GALÈRE MAXIMIEN, EMPEREUR ROMAIN (292-3 II
D’après une médaille du temps. — Pour débarrasser Rome des malheureux et des pauvres. Galère Maximien ordonna un jour de les rassembler dans des barques et de les noyer. — Les trois déesses symbolisent les trois métaux : or, argent et bronze. (W. Frœhner, Les Médaillons de l’empire romain .)
ensemble aux besoins de leurs corps et aux nécessités spirituelles de leurs âmes. L’idée agréa au donateur; celui-ci y mit seulement pour condition que l’administration spirituelle et temporelle de l’hôpital demeurerait toujours au supérieur général de la Congrégation de la Mission.
Immédiatement, Vincent achète deux maisons avec un grand terrain au faubourg Saint-Laurent, les meuble de lits, de linge, de tous les ustensiles d’un hôpital, établit une petite chapelle, et, avec l’argent de reste, constitue une rente annuelle à l’établissement. L’installation terminée, il reçoit quarante pauvres vieillards, vingt hommes et vingt femmes, qu’il place en deux corps de logis séparés l’un de l’autre, mais disposés de telle sorte que tous les pensionnaires, chaque sexe à part, peuvent entendre la même messe, assister à la même lecture de
table, prendre leur repas en commun, sans se voir ni se parler. Pour les occuper, selon leurs petites forces et leurs industries, il fit préparer des métiers et des outils convenables aux différentes professions, voulant que le travail régnât dans la maison. Enfin il établit des Filles de la Charité pour leur service et leur donna pour aumônier un prêtre de la Mission. Lui-même fut le premier à les diriger et à les instruire, leur recommandant l’union entre eux, la piété et la reconnaissance envers Dieu qui les avait tirés du besoin , pour leur procurer une retraite si douce à leur indigence et si avantageuse à leur salut.
La nouvelle maison des vieillards s’appela l’hôpital du Nom-de- Jésus. On ne tarda pas à venir la visiter. La vue de cet établissement si bien réglé faisait songer à la misère et au désordre des mendiants, si nombreux alors. Paris en était infesté. Ses rues recélaient quantité de tripots et de repaires infects où se réunissaient, le jour et la nuit, des milliers de pauvres, de vagabonds et de malfaiteurs. Les cours des Miracles, peuplées de hideux truands, étaient de véritables écoles du crime, inaccessibles à la police. Les malheurs publics avaient accru la mendicité. Tout le monde se plaignait d’un fléau qui déshonorait la capitale du royaume très chrétien et menaçait la sécurité publique. « Personne, disait Fléchier, ne discernait plus les pauvres de nécessité d’avec ceux de libertinage. On ne savait, en donnant l’aumône, si on soulageait la misère, ou si l’on entretenait l’oisiveté. On voyait des troupes errantes de mendiants, sans religion et sans discipline, demander avec plus d’obstination que d’humilité, voler souvent ce qu’ils ne pouvaient obtenir, attirer les yeux du public par des infirmités contrefaites, et venir jusqu’au pied des autels troubler la dévotion <^es fidèles. On se contentait de ces désordres, qu’on croyait impossible de corriger. Il fallait de la sagesse pour disposer les moyens, de la fermeté pour surmonter les obstacles, de grands biens pour fournir les fonds, une piété encore plus grande pour établir un ordre et une discipline salutaires parmi des hommes déréglés. »
Ce que la puissance de Richelieu lui-même n’avait pu faire pour combattre un tel mal, la charité de sa pieuse nièce l’entreprit. Frappée
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l’hospitalité
Jésus-Christ, sous les traits d'un pèlerin, reçoit l'hospitalité de deux religieux dominicains. Fresque de Fra Angelico au musée de Saint-Marc, à Florence, quinzième siècle. — C’est Jésus-Christ lui-même que saint Vincent voulait honorer en accueillant les pauvres à Saint-Lazare et dans les hospices.
