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vous dise tout simplement que cela me donne de nouveaux et de si grands désirs de pouvoir, parmi mes petites infirmités, aller finir ma vie auprès d’un buisson, en travaillant dans quelque village, qu’il semble que je serais bien heureux s’il plaisait à Dieu me faire cette grâce. » L’année précédente, entre deux accès de fièvre et malgré ses soixante-dix-sept ans, il avait couru à la mission de Rueil avec l’ardeur de ses premières années, et il voulait recommencer autre part. Cette ferveur toujours jeune, il la communiquait aux siens, et jusqu’à son dernier soupir il fut l’instigateur des missions de la Compagnie.
L’élan était donné. Vincent de Paul avait ranimé le zèle de l’apostolat. Les prêtres qui venaient se former sous sa direction à l’esprit sacerdotal devenaient, comme ceux de sa congrégation, des missionnaires, et ils s’en allaient prêcher dans les villes que ceux-ci laissaient pour les campagnes. Une sainte émulation se répandait partout. En beaucoup de diocèses, des compagnies de missionnaires se formaient à l’exemple de la congrégation des prêtres de la Mission ; d’autres communautés demandaient à s’affilier à celle de Saint-Lazare pour faire aussi ses œuvres. C’était un disciple de Vincent de Paul que ce vénérable Louis Calon, si zélé pour les missions, qui travailla seul ou avec les Lazaristes dans les diocèses de Paris, de Rouen, de Meaux, de Chartres et de Senlis. Il mourut à Vernon, exténué de travaux et de pénitences, disputé par les fils de saint François à l’affection et à la reconnaissance de Vincent de Paul. M. Olier aussi, grand serviteur de l’Église, avait commencé sa carrière dans les missions ; élève de saint Vincent de Paul avant de devenir fondateur de la compagnie de Saint-Sulpice, il rapportait à ce maître le fruit de ses travaux. « Vous avez heureusement commencé, lui écrivait-il, et vos premiers exemples m'ont fait quitter Paris pour venir travailler en ces lieux. Continuez donc en ces divins emplois, étant vrai que sur la terre il n’y a rien de semblable. » Répandus dans l’Auvergne et dans le Languedoc, les missionnaires de Saint-Lazare prêchèrent souvent dans le voisinage des lieux évangélisés par l’héroïque François Régis, ce saint si semblable à saint Vincent de Paul. Comme le fondateur de la Mission, le grand apôtre du Velay et du Vivarais s’était voué par-
L’ACTION
ticulièrement à l’instruction des gens de la campagne et dans les pays ravagés par l’hérésie; comme lui il joignait à l’enseignement l’assistance des pauvres ; émule de sa charité, il semblait lui avoir emprunté sa méthode de prédication, son éloquence à la fois simple et forte, et pour l’imiter tout à fait, de même que Vincent de Paul établissait dans ses missions la confrérie de la Charité, François Régis instituait partout la confrérie du Saint-Sacrement. Dans le même temps, un autre ami des pauvres, un autre saint tout embrasé aussi de l’amour de Dieu, se rencontrait avec les fils de Vincent. Prédicateur à la parole enflammée, Michel Le Nobletz attirait à lui les peuples de la Basse-Bretagne, trop, souvent livrés à l’ignorance et à la grossièreté, trop souvent aussi dépourvus de secours spirituels. Selon l’esprit de Vincent de Paul, il ne négligeait pas non plus les besoins du corps en s’occupant de ceux de l’âme; à son imitation, il exerçait de pieuses veuves à recueillir des aumônes et à visiter les pauvres, et lui-même mendiait pour eux. Au bout de quarante années de cette vie apostolique, Michel Le Nobletz avait même eu la joie de laisser des disciples pour continuer ses travaux et des règles pour l’exercice des missions ; il eut l’honneur d’ouvrir la carrière au P. Maunoir.
Du nord au midi et de l’orient au couchant, c’était comme une explosion d’apostolat. Les prodiges de la prédication de saint Vincent Ferrier étaient renouvelés pour la France avec un accroissement d’ouvriers et une plus grande abondance de fruits. Vincent de Paul se réjouissait de voir son œuvre des missions se propager par les siens ou par d’autres. Il était le premier à saluer dans le P. Eudes, qui venait aussi de fonder une congrégation de missionnaires, un émule de ses travaux. Le premier apôtre des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie évangélisait avec une merveilleuse bénédiction la Normandie et la Bretagne, et il était venu à Paris faire admirer, du père des missions, l’ardeur et la sainteté de sa parole apostolique. Vincent de Paul applaudissait à tous ces heureux résultats. Peu de temps avant sa mort, il en exprimait humblement sa joie à un de ses frères en Pologne : « Nous avons, lui disait-il, la consolation de voir que nos petites fonctions ont paru si belles et si utiles, qu elles
ont donné émulation à d'autres pour s’y appliquer comme nous et avec plus de grâces que nous... Il y a sujet de louer Dieu du zèle qu’il excite en plusieurs pour l’avancement de sa gloire et le salut des âmes. »
Grand fut le fruit de toutes ces missions auxquelles Vincent de Paul avait donné le branle par son exemple et sa prodigieuse activité. Où le péché abondait, la grâce surabonda. « Qui est-ce qui pourra concevoir, s’écrie le vieil historien du saint, la grandeur, l’étendue et la multiplicité des biens qui ont réussi pour la gloire de Dieu et pour l’utilité de son Église ? Qui pourra dire combien de personnes, qui étaient dans une ignorance criminelle des choses de leur salut, ont été instruites des vérités qu’elles étaient obligées de savoir ? Combien d’autres, qui avaient croupi toute leur vie dans l'état du péché, en ont été retirées par de bonnes confessions générales ? Combien de sacrilèges qui se commettaient en la réception indigne des sacrements ont été réparés ? Combien d’inimitiés et de haines déracinées, et d’usures bannies? Combien de concubinages et autres scandales ôtés ? Mais combien d’exercices de religion et de pratiques de charité établis ? Combien de bonnes œuvres et de vertus mises en usage en des lieux où elles n’étaient seulement pas connues ? Et ensuite, combien d’âmes sanctifiées et sauvées qui glorifient maintenant Dieu dans le ciel, lesquelles auraient peut-être, sans le secours qu’elles ont reçu des missions, persévéré jusqu’à la mort dans leurs péchés, et à présent blasphémeraient et maudiraient Dieu avec les démons dans l’enfer? C’est lui seul qui connaît l’étendue et le nombre de tous les biens que la grâce a opérés par le ministère de ses serviteurs dans ces emplois apostoliques, et qui les manifestera un jour à sa plus grande gloire. »
Mais les missions de la première moitié du dix-septième siècle eurent un résultat plus général ; elles conservèrent la France au catholicisme. L’hérésie, avec toutes ses suites, avait atteint si profondément les populations, qu’à la faveur de l’indifférence religieuse et du dérèglement elle se serait peut-être emparée du royaume très chrétien, si les missions innombrables entreprises sur tous les points
L’ACTION
n’avaient ranimé partout la vraie foi et les vertus chrétiennes. Et ce bienfait, dont vit encore aujourd’hui la France catholique, doit être rapporté d’abord à Vincent de Paul.
Les circonstances, qui étaient pour le saint autant d’ordres de la Providence, étendirent le cercle des missions rurales pour lesquelles