‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 86 sur 236 · LA MAISON DE LA MISSION A ROME · texte numérisé non relu

LA MAISON DE LA MISSION A ROME

Elle fut fondée en 1642 par madame la duchesse d’ Aiguillon, qui lui fit plusieurs riches donations. Maitre de Rome après l’invasion de 1870. le gouvernement piémontais s'empara d’une partie de ce monument de la charité française pour y installer les bureaux de la Chambre des députés italiens.

vous y serez rappelé. Il y a actuellement en France des pauvres qui vous tendent les mains et qui vous disent de la manière la plus touchante : « Hélas ! Monsieur, vous avez été choisi de Dieu pour

« contribuer à notre salut, ayez donc pitié de nous ; aidez-nous à « sortir du mauvais état où nous sommes. Depuis longtemps nous « croupissons dans le péché, l’ignorance et les ténèbres. Nous n’avons

besoin pour en sortir ni de versions syriaques, ni de versions latines.

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« Votre zèle et le mauvais jargon de nos montagnes nous suffira. « Sans cela nous sommes en danger de nous perdre. » C’est dans la même pensée que Vincent de Paul interdissait à ses prêtres de composer et surtout de publier des ouvrages, ne voulant pas qu’ils sortissent de la modeste condition de la Compagnie, ni que rien vînt les distraire de leur fonction principale.

Comme il dédaignait pour les siens les vains avantages de la science, il méprisait aussi les artifices de l’éloquence humaine. Ce grand serviteur de Dieu, étant rempli d’un esprit vraiment apostolique, voulait que ses missionnaires se formassent à la parole dans l’oraison bien plus que dans l’étude de la rhétorique. « L’oraison, disait-il, est un grand livre pour le prédicateur : c’est là qu’il puisera les vérités divines dans le Verbe éternel qui en est la source, pour les répandre après parmi le peuple ; c’est par l’oraison qu’il se rendra capable de toucher les cœurs et de convertir les âmes. » Le parfait missionnaire ne devait pas avoir d’autre modèle pour parler au peuple que Jésus-Christ, qui se servait d’un langage simple et à la portée de tout le monde, et qui expliquait par des comparaisons familières les vérités de l’Evangile. « Ne craignez pas, disait Vincent de Paul, d’annoncer aux peuples les vérités chrétiennes dans la simplicité de l’Evangile et des premiers ouvriers de l’Église... La réputation de la Compagnie doit être en Jésus-Christ, et le moyen de l’y mettre et de l’y maintenir est de se conformer à lui, et non pas aux grands prédicateurs... Nous n’en avons pas de tels... et si nous affectons d’instruire le pauvre peuple pour le sauver et non pas de nous faire valoir et de nous recommander, nous avons assez de talent pour cela, et plus nous y apporterons de simplicité et de charité, plus nous recevrons de grâce de Dieu pour y réussir. Il faut prêcher Jésus-Christ et les vertus comme les apôtres ont fait. « Cette simplicité du discours, il la voulait aussi dans la voix et dans l’attitude du prédicateur; il ne bannissait pas moins le ton de déclamation que la subtilité des conceptions et la recherche des effets. Vincent de Paul était le modèle de cette éloquence tout apostolique, inspirée de l’Évangile et pénétrée de 1 amour des âmes. Il parlait humblement, avec vérité et naturel, mais

L’ACTION

aussi avec force et onction, et par là il atteignait plus sûrement à la vraie éloquence qu’en cherchant à tourner agréablement de belles pensées et qu’en haussant pompeusement la voix. Pour maintenir sa congrégation dans les sages pratiques de la chaire, il composa luimême une méthode familière et simple, qu’il appelait sa petite méthode et qui est, comme tous les règlements auxquels il mit la main, un chef-d’œuvre de bon sens. Ainsi Vincent de Paul enseignait à ses frères les vertus qui font les apôtres et les qualités qui font les bons prédicateurs.

