‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 63 sur 236 · LA BOURSE DE MADEMOISELLE LE GRAS · texte numérisé non relu

LA BOURSE DE MADEMOISELLE LE GRAS

Conservée au musée de la Mission, à Paris. Cette bourse est, dit-on, celle dont se servait Mademoiselle

Le Gras pour quêter dans les assemblées des Dames.

lui permettait de mener de front les affaires les plus multiples et les plus diverses, Vincent de Paul suffisait à tout, et la merveilleuse propagation des Filles de la Charité, comme celle des Prêtres de la Mission, n’était qu’un aliment nouveau pour son zèle.

Cependant, il y avait treize ou quatorze ans que la compagnie existait sans qu’elle eût de constitution régulière. Mademoiselle Le Gras était préoccupée de cette situation préjudiciable à l’affermissement de l’œuvre ; Vincent de Paul s’en inquiétait comme elle. Sur ses observations, il adressa un mémoire à l’archevêque de Paris pour obtenir

l’érection de la compagnie en confrérie. Dix ans se passèrent en procédures et en formalités. Les pièces furent perdues au Parlement ; il fallut une seconde requête avec nouvelles démarches, et ce fut le trop fameux cardinal de Retz, alors archevêque de Paris, qui, le 18 janvier 1 655, érigea les Filles de la Charité en confrérie, approuva leurs règlements, et commit la conduite et la direction de l’institut à Vincent de Paul et à ses successeurs, les supérieurs généraux de la Congrégation de la Mission, après lui. Deux ans après, Louis XIII, avec la piété d’un monarque désireux d’ « approuver de son autorité toutes les bonnes œuvres et tous les établissements de son royaume pour la gloire de Dieu » , et rendant particulièrement hommage à la nouvelle confrérie qui avait eu « un commencement si rempli de bénédictions et un progrès si abondant en charité » , lui délivrait des lettres patentes, et le Saint-Siège, à la requête de la pieuse Anne d’Autriche, confirmait tout de l’autorité apostolique, le 8 juin 1668.

Vincent de Paul n’était plus alors ; mais, en attendant la suprême consécration de Rome, il avait donné la vie à l’angélique famille dont il était le père, en lui donnant des règles immortelles.

Ces simples statuts, dressés en vue du bien des pauvres, comptent parmi les vrais monuments de la grandeur humaine. Quelles constitutions politiques sont aussi bienfaisantes, quelles lois honorent autant et l’esprit et le cœur de l’homme ? Ces règles de la sœur de charité assurent à perpétuité aux malheureux, aux petits, aux délaissés, des amies dévouées, d’humbles servantes dans les vierges et les veuves qui les embrassent pour l’amour de Jésus-Christ. Elles sont à la fois un attrait qui sollicite les âmes généreuses et une garde qui les maintient dans la sainte ferveur de leur vocation.

Vouées par état au soin des malades, à l’instruction des enfants, répandues dans le monde par leurs emplois, les Filles de la Charité ne sont pas à proprement parler des religieuses ; elles n’ont ordinairement pour monastère, comme le veut leur institution, que les maisons des malades, pour cellule qu’une chambre de louage, pour chapelle que l’église de la paroisse, pour cloître que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux, pour clôture que l’obéissance, pour

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