Collect. Micbaud, 3e série, t. III, p
'û-2 SAINT VINCENT DE l'AUL.
déchargé ! Il écrivit aussitôt à Rome : « Je n'ai jamais été plus digne de compassion que je suis, ni n'ai eu plus de besoin de prières qu'à présent, dans le nouvel emploi que j'ai. J'espère que ce ne sera pas pour longtemps. Priez Dieu pour moi. »
Il garda plus d'une année cette humble espérance. « Je prie Dieu tous les jours, disait-il à un de ses prêtres, d'être tenu pour un insensé, comme je suis, pour n'être pas employé à cette sorte de commission, et pour avoir plus grande commodité de faire pénitence de mes péchés *. » En effet, il priait Dieu et les hommes. A partir du jour de sa nomination, il n'offrit pas une seule fois la messe sans demander la grâce d'être rendu à sa première condition. Jl était en perpétuelles instances auprès de la reine, du cardinal, et de tous ceux dout il pouvait attendre une protection de nouvelle espèce. A la fin de 1644, il parut être exaucé : à l'occasion d'un voyage qu'il fut obligé de faire, le bruit courut qu'il était disgracié de la cour. Un ecclésiastique, informé de la fausseté de la nouvelle, vint lui porter ses compliments: « Ah ! plût à Dieu qu'elle fût vraie, s'écria-t-il, en levant les yeux au ciel et eu se frappant la poitrine ! Mais un misérable comme je suis n'était pas digne de cette faveur. » Et il écrivit dans le même sens à Godoing, son supérieur de Rome, le 4 janvier 1645 : « Béni soit Dieu de tout ce que vous me dites ! Il est vrai qu'il y avait quelque apparence qu'on ne me souffriraitplus dans l'emploi du conseil ; mais mes péchés sont cause qu'on en use autrement, et qu'il ne plaît pas à Dieu d'agréer les sacrifices que je lui ai oilerts à cet efi'et. In nomine Dominil J'espère qu'on s'en lassera. »
La reine n'avait pu consentir à so priver des services
i. Summ , |). o-k-l.
du saint prêtre, et le vertueux cardinal de La Rochefoucault * lui avait fait une obligation, au nom de Dieu et du bien de l'Église de France, de rester au conseil ecclésiastique. Les dix ans qu'il y demeura marquent le point culminant de sa vertu, de son influence et de ses services. Nous allons voir éclater son humilité et sa patience dans les honneurs et les persécutions, son zèle et sa fermeté à soutenir les intérêts de Dieu et de l'Eglise, son respect pour l'épiscopat, sa charité pour les ordres religieux, son désintéressement pour lui et pour les siens. Désintéressement admirable, dontLeTellier disait, au rapport du ministre Le Pelletier 2 : « En qualité de secrétaire d'Etat, j'ai été à portée d'avoir un grand commerce avec M. Vincent. Il a fait plus de bonnes œuvres en France pour la religion et pour l'Eglise que personne que j'aie connu: mais j'ai particulièrement remarqué qu'au conseil de conscience, où il était le principal agent, il ne fut jamais question ni de ses intérêts, ni de ceux de sa congrégation, ni de ceux des maisons ecclésiastiques qu'il avait établies. » Désintéressement d'autant plus digne d'éloges, que ses maisons, presque toutes fort pauvres, étaient grevées encore de la gratuité de leurs principales fonctions. L'annexion de quelques bénéfices les aurait mises à l'aise : il n'y pensa jamais; et si quelquefois on en a réuni à ses séminaires, ce n'a été qu'aux instantes prières de leurs possesseurs ou de leurs collateurs légitimes. Encore était-il difficile d'obtenir son agrément sur ce point, la seule part pourtant qu'il y ait jamais prise. Au moins imposait-il la loi d'en consacrer les revenus non au service des maisons ni à l'avantage des siens, mais à l'éducation des jeunes
1. Témoignage de Louis de Rochechouart de Ghandenier, Summ., p. 125.