SAINT VINCENT DE PAUL PRESIDE AUX CONFERENCES ECCLÉSIASTIQUES
Tableau de F. de Troy, dix-huitième siècle. — Saint Vincent avait institué ces conférences comme un moyen de réformer le clergé. — « Quand nous écoutions sa parole, disait Bossuet, pas un qui n’y sentît l'accomplissement du mot de l’apôtre : Si quelqu’un parle, que sa parole soit comme de Dieu. »
splendeur et sa gloire! » Dans tout l’éclat de son génie, Bossuet se
félicitait « d’avoir eu le bien, dans les sept dernières années de la vie
de M. Vincent, d’être admis dans la compagnie des ecclésiastiques qui
s’assemblaient pour la conférence spirituelle des mardis». Rendant
témoignage, comme évêque, au pape Clément XI, de la sainteté du
vénérable prêtre, il dira plus solennellement : « Elevé au sacerdoce, nous fûmes associé à cette compagnie de pieux ecclésiastiques qui s’assemblaient chaque semaine pour traiter ensemble des choses de Dieu. Vincent en fut l’auteur, il en était l’âme. Quand, avides, nous écoutions sa parole, pas un qui n’y sentît l’accomplissement du mot de l’apôtre : Si quelqu’un parle, que sa parole soit comme de Dieu. » Et que disait-il donc l’humble prêtre? Rien qu’il n’eût appris dans la prière et la méditation. Son maître en éloquence était Jésus-Christ, et sa rhétorique consistait à abdiquer toute recherche de pensée, toute vaine ostentation de langage, tout bruit de discours humain, pour laisser parler Dieu en lui, dans l’humilité de son cœur et le silence de son esprit. Comme saint Paul, il rejetait tous les artifices de la vanité oratoire et il n’avait garde d’appuyer sa prédication ni sur la force de l’éloquence, ni sur les raisonnements de la philosophie. De lui aussi on pouvait dire : « Le discours de l’apôtre est simple ; mais aussi ses pensées sont toutes divines. S’il ignore la rhétorique, s’il méprise la philosophie, Jésus-Christ lui tient lieu de tout; et son nom qu’il a toujours à la bouche, ses mystères qu’il traite si divinement, rendront sa simplicité toute-puissante. »
C’est par cette forte simplicité apostolique, cette onction tout inspirée de Dieu que le saint éducateur du clergé, en même temps qu’il travaillait à la régénération du sacerdoce, opérait la réforme de la chaire corrompue en ce temps-là par le mauvais goût et la vanité.
Les retraites spirituelles furent le complément des missions et des exercices des ordinands. Saint Ignace en avait propagé la pratique et formulé la méthode dans son livre des Exercices ; Vincent de Paul s’appliqua à les remettre en goût dans le clergé et il en étendit l’usage à toutes les classes de la société. Saint-Lazare commençait à peine d’appartenir à la Mission quand cette salutaire institution y prit nais-
L’ACTION
sance. L’œuvre reçut de son fondateur un règlement empreint à la fois de la science pratique de la vie chrétienne et d’un généreux esprit d’hospitalité; c’était un admirable mélange de la haute raison d’Ignace de Loyola et du bon sens si sage et si bienveillant de Vincent de Paul.