du bel ordre de l’hôpital du Nom-de-Jésus, la duchesse d’Aiguillon forma le dessein d’un grand hôpital pour y renfermer les quarante mille
mendiants et vagabonds de la capitale. Elle s’en était ouverte à la reine et à plusieurs dames de charité qui l’avaient approuvé. A la première assemblée des dames, dont elle était la présidente, elle communiqua au vénérable supérieur de la Mission ses vues, en le priant d’en aider l’exécution. «Dieu, disait-elle, qui était visiblement avec lui et qui avait béni toutes ses entreprises, bénirait encore celle-là, s’il voulait s’en occuper, et la ferait triompher là où les plus puissants ministres et les rois avaient échoué. » Vincent de Paul mit sa prudence ordinaire à s’engager dans une affaire d’une telle importance; mais le zèle des dames précipita l’entreprise. La reine donna les vastes bâtiments et les jardins de la Salpêtrière; la duchesse d’Aiguillon, cinquante mille livres, et Mazarin, à sa demande, trois fois autant. L’œuvre était fondée, et le nouvel établissement prit le nom d’Hôpital général.
Dans leur ardeur, les dames voulaient tout faire à la fois et tout d’un coup. « Les ouvrages de Dieu, leur disait le saint, se font peu à peu; ils ont leurs commencements et leurs progrès. Que faut-il donc faire? Aller doucement, beaucoup prier Dieu et agir de concert.» Les dames auraient voulu qu’on usât même de contrainte pour amener les mendiants à l’hôpital; l’esprit de mansuétude du bon prêtre répugnait à ce moyen. « Selon mon sentiment, leur déclarait-il, il ne faut faire d’abord qu’un essai et prendre cent ou deux cents pauvres, et encore seulement ceux qui viendront de leur bon gré, sans en contraindre aucun. Ceux-là étant bien traités et bien contents, donneront de l’attrait aux autres; et ainsi on augmentera le nombre à proportion que la Providence amènera des fonds. On est assuré de ne rien gâter en agissant de la sorte; et au contraire, la précipitation et la contrainte dont on userait, pourraient être un empêchement au dessein de Dieu. Si l’œuvre est de lui, elle réussira et subsistera; mais si elle est seulement de l’industrie humaine, elle n’ira pas trop bien, ni beaucoup loin. »
Des obstacles ralentirent d’eux-mêmes la marche de l’œuvre. Le Parlement, craignant des émeutes de mendiants, fit d’abord quelque opposition ; mais ses membres les plus éminents, le premier président Pomponne de Bellièvre, qui dota l’établissement de vingt mille écus,
SAINT VINCENT PRÊCHE A l’hÔPITAL DU NOM DE JÉSUS
Vitrail de M. Claudius Lavcrgne pour la chapelle de l' hôpital de Tourcoing, dix-neuvième siècle. — Le saint instruit les vieillards pauvres recueillis dans l’hôpital du Nom-de-Jésus, fondé par ses soins.
et Lamoignon qui lui succéda, finirent par entrer dans l’entreprise. Un édit de Louis XIV, devenu roi, venait enfin affermir et développer ce projet d’hôpital.
Comme autrefois les magistrats de Florence, voyant leur cité riche et puissante, avaient résolu par décret public d’élever à la gloire de Dieu un temple «de la plus grande et prodigue magnificence)), ainsi le jeune monarque, dans sa reconnaissance pour la visible protection du ciel et le bonheur de ses victoires, décidait, non par ordre de police, mais par le seul motif de charité, de bâtir aux pauvres mendiants, comme membres vivants de Jésus-Christ, le plus magnifique asile qui se fût jamais vu. Tel était le célèbre édit de i656, qui jeta les fondements du nouvel Hôpital général, et le dota royalement pour des siècles avec le concours des aumônes chrétiennes. Les constructions neuves s’élevèrent rapidement. A peine furent-elles achevées, que l’histoire, la poésie et l'éloquence les célébrèrent à l’envi, comme un des plus grands ouvrages du siècle. « Sortez un peu hors de la ville, s’écriait Bossuet, et voyez cette nouvelle ville qu’on a bâtie pour les pauvres, l’asile de tous les misérables, la banque du ciel, le moyen commun assuré à tous d’assurer ses biens et de les multiplier par une céleste usure. Rien n’est égal à cette ville ; non , ni cette superbe Babylone, ni ces villes si renommées que les conquérants ont bâties. Là on tâche d’ôter de la pauvreté toute la malédiction qu’apporte la fainéantise, de faire des pauvres selon l’Évangile. Les enfants sont élevés, les ménages recueillis, les ignorants instruits reçoivent les sacrements. »
