VUE PARTIELLE DE LA VILLE DE CORBIE, EN PICARDIE
Assiégée par l’armée française ( 1 636) . Gravure de Pérelle, dix-septième siècle. — La peste ayant éclaté dans l’armée, les missionnaires envoyés par saint Vincent se dévouèrent au soin des pestiférés; plusieurs d'entre eux furent atteints par le fléau.
la congrégation de Saint-Lazare avait été principalement instituée. L’armée reçut aussi les secours spirituels de ses disciples. C’était en 1 636. L’ennemi s’avançait sur la capitale et les troupes étaient occupées ailleurs. Richelieu accourt pour soutenir le courage de la population; Paris épouvanté fournit une milice d’occasion et la maison de Saint-Lazare devient une place d’armes. Tout est agité autour de lui, Vincent seul est tranquille. Cependant Louis XIII, pensant que la
religion des soldats serait la meilleure garantie du succès de ses
armes, demande à Vincent de Paul des missionnaires. Ils partent au nombre de quinze, munis d’un règlement de leur père pour cette nouvelle vie des camps et, dès les premiers jours, ils reçoivent la confession de plusieurs milliers de soldats. La peste, qui accroît leur zèle, rend plus efficaces leurs prédications. Cette armée de recrues devient une armée de pénitents, avec laquelle le roi repousse l’Espagnol, fait capituler Corbie et trembler la Flandre.
Deux ans après, Louis XIII voulut avoir aussi sa mission. Il répugnait à Vincent de Paul d’employer ses prêtres à ce ministère, tant il craignait que la simplicité de leurs manières et la rudesse de leurs discours ne fussent un objet de scandale aux beaux esprits. Les courtisans raillèrent d’abord leur ignorance des beaux usages ; mais à force d’entendre cette parole apostolique sans ménagements pour les vices brillants du monde, cette éloquence toute nue de l’Évangile, il fallut changer de conduite. Les femmes, renonçant aux immodesties de la toilette, embrassèrent le service des pauvres, et la cour de Saint- Germain se changea en confrérie de charité. Heureux de ces résultats, le pieux monarque disait « que c’était ainsi que les prêtres devaient travailler quand ils voulaient réussir, et qu’il rendrait partout ce témoignage aux membres de la congrégation de Saint-Lazare ». Le 10 février suivant, le roi se plaçait d’une manière particulière, lui et son royaume, sous la protection de la sainte Vierge, et la France devenait par un acte public le royaume de Marie.
Une nouvelle mission avait lieu à Saint-Germain quelques années plus tard, sur le désir d’Anne d’Autriche; c’était principalement pour les nombreux ouvriers qui travaillaient alors aux bâtiments du château, mais la cour en profita. Il y eut plusieurs missions dans une. En même temps qu’on prêchait aux ouvriers, des conférences de piété étaient faites chaque jour aux filles de la reine, et Anne d’Autriche assistait avec les personnes de sa suite aux prédications du soir. Le dauphin lui-même, âgé de trois ans à peine, participait à la mission. La reine avait voulu qu’on lui fît le petit catéchisme, et ce fut un disciple du pâtre des Landes qui enseigna les premiers éléments de la doctrine chrétienne à celui que la postérité devait appeler Louis le Grand.
L’ACTION
Il n’est pas jusqu’aux forçats, pour lesquels l’ancien aumônier
général des galères avait une miséricordieuse tendresse, qui n’eurent leur part dans cet apostolat. Dès que l’hôpital que la charitable
duchesse d’ Aiguillon leur avait fait bâtir à Marseille eut été terminé,
elle songea à établir auprès d’eux des fils de Vincent de Paul pour les instruire et les consoler dans leurs maladies. Une maison de
missionnaires fut fondée avec une dotation de 14,000 livres pour les