Abri pour toutes les souffrances, Saint-Lazare était aussi comme un cloître perpétuellement ouvert aux ecclésiastiques et aux gens du monde, qui venaient y chercher, les uns la sanctification, les autres la conversion. « La terre est en désolation, disait un prophète, parce qu’il n’y a personne qui se recueille et qui s’applique à penser et à méditer dans son cœur : on s’épanche sur les objets extérieurs et on oublie les intérieurs qui sont notre âme, Dieu, la vie éternelle. » Sentant l’avantage des retraites, Vincent avait ouvert sa maison à tout le monde. L’affluence était considérable ; le vénérable supérieur disait quelquefois lui -même, avec cette douce gaieté dont il usait à l’occasion, que la maison de Saint-Lazare était comme l’arche de Noé où toute sorte d’animaux grands et petits étaient reçus et logés. A l’exemple de leur père, les missionnaires s’employaient à tous les offices de charité auprès des retraitants de toute condition, admis pour quelques jours dans une sainte communauté de vie avec eux. Gomme Saint-Lazare, les autres maisons de la Mission, même celles de l’étranger, ouvraient leur porte et leur cœur pour ces pieux exercices. Les chastes demeures des Filles de la Charité se transformaient aussi quelquefois en couvents pour les femmes du monde, qui y trouvaient les mêmes secours pour le bien de leurs âmes. A Paris surtout, les retraites spirituelles produisirent de merveilleuses grâces de salut ; leur action ne contribua pas moins que la ferveur des monastères à la renaissance religieuse de l’époque, et la pratique salutaire qui s’en étendit à beaucoup de diocèses devint un des aliments de la piété sacerdotale.
Dans le dessein de procurer le bien de l’Eglise, le fondateur de la Mission avait établi dès 1 63 5 au collège des Bons-Enfants, après l’avoir quitté pour Saint-Lazare, une école préparatoire de jeunes clercs à qui l’on enseignait les humanités et les bonnes mœurs, selon les vues du concile de Trente. Les résultats tardifs et incertains de
cette première éducation cléricale ne répondaient pas au besoin
immédiat de bons prêtres que l’on avait alors. Vincent de Paul le
comprit. Il lui parut plus urgent de fonder des séminaires pour
recevoir les jeunes gens déjà engagés ou prêts à entrer dans les saints
ordres, et les y exercer, pendant un an ou deux, à la piété, aux
cérémonies, au chant, aux diverses fonctions du ministère pastoral,
comme aussi à l’étude des cas de conscience et des parties les plus
nécessaires de la théologie. Il en conféra avec Richelieu. Le grand
ministre se plaisait à voir ce prêtre selon Dieu et même à le
consulter sur les affaires ecclésiastiques ; non content d’approuver
un tel dessein, il pressa son auteur de le mettre lui-même à exécution
en commençant aux Bons-Enfants un séminaire dont il voulut être le >
premier bienfaiteur. En 1642 Vincent essayait, selon sa méthode, avec douze aspirants aux ordres. Toutefois, ne voulant pas détruire le premier établissement qu’il avait formé sur le plan du concile de Trente, il le transporta dans une maison contiguë à Saint-Lazare qui s’appela le séminaire Saint- Charles ; et ainsi se trouva complétée en France, par la double institution des petits et des grands séminaires, l’œuvre de la sainte assemblée.
Mais déjà un premier essai de séminaire avait eu lieu l’année précédente à Annecy, à l’instigation de l’évêque et sur le conseil de Vincent de Paul. Dans le même temps, le pieux Olier faisait à Chartres une tentative semblable ; Bourdoise, avec la communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, commençait aussi un séminaire. Avant cela, Vincent avait établi à Saint-Lazare, dès 1637, un séminaire interne pour le recrutement de la Mission et l’initiation des nouveaux venus à l’esprit et aux vertus propres de l’institut. C’était l’espoir du troupeau et la pépinière des missions.
Disciple de Vincent de Paul et du P. de Condren, porté par l’un à l’épiscopat et retenu par l’autre dans sa voie, Olier venait enfin, avec sa nouvelle compagnie de prêtres, résumer tous ces essais par l’établissement du séminaire de Saint-Sulpice, le séminaire modèle, sinon le premier des séminaires, et propager l’institution en France. Que les historiens disputent de la priorité entre Vincent de Paul et
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Olier; chacun d’eux en eût fait volontiers l’hommage à l’autre. Remplis du même zèle de la gloire de Dieu, amenés par les mêmes besoins à travailler à l’œuvre commune inspirée par l’Église, tous deux également méritent la gloire de fondateurs des séminaires. A Vincent cependant revient plutôt l’honneur du législateur, car le règlement tout