CHARITÉ DE SAINT PAUL
Sculpture du douzième siècle à la cathédrale de Reims. — Saint Paul tient d’une main le glaive, symbole de son éloquence, et de l’autre le livre de ses épîtres : « Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges... Quand j’aurais une foi capable de transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité (l’amour de Dieu et du prochain), je ne suis rien... »
INTRODUCTION
dans les maisons des Petites-Sœurs. On vint de toutes parts admirer cette nouvelle création du bon prêtre, et l’admiration fut si grande que l’on voulut étendre ce bienfait à tous les indigents de Paris. De là, la fondation de la Salpêtrière, où Vincent eut encoie une paît très considérable. Mais, contre son intention, la liberté des pau\ies n’y fut pas aussi respectée qu’à l’hospice du faubourg Saint-Laurent. A son avis il fallait attendre qu’ils se présentassent eux-mêmes. On peut voir si Vincent avait raison de haïr la contrainte à l’égard des pauvres : les prisonniers de Bicêtre et de la Salpêtrière ne connaissent pas Dieu et sont pleins de haine contre l’ordre social ; les hôtes des Petites-Sœurs , dans les maisons desquelles les pensées de saint Vincent sont suivies, prient Dieu pour leurs bienfaiteurs.
La haute renommée de Vincent de Paul attira l’attention des jansénistes, naissants alors, et déjà doués de cette énergie rusée et remuante qui les a toujours caractérisés. Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, leur chef, était compatriote du Père des Pauvres. Il entreprit de le séduire, imaginant, dans sa vanité de docteur et de bel esprit, qu’il aurait aisément raison de cet homme si simple, et que cette conquête importante ne lui coûterait pas. Il en avait déjà fait qui paraissaient plus difficiles. Saint Vincent de Paul le pénétra dès le premier jour, et ne consentit à le revoir que pour tâcher charitablement de l’éclairer. Lorsqu’il en eut perdu l’espérance, ce qui ne tarda point, alors il ne songea plus qu’à ses devoirs envers l’Église, menacée d'une hérésie très-subtile et très-dangereuse. Il dénonça partout, il dénonça tout haut ces hérétiques, déguisés encore sous les apparences du zèle; il sonna l’alarme contre eux, et s’occupa de les faire condamner.
Quand on voit naître une hérésie, on peut affirmer que le terrain était préparé pour la recevoir. Toute fausse doctrine est la formule philosophique des vices dominants de l’époque où elle éclate. Au milieu des troubles politiques et des guerres civiles, entre l’esprit de la Ligue et 1 esprit du protestantisme qui vivaient encore, et qui se combattaient encore, il fallait une hérésie à l’usage des politiques qui \ oublient penser et vivre en protestants, sans se séparer ouvertement