‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 67 sur 236 · LA PRIÈRE DES ORPHELINS · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE DES ORPHELINS

Une sœur de charité enseigne à prier à des enfants. Peinture de Natoire dans la chapelle des Enfants- Trouvés du parvis Notre-Dame, à Paris; dix-huitième siècle. — Non loin de cet hospice, aujourd’hui détruit, s’élevait l’église de Saint-Jean-le-Rond, à la porte de laquelle fut abandonné d Alembert.

devaient parler aux malheureux avec beaucoup de bienveillance et d’humilité, et pour se ménager plus facilement un accès auprès d’eux,

SAINT VINCENT DE PAUE

leur procurer des petites douceurs que la maison ne fournissait pas. Pour leur apostolat auprès des malades, Vincent de Paul leur avait remis un petit livre renfermant les principales vérités chrétiennes, qu’elles devaient toujours avoir à la main, afin de ne pas faire les savantes en instruisant ces pauvres gens et de n’avoir pas l’air de parler d’elles-mêmes.

Grâce à ces conseils, les Dames de charité s’ouvrirent facilement l’hôpital et le cœur des malades. Elles arrivaient les mains pleines de toutes sortes de provisions, et à l’heure du repas, les reins ceints du tablier blanc, elles allaient d’un lit à l’autre, présentant à chaque malade ce qu’il désirait, aidant les infirmes à manger et distribuant à tous des paroles d’amitié et d’encouragement. La visite se terminait par une prière à la chapelle, comme elle avait commencé. Vincent de Paul avait partagé les dames en deux classes, donnant aux unes le service, aux autres l’instruction des malades. Dès le début elles eurent pour auxiliaires les Filles de la Charité, installées par Mademoiselle Le Gras dans une maison de louage, près de PHôtel-Dieu. Celles-ci préparaient les petites friandises du déjeuner et de la collation; en été, des bouillons au lait, des biscuits, de la gelée, des fruits de la saison ; en hiver, des confitures, du fruit cuit, des rôties au sucre. Les Dames et les Filles de la Charité rivalisaient de zèle, et ainsi il s’établit entre elles, à l’Hôtel-Dieu et ailleurs, une sainte communauté d’œuvres, un échange de bons exemples. « Oh ! disait Vincent de Paul aux Filles de la Charité, que vous êtes heureuses, mes filles, que Dieu vous ait destinées à un si grand et si saint emploi ! Les grands du monde se croient heureux lorsqu’ils peuvent y employer une partie de leur temps, et vous êtes témoins, vous particulièrement, nos sœurs de Saint-Sulpice, avec quel zèle et quelle ferveur servent les pauvres ces bonnes princesses et ces grandes dames que vous accompagnez. »

L’action des Dames de charité s’étendit bientôt au-delà de l’Hôtel- Dieu. Dans de fréquentes assemblées, Vincent de Paul, qui voyait leur nombre croître, excitait aussi de plus en plus leur ardeur. Tout rempli de l’amour divin, il savait en pénétrer les cœurs. Un jour, au sortir d’une de ces pieuses réunions, la présidente de Lamoignon

LES ŒUVRES

s’adressant à la duchesse de Mantoue : « Eh bien, madame, lui ditelle, ne pouvons-nous pas dire, à Limitation des disciples d’Emmaüs, que nos cœurs ressentaient les ardeurs de l’amour de Dieu pendant que M. Vincent nous parlait ? Pour moi, ajoutait-elle humblement, quoique je sois fort peu sensible à toutes les choses qui regardent

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