‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 62 sur 236 · A LA REINE ANNE D’AUTRICHE · texte numérisé non relu

A LA REINE ANNE D’AUTRICHE

TABLEAU DE FRERE ANDRE, RELIGIEUX DOMINICAIN, DANS L’ÉGLISE DE SAIN TE- MAR GUERITE, A PARIS, DIX- HUITIEME SIÈCLE.

A droite, Anne d’Autriche est assise. Saint Vincent, debout, présente à la reine une religieuse agenouillée, — peut-être Mademoiselle Le Gras, — qui tient à la main un livre ouvert, les Constitutions des Filles de la Charité.

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supérieure y trouvait pour façonner ses élèves à la vie simple et laborieuse des campagnes, Mademoiselle Le Gras était venue s’installer avec ses filles en face de Saint-Lazare, afin d’être tout près de son directeur. Une communication plus intime s’établit dès lors entre Vincent de Paul et les Filles de la Charité. Le saint les instruisait lui-même. Dans des entretiens simples et pieux, il leur enseignait les règles de la vie spirituelle et la pratique des vertus de leur charitable état. Les conférences aux soeurs sont célèbres ; aujourd’hui encore elles sont la Bible des Filles de la Charité. La méthode du bon père était toute familière. Il indiquait d’avance un sujet et, le jour venu, il interrogeait bonnement les sœurs, qui disaient chacune en toute humilité le résultat de leurs méditations ; puis il résumait ces différents avis, les développait et y ajoutait du sien. Mais dans cette simplicité de forme quelle vraie éloquence, et quel charme dans cette parole toute paternelle, douce et forte à la fois, et toute remplie d’un esprit apostolique de piété et de bénignité !

Son sujet préféré était l’excellence de la vocation des Servantes des pauvres et l’amour qu’elles devaient avoir pour cette vocation. « O mes filles ! leur disait-il, que vous devez estimer votre condition, puisque tous les jours et toutes les heures vous avez l’occasion de pratiquer les œuvres de charité, qui sont les moyens dont Dieu s’est servi pour sanctifier plusieurs âmes ! Un saint Louis, mes filles, avec une humilité vraiment exemplaire, n’a-t-il pas exercé le service des pauvres dans l’Hôtel-Dieu de Paris, ce qui a beaucoup contribué à sa sanctification ? Tous les saints n’ont-ils pas recherché et tenu à bonne œuvre de rendre le même service aux pauvres ? Humiliez-vous donc quand vous exercez cette même charité et pensez souvent, mes filles, que Dieu vous a fait une grâce au-dessus de vos mérites... Votre principal 'soin, après l’amour de Dieu et le désir de vous rendre agréables à sa divine majesté, doit être de servir les pauvres malades avec grande douceur et cordialité, compatissant à leur mal et écoutant leurs petites plaintes comme une bonne mère doit faire, car ils vous regardent comme leurs mères nourricières, comme des personnes envoyées pour les assister. Ainsi vous êtes destinées pour représenter

la bonté de Dieu à l’égard de ces pauvres malades. Or, comme cette bonté se comporte avec les affligés d’une manière douce et charitable, il faut aussi que vous traitiez les pauvres malades avec douceur, compassion et amour, car ce sont vos seigneurs et vos maîtres, et les miens aussi. Oh ! que ce sont de grands seigneurs au ciel ! Ce sera à eux d’en ouvrir la porte, comme il est dit dans l’Evangile. Voilà ce qui vous oblige à les servir avec respect, comme vos maîtres, et avec dévotion, comme représentant la personne de Notre-Seigneur. »

Ce service des pauvres est tellement la vocation principale des Filles de la Charité, que Vincent de Paul veut qu’elles quittent tout pour eux, même les exercices de piété; «car, répétait-il toujours, c’est quitter Dieu pour Dieu. » Mais cet office, voici comme il l’entendait : « Voyez- vous, mes sœurs, disait-il, c’est bien quelque chose d’assister les pauvres quant à leur corps, mais en vérité ça n’a jamais été le dessein de Dieu, en faisant votre compagnie, que vous ayez soin du corps seulement, car il ne manquera pas de personnes pour cela; mais l’intention de Notre-Seigneur est que vous assistiez l’âme des pauvres malades. Voilà votre belle vocation ! Quoi ! quitter tout ce qu’on a au monde : père, mère, frères, sœurs, parents, amis ; les biens, si on en a, ainsi que son pays, et pourquoi ? Pour servir les pauvres, pour les instruire et les aider à aller en paradis ! Y a-t-il rien de plus beau et de plus estimable ? Si nous voyions une fille ainsi faite, nous verrions son âme reluire comme un soleil ; nous ne pourrions en envisager la beauté sans en être éblouis. Donnez-vous donc à Dieu pour le salut des pauvres que vous servez. »

Telles étaient les leçons du saint. En même temps qu’il enseignait aux filles de toute condition qui venaient se mettre sous la conduite de Mademoiselle Le Gras, la divine science de la charité, il veillait à ce qu’elles remplissent exactement leurs diverses fonctions dans les hôpitaux et auprès des pauvres ; il présidait à l’administration de la compagnie, aux fondations nouvelles de maisons. Les établissements des sœurs allaient se multipliant. De loin comme de près, Vincent de Paul veillait à tout. Quand des sœurs quittaient la maison de Paris pour aller en province, appelées par l’admiration publique, il les

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réunissait avec une tendresse particulière, et la petite colonie ne partait point sans emporter les derniers conseils et la dernière bénédiction du vénérable père. Absente ou présente, Mademoiselle Le Gras était en relations continuelles avec lui pour les besoins de la communauté. Avec ce don prodigieux d’activité dans l’humeur la plus calme, qui multipliait pour lui le temps, avec cette rare présence d’esprit qui

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