‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 89 sur 236 · PARTIE DE L4 CAMPAGNE ROMAINE · texte numérisé non relu

PARTIE DE L4 CAMPAGNE ROMAINE

D’après une gravure d’Israël Sylvestre, dix-septième siècle. — Le Breton et les premiers missionnaires envoyés à Rome par saint Vincent de Paul allaient le soir évangéliser les pâtres sous leurs tentes, puis passaient la nuit étendus sur quelques peaux de brebis et souvent sur la terre nue.

missions qu’ils devaient faire aux forçats, de cinq en cinq ans, dans les différents ports du royaume où se trouvaient les galères. Le succès de la première fut prodigieux. Bienfaiteur de l’hôpital, Mgr Gault rivalisait aussi avec les apôtres du bagne ; mais bientôt le jeune évêque succombait héroïquement à la maladie, laissant à Marseille le renom d’un fidèle imitateur de la charité de Vincent pour les galériens.

Le saint fondateur de la Mission , habitué à ne point former d’autres projets que ceux auxquels la Providence le portait elle-même, n’avait pas songé à étendre au-delà des campagnes de France le fruit

de ses prédications ; mais les circonstances, qui étaient pour lui l’indication de la volonté divine, le jetèrent dans de nouvelles entreprises. Dès les premiers temps de l’établissement à Saint-Lazare, les affaires de la congrégation l’avaient obligé à envoyer à Rome plusieurs de ses prêtres. Sur son ordre, les premiers négociateurs se firent missionnaires. Ils s’en allaient, le soir, attendre sous la cabane les pâtres de la campagne romaine, pour leur donner à leur tour la pâture spirituelle. Se rappelant la détresse de ces pauvres gens abandonnés à euxmêmes durant de longs mois dans ce désert, Vincent avait recommandé à ses confrères d’être pour ces brebis perdues le bon pasteur de l’Évangile. Ce fut là le commencement des missions étrangères; leur premier ouvrier, Le Breton, eut la gloire d’y succomber de fatigue. Elles se propagèrent bientôt dans les provinces voisines de Rome et jusqu’aux extrémités de l’Italie, dès que la bienveillance particulière d’Urbain VIII, témoin des heureux effets de cette prédication, permit à Vincent de Paul d’établir ses prêtres au centre de la catholicité. Les largesses de la duchesse d’Aiguillon avaient fait de la maison de Monte-Citorio un autre Saint-Lazare, qui abritait les mêmes œuvres de charité pour les pauvres et de piété pour les ecclésiastiques, et qui entretenait le même feu divin de l’apostolat. En vingt ans il se fit, de Naples à Turin, plus de deux cents missions. Là encore, Dieu bénissait les desseins de son fidèle serviteur et les travaux de ceux qu’il avait placés sous sa conduite. En Italie, les missionnaires n’avaient pas seulement à lutter contre le désordre des mœurs et le blasphème, fort répandu chez les gens du peuple ; ils se heurtaient aussi à des haines de familles, à des rivalités de bourgs, qui rendaient leur ministère plus difficile. Partout, les réconciliations furent un des principaux fruits de leur parole, le libertinage fit place à des mœurs plus régulières. Partout les envoyés de Vincent laissaient comme trace de leur passage la confrérie de la charité et les conférences ecclésiastiques, dont ils avaient montré aux curés le profit pour leurs peuples.

De Rome , les prêtres de la Mission , appelés par le cardinal Durazzo, étaient venus jusqu’à Gênes, où une autre maison fut fondée et bientôt magnifiquement dotée par la générosité du marquis de

L’ACTION

Brignole-Sale, héréditaire dans cette illustre famille. Là, en quelques années, ils changèrent la face du diocèse. La peste qui éclata montra en eux une charité à l’épreuve de la mort; ils y perdirent presque

portrait d’étIënné blatiron

Prêtre de la Mission, premier supérieur de la maison de Gênes, mort victime de son dévouement pendant la peste de 1657. D'après une peinture sur cuir conservée à la Mission de Gênes, dix-septième siècle. — Le cardinal Durazzo proclamait M. Blatiron « un des premiers missionnaires du monde », et saint Vincent l'appelait « un grand serviteur de Dieu ».

tous les leurs, l’héroïque Blatiron, leur supérieur, le premier ; mais ils n’en gagnèrent que plus d’âmes à Jésus-Christ. De Gènes les missionnaires passèrent dans l’île de Corse, qui dépendait de la superbe république des Doges. Le sénat génois lui-même les y avait

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