‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 95 sur 236 · MAISON CENTRALE DES FILLES DE LA CHARITÉ, A VARSOVIE · texte numérisé non relu

MAISON CENTRALE DES FILLES DE LA CHARITÉ, A VARSOVIE

Cette maison fut inaugurée, en i652, par trois sœurs françaises que saint Vincent y avait envoyées sur la demande de la reine de Pologne, Marie de Gonzague. — Etat actuel.

d'Écosse, tantôt dans les montagnes, au milieu des mêmes dangers, des mêmes souffrances, et avec le même succès.

A l’autre extrémité de l’Europe, les peuples de la campagne avaient besoin aussi d’être instruits de la religion. En i65o, la jeune reine de Pologne, Marie-Louise de Gonzague, demandait des prêtres à Saint-Lazare; elle avait vu de près, en France, les œuvres de son supérieur , étant elle-même de la compagnie des Dames de charité. L’année suivante, quatre missionnaires partirent, bientôt suivis des Filles de la charité. Les Jésuites, établis depuis un siècle en Pologne,

1 avaient préservée du protestantisme. Jean-Casimir venait de la sauver

L’ACTION

d’une invasion de Cosaques; mais aussitôt de nouvelles guerres, suscitées par la fureur du schisme et de l’hérésie, éclataient sur cet infortuné

VUE DE l’ÉGLISE ET DE LA MAISON S A I N T E - C R O I X , A VARSOVIE

Fondée en 1 65 1 par le roi Jean-Casimir de Pologne, pour les Prêtres de la Mission. La crypte qui règne sous l’église sert, depuis deux siècles, de sépulture aux Missionnaires et aux Filles de la Charité.

pays, et à la suite des Suédois unis aux Moscovites, arrivaient la peste avec la famine. Ce fut le premier exercice des missionnaires d’assister les pauvres de Varsovie au milieu de ces fléaux. Comme en

Lettre de Marie de Gonzague, reine de Pologne, à saint Vincent de Paul, d'après l’origina conservé aux archives de la Mission, à Paris.

L’ACTION

Louise Marie, par la grâce de Dieu Reyne de Pologne et de Suède, etc., Grande Duchesse de Lithuanie, Russie, Prussie, etc.,Ne'e Princesse de Mantoue et Montfera, de Nivernois, etc.

Monsieur Vincent, Jay veu avec Joye les Missionnaires que vous mavez envoyez et qui m’ont rendu votre lettre, Jespere qu’ils feront les fruits que jen ay tousiours attendu. Je les envoyé maintenant trouver l’Evesque de Vilna pour prendre son aprobation, parce qu’ils résideront dans son Evesche', en une de mes terres qui est en Lithuanie, ou ils establiront leur séminaire, et duquel avec le temps j’espere pouvoir tirer des prebtres pour les autres lieux et pour Varsovie mesme et pour faire les choses que vous m’augurez dans votre lettre. Ils vous informeront de leur voyage et de leur arrive'e icy. Si Dieu me fait la grâce de ne point mourir en couche J’escriré les lettres dont vous me parlez pour faire venir les Stes Marie (les Filles de la Visitation) a ce printemps. Et cepandant Je me recommande a vos priere et prie Dieu qu’il vous tienne en sa sainte garde.

Escrite a Varsovie, le 13 Novembre 1651.

Louise Marie Reyne.

Barbarie, en Irlande et aux Hébrides, le premier envoyé, le saint prêtre Lambert eut l'honneur de succomber en martyr, consacrant ainsi par sa mort la mission. Heureux d’une si grande gloire pour sa petite compagnie, Vincent excitait le zèle de ses prêtres de Saint- Lazare par la vue du dévouement de leurs frères. « Si quelques-uns d’entre nous, leur disait-il avec l’autorité de ses exemples et l’humilité de sa grande âme, sont encore esclaves de la nature, adonnés aux plaisirs de leurs sens, ainsi que l’est ce misérable pécheur qui vous parle, qu’ils se réputent indignes de la condition apostolique où Dieu les a

appelés, et qu’ils entrent en confusion de voir leurs frères qui l’exercent si dignement, et qu’ils soient si éloignés de leur esprit et de leur courage. Mais qu’ont-ils souffert en ce pays-là ? La famine ? Elle y est. La peste ? Ils l’ont eue. La guerre ? Ils sont au milieu des armées et ont passé par les mains des soldats ennemis. Enfin, Dieu les a éprouvés par tous les fléaux, et nous serions ici comme des casaniers sans cœur et sans tête! »

Ne pouvant autre chose, il priait ardemment, et il demandait à tout le monde des prières pour la malheureuse Pologne qu’il aimait. Et qui dira que la fuite de Charles-Gustave de Suède, le rétablissement du roi Jean-Casimir dans les provinces perdues, le maintien de la religion catholique en Pologne, n’ont pas été l’effet de ses saintes prières? Le catholicisme affermi par la paix, la Pologne devint comme une seconde patrie pour la Mission, dont les établissements s’étendirent aussi à l’Allemagne.

Mais, avant que Vincent de Paul eût envoyé ses compagnons en Pologne, un ordre de la Providence appelait pour la première fois la congrégation de la Mission hors d’Europe. C’est d’elle que le nonce du Saint-Siège avait fait choix, à la demande de la compagnie d’Orient, pour aller à Madagascar. Des prêtres et des jésuites, venus avec ces hardis Portugais du seizième siècle, qui propageaient le règne de Jésus-Christ en étendant leur domination sur les mers, avaient déjà évangélisé la Grande-Terre de saint Laurent. En moins d’un siècle, cependant, l’intempérie du climat avait détruit l’établissement portugais, et la compagnie d’Orient tentait, pour le compte de la France, un nouvel essai de colonisation. Deux prêtres de la Mission, Nacquart et Gondrée, partirent les premiers, emportant les sages instructions de Vincent pour la route et pour leur ministère dans ce pays lointain. C’est le 4 décembre 1648 qu’ils arrivèrent, après une longue navigation de six mois et demi, qui avait été une continuelle prédication à bord du navire et dans les lieux de station. Tout était à refaire. Les Malgaches étaient retombés dans l’idolâtrie et Ja turpitude des mœurs. Les deux missionnaires se partagent entre les colons et les noirs , et bientôt ceux-ci accourent à leur case, demandant le baptême. Gondrée meurt

L’ACTION

le premier, emporté par la fièvre ; Nacquart, craignant aussi d’être prévenu par la mort, compose dans la langue du pays un catéchisme pour ses successeurs, puis il instruit quelques-uns des Français qui partent en expédition dans l’intérieur à être aussi missionnaires; luimême parcourt les cases des Malgaches et visite plusieurs de leurs tribus, baptisant, prêchant, condamnant la polygamie, réhabilitant les

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