Lettre du 10 décembre
l'édifice soit bâti sur le roc, et non pas sur le sable mouvant *. »
Ainsi fit Martin, et la bénédiction de Dieu vint récompenser son humble obéissance et réaliser les promesses de son vénéré Père.
En Piémont, comme ailleurs en Italie, les Missions étendirent leurs bienfaits dans tous les rangs des populations. Clergé séculier et clergé régulier, pasteurs et troupeaux, noblesse et peuple, tous y prirent une part égale. Là aussi, même en hiver, on apportait à l'église un peu de nourriture, et on y restait jusqu'à huit jours et huit nuits entières pour attendre son tour au confessionnal. Dans quelques lieux, comme tout à l'heure à Niolo, on allait d'abord aux saints exercices avec l'épée, la dague et le pistolet, mais les armes tombèrent également devant les ministres du Dieu de paix. A Luzerne, où la multitude, trop grande pour l'église, ne pouvait être évangélisée que sur la place, il arriva qu'un homme de faction et armé de pied eu cap fut blessé par l'imprudence d'un autre. « Juste Dieu ! si ceci m'avait été fait en un autre temps ! . . . Mais mes péchés méritent cela et bien davantage ! » Ce fut toute sa vengeance. Il se contenta de se retirer un instant pour étancher le sang de sa blessure, et revint prendre tranquillement sa place aux pieds du prédicateur. Là il fallut six semaines ; ailleurs, il ne fallut que deux jours pour opérer ces prodiges de pacification. On resta six semaines encore à Raconi, quoiqu'on fût à la fin d'une campagne évangélique très-fatigante, et Dieu bénit tellement ce courage, que tous les prêtres et religieux de la ville durent être mis en réquisition pour aider à entendre les confessions innombrables. A Savigliano, l'affaire du salut devint à la lettre l'affaire