‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 81 sur 236 · TROISIÈME ŒUVRE DE MISERICORDE : LOGER LES PELERINS · texte numérisé non relu

TROISIÈME ŒUVRE DE MISERICORDE : LOGER LES PELERINS

D’après Abraham Bosse, dix-septième siècle. — Saint Vincent exerça jusqu’à sa mort la plus large hospitalité. Prêtres et laïques, riches et pauvres étaient reçus à Saint-Lazare ; et quand la place manquait, Vincent cédait jusqu’à sa chambre.

leurs parents, jeunes libertins soustraits à la honte de la prison et mis à l’école du repentir, mendiants ramassés dans la rue, il y avait là de toutes les afflictions et de quoi en faire l’apprentissage. Vincent recevait tous ces infortunés avec amour ; mais toutes ses tendresses étaient pour les plus rebutés, pour les fous. « Bénissons Dieu, messieurs et mes frères, disait-il à ceux de sa congrégation, et le remercions de ce qu’il nous applique au soin de ces pauvres gens, privés de sens et de conduite; car en le servant, nous

voyons et touchons combien sont grandes et diverses les misères humaines; et par cette connaissance, nous serons plus propres à travailler utilement pour le prochain; nous nous acquitterons de nos fonctions avec d’autant plus de fidélité, que nous saurons mieux, par notre expérience, ce que c’est que de souffrir. C’est pourquoi je prie ceux qui sont employés auprès de ces pensionnaires d’en avoir grand soin, et la compagnie, de les recommander souvent à Dieu, et de faire estime de cette occasion d’exercer la charité et la patience envers ces pauvres gens, autrement Dieu nous punirait. Oui, qu’on s’attende de voir tomber la malédiction sur la maison de Saint-Lazare, s’il arrive qu’on y néglige le juste soin qu’on doit avoir d’eux. Je recommande surtout qu’on les nourrisse bien, et que ce soit du moins aussi bien que la communauté. J’aimerais mieux que l’on me l’ôtât à moi-même pour le leur donner. »

Le bon père qui ramassait la nuit, par les rues, les enfants abandonnés, se faisait aussi recruteur des hôpitaux. Dans les derniers temps de sa vie, pressé d’affaires, accablé par l’âge et les infirmités, il se servait parfois d’une voiture, que la duchesse d’Aiguillon l’avait contraint d’accepter. C’était là ce fameux carrosse de M. Vincent, que tout Paris connaissait, et dont sa charité avait fait, comme on l’a dit, une voiture publique. Rencontrait-il quelque pauvre, quelque infirme, il le faisait monter à côté de lui, et le conduisait à domicile ou à l' Hôtel-Dieu. Un jour, c’était une pauvre femme étendue par terre et délaissée des passants qu’il avait recueillie. Au bout de quelques tours de roue, la malheureuse perd connaissance; Vincent aussitôt aide à la descendre de voiture, lui fait apporter un cordial, et quand elle est un peu remise, il paye des porteurs pour la mener à l’hôpital, avec une lettre de recommandation. Une autre fois, arrêté par les cris déchirants d un enfant blessé à la main, il descend de voiture, s’informe de son mal, le conduit à un chirurgien, le fait panser, et le ramène a sa famille. Dans une autre circonstance, rentrant à Saint-Lazare, où des groupes de malheureux l’attendaient toujours, il trouve quelques vieilles femmes auxquelles il promet l’aumône; mais à peine entré, plusieurs affaires pressantes le prennent et lui font perdre de vue sa

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