L’édit qui ordonnait l’établissement d’un hôpital général pour le renfermement des pauvres mendiants de la ville et des faubourgs, interdisait en même temps la mendicité. « Pour ôter la mendicité, dit Bossuet dans sa Politique sacrée , il faut trouver des remèdes contre 1 indigence. » Ici le remède était trouvé. Les pauvres auxquels on interdisait le vagabondage des rues et l’industrie de la mendicité, trouvaient à 1 hôpital une demeure, les moyens de vivre et l’emploi de leur temps. La politique ne devait pas plus, et la charité ne pouvait faire mieux. Au moment où l’Hôpital général allait s’ouvrir, en même
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temps que la Salpêtrière, la Grande et la Petite Pitié, Bicêtre et autres dépendances aux mendiants, Vincent de Paul écrivait : « L’on va ôter la mendicité de Paris et ramasser tous les pauvres en des lieux propres pour les entretenir, instruire et occuper. C’est un grand dessein, et fort difficile, mais qui est bien avancé, grâce à Dieu, et approuvé de tout le monde. Beaucoup de personnes lui donnent abon-
D’après une gravure de Mérian, dix-septième siècle. — Auprès de cette porte, aujourd’hui détruitej s'élevait, sur le bord de la Seine, une vieille tour que saint Vincent de Paul, avec l’agrément du roi Louis XIII. avait transformée en hôpital pour les forçats de passage à Paris.
damment, et d’autres s’y emploient volontiers... Le roi et le Parlement l’ont puissamment appuyé, et, sans m’en parler, ont destiné les Prêtres de notre Congrégation et les Filles de la Charité pour le service des pauvres, sous le bon plaisir de MV l’archevêque de Paris. Nous ne sommes pourtant pas encore résolus de nous engager à ces emplois, pour ne pas assez connaître si le bon Dieu le veut; mais si nous les entreprenons, ce ne sera d’abord que pour essayer. » Le roi avait, en effet, nommé le supérieur général de la Mission directeur
spirituel de l’hôpital, en même temps qu’il nommait le premier prési-
dent du Parlement de Paris directeur temporel. Quel autre méritait plus cette charge de directeur de l’Hôpital général que celui qui en avait fourni le modèle et donné le règlement ? Il ne convint pas, pour plusieurs raisons, à Vincent de Paul ni à sa congrégation, de l’accepter; mais il se substitua un des prêtres les plus zélés de la conférence du mardi à Saint-Lazare, le docte et pieux Abelly, et il y laissa ses Dames de charité, dont le concours et les aumônes contribuèrent si efficacement au soutien de cet établissement.
L’institution fondée par l’initiative de la pieuse duchesse d’Aiguillon et le conseil de saint Vincent de Paul était si bien établie, que non seulement elle délivra Paris de la mendicité, en abritant jusqu’à vingt mille pauvres par an, mais qu’elle servit de modèle aux principales villes du royaume, qui, à l’instigation de Louis XIV, en adoptèrent le système.
Tout tournait à la charité dans ce noble siècle de saint Vincent de Paul. Jamais on ne vit naître à la fois tant d’institutions de bienfaisance et tant d’œuvres de piété; jamais on ne vit un tel nombre de personnes distinguées par leur naissance et leur mérite faire un si digne emploi de la richesse. C’est un des effets de la vertu de notre
son exemple des belles ardeurs du dévouement. Il n’y en avait point parmi elles de plus zélées, avec l’admirable madame de Miramion, que cette grande duchesse d’Aiguillon, qui ne fut grande, a dit Fléchier, que pour servir Dieu noblement, riche, que pour assister libéralement les pauvres de Jésus-Christ. Depuis sa mission à Marseille, Vincent avait conçu avec Philippe de Gondi, le général des galères, le projet de fonder un hôpital pour les forçats auxquels la maladie rendait plus affreux le séjour de leur dure prison. Quand Richelieu, vainqueur à la journée des Dupes, eut réuni à son pouvoir la juridiction de la marine, 1 ancien aumônier général des galères intéressa à la fois sa piété et la politique à 1 hôpital de Marseille; mais le tout-puissant ministre mourut avant d’avoir pu achever cette œuvre. Ce fut encore sa nièce qui mena à bonne fin l’entreprise avec les biens que lui avait légués le cardinal et avec l’aide de son saint directeur.