. » Etonné de ce refus, mais confirmé dans sa résolution par tant d’humilité et de désintéressement, Le Bon lui donne six mois pour réfléchir. Au bout de ce temps, il revient et trouve Vincent plus résolu encore à refuser. « Voyez notre petit nombre, disait le saint ; nous sommes à peine nés, cette étroite et pauvre maison suffit à notre petitesse. Je redoute l’éclat et le bruit que ferait cette affaire. D’ailleurs nous ne méritons pas une telle faveur. Laissez-nous dans l’obscurité et le silence qui nous conviennent. » Un an de sollicitations n’eût pas suffi à vaincre ses résistances sans l’intervention de son confesseur et conseiller, le célèbre docteur André Duval, qui lui fit un devoir d’accepter. Un contrat fut passé en conséquence le 7 janvier i632, entre le prieur et les religieux de Saint-Lazare, d’une part, et Vincent de Paul, de l’autre, pour la cession et annexion perpétuelle du prieuré, moyennant certaines conditions et réserves, à la Compagnie des prêtres de la Mission. L’acte constate que la maladie de la lèpre

LES ŒUVRES

Docteur en Sorbonne, doyen de la Faculté de théologie. D’après une gravure du temps. Andie Dînai, ami et conseiller de saint Vincent de Paul, le décida à accepter, pour sa congrégation naissante, le prieuré de Saint-Lazare que par modestie il refusait.

n’étant plus aussi fréquente qu’autrefois, tellement qu’il ne se trouvait même plus un seul lépreux à Saint-Lazare, il a paru confoime a 1 intention des donateurs d’appliquer les revenus du prieuré au soulagement spirituel du pauvre peuple des champs, éloigné des villes et affecté de la lèpre du péché. Ainsi Saint-Lazare fut uni à son tour à

la Mission par une pieuse substitution d’œuvre que l’autorité ecclésiastique et civile ratifia.

Il entrait dans les vues de la Providence que la modeste communauté reçût par cet établissement stable et aisé un accroissement que l’humilité de Vincent de Paul avait fui jusque-là. Les travaux de la Mission étaient destinés à prendre une extension égale au zèle de ce grand apôtre, et Saint-Lazare allait devenir le centre d’œuvres considérables que n’eût pu abriter le modeste et pauvre Collège des Bons-Enfants. Désormais Saint-Lazare c’est la Mission, et, par la suite, les prêtres de la Congrégation de saint Vincent de Paul s’appelèrent indifféremment les lazaristes ou les missionnaires.

Des difficultés survinrent au début. Un procès en revendication, intenté par les chanoines de Saint-Victor, faillit évincer les nouveaux venus de cette maison qui leur assurait une condition commode et de grands avantages pour le bien. Vincent de Paul, « aussi indifférent en cette occasion qu’en aucune autre affaire qu’il eût jamais eue», n’avait point d’autre souci sur la perte de cette riche possession, que celui de voir quelques pauvres aliénés, recueillis par l’ancien prieur, et dont il s’était fait dès son entrée le tuteur, se trouver après lui sans logement et sans soins. Pendant que le procès se plaidait, Vincent, à genoux dans la Sainte-Chapelle, demandait à Dieu non son succès, mais celui du bon droit, et surtout une parfaite soumission aux ordres de la Providence. Justice lui fut rendue, et Saint- Lazare resta au Père des pauvres.

« Pour obvier à de nouvelles difficultés, l’ancien prieur et Vincent firent un nouveau concordat dans lequel étaient rappelées les approbations du roi, du prévôt des marchands et des échevins, et la décision du Parlement. L’archevêque lui-même confirma par de nouvelles lettres l’acte d’union précédemment approuvé, et enfin, quoique le transfert que faisait Adrien Le Bon en faveur de Vincent n’eût pas besoin de l’approbation de Rome, néanmoins, par un effet de la déférence singulière qu’il eut toujours pour le Souverain Pontife, Vincent voulut avoir aussi l’approbation du Saint-Siège. » Alexandre VII, nouvellement couronné, confirma définitivement, le 18 avril 1 655, l’union

LES ŒUVRES

de Saint-Lazare à la Congrégation de la Mission, laquelle fut de nouveau sanctionnée par lettres patentes de mars 1660, et par d’autres lettres d’établissement, d’octobre i6y5, rendues nonobstant un édit antérieur qui concédait à l’ordre des chevaliers de Saint-Lazare de Jérusalem toutes les léproseries, commanderies, aumôneries et hôpitaux du royaume.

Vincent de Paul n’avait pas donné tout d’abord de règles à son institut. La bulle du 12 janvier 1 6 3 2 , en le constituant supérieur,

de dresser des règlements

lui conférait le pouvoir pour le bon ordre de vécut longtemps sur la dès l’origine, et par l’esprit son saint fondateur. Ce de sa vie que Vincent se expérience, après conseil plus éclairés, à laisser à Ces règles n’étaient autres avaient été observées jusgnie ; aussi l’humble léqu'elles s’étaient faites

la Congrégation. Celle-ci forme qu’elle avait reçue que lui communiquait fut seulement vers la fin décida, après une longue des plus doctes et des sa famille une loi écrite.

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