VUE DE L’HOSPICE DE LA SALPETRIERE, A PARIS
D’après le dessin de Rigaud, dix-septième siècle. — Saint Vincent fut l’âme de cette grande fondation destinée à servir d’asile aux vieillards des deux sexes. Anne d’Autriche donna les bâtiments et les jardins, la duchesse d’ Aiguillon cinquante mille livres, et Mazarin, à sa demande, trois fois autant.
C'est à la Salpêtrière que Bossuet prononça le fameux panégyrique de saint Paul, réputé son chef-d’œuvre.
SAINT VrNCENT DE PAUL
La misère des mendiants et des forçats n’était point la seule à solliciter une assistance particulière. Il y avait eu, dès le premier jour, comme une pieuse émulation parmi les femmes de l’entourage de Vincent à s’appliquer aux diverses industries de la charité. Une d’elles, Madame de Pollalion, après avoir été l’une des dames les plus actives de l’assemblée, avait accompagné Mademoiselle Le Gras dans les campagnes , vêtue en servante, pour l’aider à instruire et à soigner les pauvres. Elle eut ensuite l’inspiration de se consacrer particulièrement aux pauvres filles abusées et repentantes, et à celles que leur jeunesse, jointe à l’indigence et à l’inconduite de leur famille, exposait à un péril certain. Sa fortune ne suffisant pas à cette pieuse entreprise, on la voyait s’en aller à pied par les rues, quêtant auprès de ses amies et des personnes généreuses le surplus. Ni cette oeuvre ni aucune autre ne semblaient possibles sans le bon M. Vincent. C’est avec lui encore qu’elle se fit. L’hôpital de la Pitié, dont il était alors supérieur, offrait un refuge tout trouvé pour ces pauvres filles. Madame de Pollalion en réunit d’abord une quarantaine, qu’elle entretenait à ses frais. Ce fut le point de départ d’une œuvre beaucoup plus importante qui se changea en congrégation religieuse, et au succès de laquelle le vénérable père contribua encore. Dans le même temps, madame de Miramion, sous l’inspiration aussi de Vincent de Paul, obtenait de la police quelques-unes des filles perdues qu’on voulait enfermer pour l’exemple des autres, prenait une maison pour elles au faubourg Saint-Antoine, et fondait une école de vertu, d’où ces malheureuses créatures sortaient repentantes, et avec des moyens honnêtes d’existence. Vincent avait contribué plus directement encore à une institution antérieure du même genre, commencée par un riche marchand de vin de Paris, Robert de Montry, et reprise par la marquise de Maignelay. Cette pieuse dame, l’une des plus généreuses trésorières de Vincent de Paul, mérita par ses largesses d’être appelée la fondatrice de la nouvelle maison de retraite de la Madeleine, établie près du Temple. Sa générosité ne suffisait pas à l’œuvre. Du vivant de saint François de Sales, on l'avait prié d’en confier le soin aux Filles de Sainte-Marie qui paraissaient les plus propres à diriger ces pécheresses pénitentes.
LES ŒUVRES
«Plus tard, peut-être, avait répondu le saint évêque; il n’est pas encore temps. » Le temps vint avec Vincent de Paul. Supérieur des Sœurs de la Visitation, il n’hésita plus, après avoir beaucoup prié et consulté, selon son habitude, à les charger d’une œuvre faite pour les effrayer d’abord. Par ses conseils, les difficultés d’une telle entreprise s’évanouirent et la maison des Pénitentes de la Madeleine devint une
l’hôpital d’alise-sainte-reine, en bourgogne
Etat actuel d’après une photographie. — Cet hôpital fut fondé par le conseil de saint Vincent, qui le plaça ensuite sous le patronage de la reine Anne d'Autriche.
vraie communauté de religieuses, qui en produisit d’autres semblables à Rouen et à Bordeaux. Lui-même avait conçu, vers la fin de sa vie, le projet d’un grand hôpital pour les femmes et les filles abandonnées et pour celles que le désordre avait conduites à la maladie. La mort le surprit trop tôt ; mais son idée ne fut pas perdue.
A qui restait-il à penser, après s’être occupé des vieillards et des malades, des mendiants et des forçats, des enfants trouvés, des filles perdues? Vincent de Paul n’oublia pas les pèlerins, les passants
infirmes et nécessiteux, objet d’une si tendre compassion au moyen âge. Alise, le village de Bourgogne qui dispute à Alaise l’honneur d’avoir servi de dernier rempart à l’indépendance gauloise, possédait des eaux thermales et un tombeau illustre, où se rendaient chaque année un grand nombre d’infirmes et de pèlerins. Un bourgeois de Paris, nommé des Noyers, ayant été avec sa femme chercher la santé au tombeau de sainte Reine, la glorieuse vierge et martyre de la Bourgogne, y fut ému de pitié de voir tant de personnes réduites, après les fatigues du voyage, à coucher sur la terre ou dans les granges, et ne trouvant pas même les consolations spirituelles du pèlerinage. Ce pieux étranger avait résolu, avec un prêtre de la Doctrine chrétienne et plusieurs autres personnes charitables, d’aller s’établir à Sainte - Reine, pour y venir en aide à tous ces passants. Le projet leur parut bientôt au-dessus de leurs ressources; il eût fallu bâtir et doter une hôtellerie chrétienne. Dans cette nécessité, des Noyers et quelques-uns de ses associés recoururent au grand intendant des affaires de la Providence, à Vincent de Paul; celui-ci loua le dessein, tout en le trouvant difficile. Tous ensemble, ils consultèrent Dieu dans une retraite spirituelle qu’ils firent à Saint- Lazare. A la fin, le saint vieillard, en ayant conféré de nouveau avec eux, leur déclara que leur dessein était du ciel et qu’il fallait l’entreprendre. Mais comment faire avec des ressources insuffisantes ? Devait-on commencer tout de suite? Tout à coup : « Béni soit Dieu! s’écrie Vincent au milieu de la délibération; il veut assurément cet ouvrage. Ayez confiance en sa bonté, espérez tout de sa providence. Mettez promptement la main à l’œuvre, et jetez les fondements d’un hôpital, sans vous mettre en peine d’autre chose que de bien servir les pauvres. Dieu fera le reste.» Et l’hôpital de Sainte -Reine fut construit, et il existe encore. Vincent de Paul y avait mis ses prières, ses aumônes et ses Filles de la Charité; il lui procura la protection de la reine régente, et des revenus suffisants pour que l’établissement pût recevoir chaque année, outre trois ou quatre cents malades, plus de vingt mille pèlerins et étrangers.
Saint-Lazare réunissait toutes les œuvres hospitalières d’alors,
LES ŒUVRES
entreprises avec le concours de son vénérable supérieur. Ce n’était pas seulement la maison mère de la Mission, ni un séminaire pour la congrégation, ni un lieu d’exercices spirituels pour les ecclésiastiques et les personnes du monde ; c’était encore un asile pour tous les genres d’affliction et comme une école universelle de charité. Lépreux rebutés du monde, malades sans famille, pauvres fous à charge à