‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 69 sur 236 · L’HOPITAL · texte numérisé non relu

L’HOPITAL

La charité dans les premiers siècles de l’Église. — Institutions hospitalières du moyen âge. — L’antiquité et le christianisme. — L’hôpital dans les temps modernes. — Rôle de saint Vincent de Paul. — Diverses fondations du saint. — L’hôpital du Nom-de-Jésus. — — L’Hôpital général. — La Madeleine. — L’hôpital des forçats à Marseille. — L’hôpital de Sainte-Reine. — La maison de Saint-Lazare. — Traits de charité de saint Vincent de Paul.

Le christianisme primitif avait réalisé la perfection de la charité. Les biens étaient communs entre les premiers fidèles par l’effet de la participation à la même foi. La sainte égalité en Dieu, la vraie fraternité en Jésus-Christ rendaient tous les membres de la communauté chrétienne solidaires les uns des autres. « La multitude de ceux qui croyaient, disent les Actes des Apôtres, n’était qu’un cœur et qu’une âme... Il n’y avait point de pauvres parmi eux, parce qu’on donnait à chacun selon ses besoins. » Ce n’était pas cependant le communisme, car il y avait en réalité des riches et des pauvres; « mais, disait Lactancc, chez nous les riches le sont moins parce qu’ils possèdent la richesse, que parce qu’ils la font servir aux œuvres de la justice et de la miséricorde. Ceux qui paraissent pauvres sont riches pourtant, en ce qu’ils ne manquent de rien et surtout en ce qu’ils sont exempts de toute convoitise. « L’hospitalité, l’assistance mutuelle étaient la règle du disciple de l’Évangile. « Souvenez-vous, avait dit saint Paul, d’exercer l’hospitalité et de faire part de vos biens aux autres.» Dès l’origine, la charité s’organise dans l’Église. A côté des douze apôtres occupés au ministère de la parole, apparaissent les sept diacres, Étienne à leur tête, chargés des distributions d’aumônes et de la nourriture des pauvres. Pendant les trois premiers siècles, l’évêque, père de la famille chrétienne, curateur-né des pauvres, est le centre de la charité. De lui partent les aumônes que répandent les

mains des diacres et des veuves. Dans le trésor commun de l’Église,

chacun verse de son superflu, d’autant plus abondant que la mortification et le véritable amour du prochain retranchent plus au bien-

être et aux commodités de l’existence. « Ces offrandes de la piété ne se consomment point en banquets, observe Tertullien, mais on les emploie à la sépulture des morts, à l’entretien des pauvres, des enfants et des jeunes filles privés de leurs parents, des vieillards que leur âge retient à la maison et de ceux qui ont fait naufrage. On les consacre

encore à la nourriture de ceux qui doivent à leur qualité de chrétien

d’être condamnés aux mines, abandonnés dans les îles ou enfermés dans des cachots. » Chaque église nourrissait ses pauvres, recueillait les enfants trouvés, les infirmes, les esclaves abandonnés, les vieillards; et c’étaient là les trésors des chrétiens que saint Laurent montrait au préfet de Rome.

Dans ces premiers siècles, la charité était tout individuelle. L’Église veillait aux besoins généraux, mais chacun subvenait pour sa part à ses frères nécessiteux. Avant Constantin, a-t-on pu dire, la maison de tout chrétien était une maison de charité ; tout chrétien était lui-même un ministre actif des diverses œuvres de miséricorde. Il n’y avait point alors d’établissements spéciaux pour les indigents et les malades, parce que tous ceux qu’unissait la même . foi étaient de la même famille et qu’une même et sainte dilection les portait l’un vers l’autre. Les pauvres étaient visités et secourus chez eux par les diacres au nom de l’Eglise, et par leurs frères plus fortunés, ou bien ils étaient reçus dans les maisons et participaient aux agapes fraternelles.

Les premières œuvres établies par Vincent de Paul étaient un retour à la pratique des temps primitifs., Il avait institué les Confréries de la charité, la compagnie des Servantes des pauvres et des Dames de charité pour l’assistance à domicile. C’est le mode de bienfaisance le plus conforme à l’esprit évangélique. La visite du pauvre, si salutaire au riche, n’est pas moins bonne pour le pauvre. Elle rapproche les classes, excite davantage la compassion par la vue et le contact de la misère, et en rendant la charité personnelle, la rend plus douce au malheureux. Elle ne brise pas la famille comme l’hôpital et permet d’étendre aux autres membres de la maison le bien fait au malade et à

LES ŒUVRES

l’infirme. Cette participation directe aux bonnes œuvres n’est plus seulement l’aumône, c’est aussi l’apostolat; elle réunit, suivant la loi parfaite de miséricorde, l’assistance corporelle et le secours spirituel. Saint Vincent de Paul la préférait aux institutions publiques de bienfaisance sur lesquelles chacun, moyennant une contribution plus ou moins volontaire, se décharge du devoir personnel de la charité. C’est

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