Formés à son école, ils portaient dans toutes les missions son esprit et ses exemples. C’était le saint qui parlait en eux; c’était sa foi qui inspirait leurs discours, et sa charité qui remplissait leurs cœurs. Plus la congrégation de Saint-Lazare se développait, plus les missions se multipliaient. Chaque maison nouvelle qui s’établissait devenait un nouveau centre de prédication. Toul eut la première, et la Lorraine en sentit bientôt les précieux bienfaits. D’autres établissements se formèrent successivement en vingt villes. A Richelieu, ce fut le grand cardinal lui-même qui fonda la maison de la Mission, pour laisser un monument de sa piété et marquer l’estime qu’il avait de Vincent de Paul. Sa nièce, la duchesse d’Aiguillon, dont les libéralités étaient inépuisables, avait établi avant lui une mission de quatre prêtres dans la ville de son titre ducal. Les évêques sollicitaient de toutes parts des prêtres de Saint-Lazare. De généreux bienfaiteurs, et entre tous l’illustre commandeur de Sillery et Jacques de Chordon, aidaient à leur établissement. Louis XIII les protégeait autant qu’il les estimait. Maître de Montpellier par une heureuse victoire qui arrêtait les complots des calvinistes, après avoir accordé la paix aux religionnaires révoltés, et pour achever la pacification, il fit prêcher dans la ville une mission par les fils de Vincent de Paul. Plus tard, à peine le pieux roi eut-il acquis la souveraineté de Sedan, presque toute infectée de l’hérésie, qu’il y fit faire à ses frais des missions, et Louis XIV voulut que le reste de la donation royale servît à la fondation d’une maison à Sedan. Dans tous les diocèses, les missionnaires méritaient les éloges donnés par le grand évêque de Meaux à ceux

que Louis XIII, par une nouvelle preuve de sa bienveillance royale envers la Mission, avait établis à Crécy. « Pour nous, Très Saint Père, écrivait Bossuet à Clément XI, nous conservons du vénérable Vincent de Paul un souvenir d’autant plus cher et plus durable, que nous le voyons encore vivant dans sa congrégation et dans notre diocèse. Nous vivons avec ses disciples, nos frères dans le sacerdoce ; nous travaillons avec eux, et nous nous réjouissons dans le Seigneur de les voir nourrir le troupeau à nous confié de leur doctrine et de leurs exemples, avec un zèle incessant et infatigable. »

D’année en année, le bon père voyait grandir la petite compagnie dont il avait si humblement remis la destinée à la seule Providence. En vain ne voulait-il en partage que le pauvre peuple des champs. Le vœu du clergé et des populations forçait son humilité, et dans les principales villes, à Troyes, à Agen, à Tréguier, à Metz, à Narbonne, à Amiens, à Noyon, à Saintes, il avait dû envoyer de ses prêtres pour y multiplier ses œuvres. De là les missions s’organisaient chaque année pour la campagne. Saint-Lazare envoyait des apôtres jusqu’aux extrémités du royaume et de préférence dans les pays les plus infestés de l’hérésie. On a compté près de sept cents missions ordonnées par son vénérable supérieur. C’est par milliers que se firent celles des autres maisons établies en plus de vingt-cinq diocèses. D’Amiens à Marseille et de Sedan à Tréguier, la France fut pendant quarante ans évangélisée sous la direction de Vincent de Paul, qui non seulement formait sans cesse de nouveaux ouvriers évangéliques, mais qui les suivait partout où ils allaient, les soutenant de ses conseils et de ses exhortations, et recevant d’eux des rapports sur les résultats de leurs travaux et les besoins des populations. Retenu à Paris par la multitude des occupations, auxquelles les années ne faisaient qu’ajouter, il enviait le bonheur de ses enfants et aspirait à des travaux qui n’étaient plus de son âge. A l’un d’eux il disait qu’il aurait voulu partir pour les montagnes de la Lozère pour y travailler jusqu’à son dernier soupir. « Que j’ai de confusion, écrivait-il à un autre, de me voir si inutile au monde en comparaison de vous!... Certes, Monsieur, je ne puis me retenir : il faut que je

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