‹ Saint Vincent de Paul et sa mission socialeChapitre 96 sur 236 · MADAGASCAR SOUMISE AU ROI PAR ÉTIENNE DE FL A CO U RT · texte numérisé non relu

MADAGASCAR SOUMISE AU ROI PAR ÉTIENNE DE FL A CO U RT

Gravure de YHistoire de la grande île de Madagascar, par de Flacourt. dix-septième siècle. — Les premiers missionnaires envoyés par saint Vincent de Paul à Madagascar accompagnaient de Flacourt.

mariages entre Français et négresses, s’occupant de l’instruction des femmes et des filles du pays. Il meurt à son tour, et ce n’est que trois ans après que Vincent de Paul peut le pleurer avec son compagnon.

De nouveaux missionnaires les remplacent et reprennent l’œuvre. Une révolution dans le gouvernement de la colonie, des rivalités marchandes et des expéditions malheureuses entravent la mission. Un des nouveaux venus meurt bientôt ; la disette vient seconder l’apostolat de Bourdaise qui est resté seul, sa charité multiplie les conversions : « Oh ! écrivait-il alors à Vincent, s’il y avait ici deux ou trois

prêtres, dans un an tout ce grand pays d’Anos serait baptisé! » Aussitôt de nouveaux compagnons lui sont envoyés. Bourdaise en profite pour faire des missions dans les villages, restant en chacun d’eux le temps de former un Malgache à apprendre aux autres à prier. Cependant il réclamait toujours des coadjuteurs pour remplacer les premiers. Vincent ne se décourageait pas d’en faire partir, mais les naufrages, le scorbut, la disette conspiraient à la fois contre les nouveaux envoyés. Les derniers partis ne purent même pas arriver ; ils apportaient une lettre de Vincent pour Bourdaise, qui déjà n’était plus, et en route ils apprirent la mort de Vincent lui-même. Le successeur du vénérable père les renvoie, et d’autres arrivent encore après eux. L’œuvre de Dieu se fait au milieu de toutes les contradictions ; malheureusement les désordres de l’administration nouvelle de la colonie, passée aux mains de la compagnie des Indes, viennent tout compromettre. Abandonnés par les autorités, dépourvus de tout soin, les missionnaires étaient presque tous malades et mouraient l’un après l’autre ; à la fin, la mission fondée au prix de la vie de vingt-sept prêtres et frères de la congrégation disparaissait, avec la colonie française, au milieu d’un soulèvement général de l’ île. Mais tant de morts précieuses aux yeux du Seigneur ne furent pas perdues ; grâce à cette divine semence de martyrs, le catholicisme a refleuri à Madagascar.

Ce n’était point encore là toute l’œuvre de saint Vincent de Paul. Sur l’ordre de Rome, il avait conçu un projet de missions à Babylone, en Perse, dans les Indes orientales ; il avait même jeté les yeux sur l’Amérique et jusque sur la Chine, embrassant le monde entier dans les efforts d’un zèle inépuisable, qui de lui-même n’allait pas de l’avant, mais qui suivait l’impulsion de la Providence avec une sainte et tranquille ardeur.

D’autres achèveront ce qu’il a commencé. A ses fils d’abord de poursuivre son œuvre : où il n’a pas été, ils iront. Émules de leurs frères des Missions étrangères, des disciples de saint François et de saint Ignace, des pères de Picpus, du Saint-Esprit et de tous les autres missionnaires, ils se partageront avec eux la terre ; ils s’établiront, avec les Filles de la Charité, leurs compagnes apostoliques, à Maurice,

L’ACTION

dans le Levant, en Perse, en Abyssinie, sur les bords du Missouri, aux États-Unis, au Brésil, au Pérou et au Chili, à l’Équateur, aux Iles Philippines, au Mexique et en Chine, afin de porter aux contrées les plus éloignées le bienfait de l’Évangile et d’apprendre au monde entier que la charité de saint Vincent de Paul est allée jusque-là.

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