PORTRAIT DE PIERRE CAMUS, ÉVÊQUE DE BELLEY
D'après une gravure du temps. — Ce fut Pierre Camus qui exhorta Mademoiselle Le Gras, dont il avait été jusque-là le directeur, à se mettre sous la conduite de saint Vincent de Paul.
il voulait donner une mère aux pauvres comme il leur avait donné un père.
Éprise des ardeurs de l’amour divin, la sainte veuve cherchait quelque issue nouvelle à sa flamme, quelque vocation encore inconnue qui lui permettrait de s’appliquer, comme son directeur, au service
des pauvres. Pour commencer, Vincent de Paul l’avait instruite, selon sa maxime de tout rapporter à Jésus-Christ, à se donner particulièrement à ce maître ; mais pour mieux honorer la bonté de Notre- Seigneur envers les petits et les malheureux, et pour l’imiter dans les fatigues, les traverses et les contradictions que ce divin rédempteur avait éprouvées à leur sujet, il la convia d’entreprendre la visite des confréries de charité déjà établies en un grand nombre de lieux à la suite des missions. Pendant plusieurs années, Mademoiselle Le Gras, comme l’usage voulait qu’on l’appelât alors, parcourut les diocèses de Beauvais, de Paris, de Senlis, de Soissons, de Meaux, de Châlons et de Chartres, par où avaient passé Vincent de Paul et ses missionnaires. Suivant la règle que lui avait tracée son directeur, elle voyageait accompagnée de pieuses femmes de sa connaissance , sans se laisser aller aux distractions de la route et sans jamais interrompre ses exercices habituels de piété ; elle devait dans ses courses charitables se vêtir, se nourrir et se coucher pauvrement à l’imitation du Sauveur des hommes, s’accommoder toujours des voitures et du temps. « Allez, lui avait dit le ministre de Dieu, allez au nom de Notre-Seigneur ; je prie sa divine bonté qu’elle vous accompagne, qu’elle soit votre soûlas (consolation) en chemin, votre ombre contre l’ardeur du soleil, votre couvert à la pluie et au froid, votre lit mollet en votre lassitude, votre force en votre travail, et qu’en fin il
vous ramène en bonne santé et pleine de bonnes œuvres. » De loin <1
Vincent de Paul, avec ce sens pratique si exquis, toujours assaisonné
d’une douceur et d’une bienveillance persuasives, guidait de ses
conseils et soutenait de ses encouragements la pieuse messagère de sa
charité.
Ainsi elle préludait par ce ministère tout nouveau à la conduite de la nouvelle milice de charité qu’elle était appelée à diriger dans les voies du plus sublime dévouement.
Mais, tout en la pressant d’agir, Vincent de Paul lui donnait cette exacte mesure du zèle qui est restée la règle de ses filles. « Béni soit Dieu, Mademoiselle, lui écrivait-il au retour d’un voyage à Beauvais, de ce que vous voilà arrivée en bonne santé. Ayez donc bien soin de
LES ŒUVRES
la conserver pour l’amour de Notre-Seigneur et de ses pauvres membres, et prenez garde de n’en pas faire trop; c’est une ruse du