Lettre du 31 décembre
de Sedan, pour lui en donner la conduite, Martin, qui avait déjà travaillé à Gênes. Pour se faire mieux accueilir de l'archevêque de Turin, Martin demanda une lettre de recommandation au cardinal Durazzo. Vincent l'en blâma fortement. « L'humilité, lui écrivit-il, est la porte par laquelle vous devez entrer dans les exercices de cette nouvelle fondation, et non par celle de la réputation recherchée, qui est souvent nuisible, surtout lorsque le succès des emplois ne correspond pas à l'estime que le premier bruit en a fait concevoir... Cet établissement fera des progrès comme les autres, s'il [est fondé sur l'amour de sa propre abjection *. »
Martin avait eu la pensée, plus condamnable encore aux yeux de Vincent, de commencer en Piémont par une mission d'éclat. « Oh ! non, Monsieur, lui écrivit aussitôt le saint ; il faut au contraire que vous commenciez par quelque petite mission qui n'ait pas grand appareil. Gela vous semblera fâcheux de commencer si chétivement ; car, pourvous mettre dans l'estime, il faudrait, ce semble, un peu paraître par une mission entière et splendide qui étalât d'abord les fruits de l'esprit de la Compagnie. Dieu me garde d'entrer dans ce désir,! Celui qui convient à notre pauvreté et à l'esprit du christianisme, c'est de fuir ces ostentations pour nous cacher, c'est de chercher le mépris et la confusion, comme Jésus-Christ a fait ; et alors, ayant cette ressemblance avec lui, il travaillera avec vous... Voilà comme les saints ont réprimé la nature, qui aime l'éclat et la réputation, et c'est ainsi que nous devons faire, préférant les emplois bas aux apparents, et l'abjection à l'honneur. J'espère, certes, que vous jetterez les fondements de cette sainte pratique avec ceux de l'établissement, pour faire que