MADEMOISELLE LE GRAS COMMUNIANT
Avec ses deux ondes Michel de Marillac, garde des sceaux, et Louis de Marillac, maréchal de France. Fac-similé d’une gravure de Y Imitation de Jésus-Christ traduite par Michel de Marillac, édition de x 63 1 . — « Communiez souvent, disait Vincent de Paul à Mademoiselle Le Gras; l’Eucharistie est l’oracle des pensées charitables. »
démon dont il trompe les bonnes âmes que de les exciter à faire plus qu’elles ne peuvent, afin qu’elles ne puissent plus rien faire; et l’esprit de Dieu invite doucement à faire le bien que raisonnablement on peut
faire, afin qu’on le fasse persévéramment et longuement ; faites ainsi, Mademoiselle, et vous agirez selon l’esprit de Dieu. »
Remplie du zèle de saint Vincent de Paul, Mademoiselle Le Gras s’acquittait merveilleusement de son nouvel emploi. Arrivée dans les lieux où la confrérie était établie, la pieuse visiteuse assemblait les femmes qui en faisaient partie, pour leur donner les instructions et les encouragements du saint fondateur. Elle veillait à la bonne administration de la confrérie et enseignait à soigner les malades ; elle-même leur distribuait du linge, de l’argent, des remèdes. Mais, comme son directeur, plus soucieuse encore du salut des âmes que de la santé du corps, elle s’occupait surtout des besoins spirituels des pauvres. Avec l’autorisation des curés, elle réunissait les jeunes filles de la paroisse pour les catéchiser, elle conseillait les maîtresses d’école et en procurait aux villages qui en étaient dépourvus. Aucune fatigue ne l’arrêtait, aucune misère ne la rebutait. Avec une santé chétive, elle suffisait à des travaux étonnants, avec une fortune médiocre elle savait faire un bien immense.
L’hiver, de retour à Paris, Mademoiselle Le Gras s’adonnait avec la même ardeur aux mêmes œuvres. Elle était devenue la coopératrice assidue de Vincent de Paul. Avec lui elle fonda, dans sa paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, une confrérie de charité qu’elle inaugura par un acte d’héroïsme : une pauvre fille était frappée de la peste, elle alla la visiter plusieurs fois au péril de sa vie. Vincent, occupé ailleurs, lui écrivit moins pour la féliciter de sa conduite que pour l’encourager dans ses bonnes œuvres. « Ne craignez point, lui disait-il, Notre-Seigneur veut se servir de vous pour quelque chose qui regarde sa gloire; j’estime qu’il vous conservera pour cela. »
Le saint prophétisait. Une gloire manquait à l’Église, et Mademoiselle Le Gras allait la lui donner avec Vincent de Paul. Le christianisme, en réhabilitant la femme, avait fait d’elle un de ses plus actifs auxiliaires, un de ses plus beaux ornements. Dès les premiers temps, la diaconesse participe à l’apostolat, la veuve est mêlée au ministère ecclésiastique, et la vierge, épouse du Christ, brille à côté du martyr. Mais dans l’admirable épanouissement de la virginité, au milieu de