‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 65 sur 236 · LA POMPE FUNEBRE DE LA MODE · texte numérisé non relu

LA POMPE FUNEBRE DE LA MODE

Pi-cc .satirique au sujet de ledit de i634 contre les parures, d'après une estampe de la Bibliothèque nationale, dix-septième siècle. - Des tambours et des clairons ouvrent la marche. Puis viennent les seigneurs oui avant mis leur mode au tombeau y jettent leurs derniers vêtements de luxe. Ensuite s’avancent deux files de jeunes dames, tenant en guise de bannières les parures interdites; après elles vient la Mode que d’autres damés

portent sur leurs épaulés; la foule des marchands attristes suit le cortege. - La parole de saint Vincent de Paul était plus puissante que les édits, et les grandes dames du temps se dépouillaient spônîanémen entre scs mains de leurs parures et de leurs bijoux pour le soulagement des pauvres. h ^ h nrantment entre scs

LES ŒUVRES

l’Évangile, qui a changé le monde, ne fut promulgué qu’après avoir été pratiqué ; les ordres religieux, qui ont traversé les siècles, n’ont eu que des statuts éprouvés par l’expérience. Toujours, dans l’Église, la loi écrite suit la pratique, et tandis que les inventions précipitées de la sagesse humaine n’ont qu’un temps, ses institutions comme ses œuvres sont immortelles.

Elle seule aussi peut promulguer ses lois avec cette majesté et cette autorité que donnent l’assurance de l’avenir et l’importance de l’œuvre. Quelle grandeur dans saint Vincent de Paul, lorsque au pied de l’autel, et devant l’assemblée attentive des Filles de la Charité, il leur donne les règles qui doivent les faire vivre à jamais ! Quelle solennité dans cette scène de famille, sans témoins, sans décors ! Quelle sublime simplicité dans le discours de ce père qui parle à des enfants ! Quelle majesté dans ce législateur qui invoque Moïse et Jésus-Christ, et qui, confondu par la hauteur de sa fonction et son indignité, tombe à genoux, baise la terre et refuse de se relever pour donner sa bénédiction à ses filles prosternées !

La compagnie des Servantes des pauvres, appelées aussi quelquefois, par allusion à leurs humbles fonctions, les Sœurs au petit pot, était née des Confréries de la charité ; une autre institution sortit de celle-ci presque en même temps. Après avoir donné aux pauvres des servantes, Vincent leur procura de hautes intendantes chargées d’entretenir le trésor des bonnes œuvres et de pourvoir aux besoins communs de l’indigence. Aux Filles de la Charité s’ajoutèrent les Dames de charité.

Qui n’admirerait ici la bienfaisante action de Vincent de Paul ou plutôt du christianisme ? Les femmes, on peut le dire, ont fait la France du dix-septième siècle. Leur influence domine les lettres et la politique. Mais l’histoire frivole n’a vu que celles que l’éclat du bel esprit et les aventures mondaines ont rendues plus célèbres ; elle n’a presque pas pénétré dans les cloîtres du Carmel et de la Visitation, d’où tant de femmes éminentes en génie et en sainteté rayonnaient sur le monde ; elle ne s’est pas arrêtée à considérer ces femmes admirables qui entourent les plus saints personnages à cette époque.

SAINT VINCENT DE PAUE

Et pourtant les galantes les plus adulées des cercles littéraires, les héroïnes les plus vantées des factions de boudoir n’ont eu qu’un éclat éphémère. Mais celles que la littérature a oubliées vivent encore. Elles vivent ces saintes fondatrices d’ordres, dont l’esprit toujours fécond produit sans cesse de nouvelles générations de vierges ; elles vivent ces grandes bienfaitrices des pauvres, dont les fondations ont résisté au temps; et tandis que les Précieuses de l’hôtel de Rambouillet n’ont fourni qu’un sujet de comédie, et que les reines de salon n’ont laissé d’elles que des mémoires galants, les Gondi, les Le Gras, les Goussault, les Miramion, les Lamoignon, les d’Aiguillon, les Lestang, les Pollalion, cinquante autres de leurs contemporaines, associées au grand Vincent de Paul, ont créé, soutenu et enrichi des œuvres dont les pauvres vivent encore.

L’association des Dames de charité vint mettre en mouvement tout ce zèle, toute cette piété, et montrer au grand jour la femme chrétienne. Pendant que la belle Julie d’Angennes continuait de régner sur sa petite cour de beaux esprits et de grands seigneurs, la plus brillante qu’il y eut alors dans la capitale, une jeune veuve recherchée aussi pour sa beauté et sa richesse, la femme du président Goussault, songeait à mettre sa vie au service des malheureux. Elle vint faire part à Vincent de Paul, sans lequel il semblait qu’aucune entreprise charitable ne pût se former, de son dessein de s’employer à l’Hôtel- Dieu. Vingt-cinq mille pauvres, ou malades ou blessés, de tout pays et de toute religion , passaient chaque année dans ce grand hôpital ; mais leur nombre même et les défauts de l’administration rendaient insuffisants les secours temporels et spirituels qu’ils y recevaient.

Dans ses visites assidues à l’Hôtel-Dieu, madame Goussault avait compris qu’il y avait là un grand bien à faire, en améliorant la condition des malades et en introduisant un meilleur ordre dans le service. Malgré l’utilité de cette réforme, Vincent de Paul refusa d’abord de s’en mêler, par déférence pour les directeurs ecclésiastiques et laïques de cet établissement et par égard pour les religieuses de Saint-Augustin, nouvellement restaurées, qui le desservaient. Il disait qu’il est des

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maux qu’il faut souffrir, surtout si le remède en doit amener de pires. D’ailleurs, il ne lui convenait pas de mettre la faux en la moisson

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