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à coup, et lui dit que les médecins estimaient que l'heure était venue, et qu'il fallait faire la recommandation de l'âme. Au même instant, l'esprit rempli de celui de Dieu, il embias.-e ce bon père et lui rend grâces de la bonne nouvelle qu'il lui donne. Tout à coup, élevant les yeux et les bras vers le ciel, il dit le Te Deum laudamus. et le finit avec une ferveur si grande, que le seul souvenir m'attendrit dans cet instant que je vous parle. Et comme la cloche m'appelle et m'empêche de vous en dire davantage, je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la Compagnie \ »
Louis XIII n'avait jamais bien traité la reine, et celleci, blessée de ses froideurs et de ses négligences, s'était fait le centre d'une opposition sourde au gouvernement de Richelieu. S'appuyant sur l'Espagne au dehors, et, au dedans, sur le duc d'Orléans, le parti de la reine-mère et de tous les mécontents, de tous ceux qui, soit par vengeance et intérêt personnel, soit par principe de conscience, condamnaient la politique du cardinal, elle s'était engagée dans diverses entreprises qui n'avaient compromis qu'elle et ses amis. Louis XIII s'en souvenait sur son lit de mort, et, ne pouvant ni exclure de la régence son li ère et la mère de son fils, ni la confier entière à l'un ou à l'autre, il était dans d'étranges perplexités. Il consultait sans cesse Mazarin et Chavigny, sans pouvoir se
1. Swmm,, p. 204. — L'original de cette lettre est perdu Nous l'avons ramenée en français de l'italien du procès de canonisation. — On doit regretter une autre lettre que le saint avait écrite à un vicaire général de Chartres, chargé de composer une oraison funèbre de Louis XIII. — Sur la mort de ce prince, voir, outre les conférences de saint Vincent et quelques papiers des archives de la Mission, les Mémoires de •madame de Motteviil , dans la collection Miehaud, & série, t. X, p. 44. -et \'JJ<stoire du régne de Louis Xlll, par le P. Griflet, 3 vol. in-40, Paris, 1758; t. III, pp. 609 et suivants.
fixer entre des impossibilités et des répugnances invincibles. Enfin le cardinal Mazarin lui proposa de faire enregistrer au Parlement une déclaration signée de la reine et de Monsieur, par laquelle, tout en donnant à cette princesse le titre de régente, on limiterait tellement son pouvoir qu'elle aurait les mains liées. Cette proposition fut agréée, et, le 20 avril, une députation se rendit à Saint-Germain pour recevoir la déclaration, qui fut enregistrée dès le lendemain à Paris. La reine y était nommée régente, et Monsieur, chef du conseil et lieutenant général du roi mineur sous l'autorité de la reine ; mais un conseil leur était adjoint, composé du prince de Condé, du cardinal Mazarin, du chancelier Séguier, de Bouthillier, surintendant des finances, et de son filsChavigny, secrétaire d'État, sans l'avis duquel, donné à la pluralité des voix, la régente ne pouvait décider les affaires de la guerre et de la paix, ni nommer aux gouvernements et aux charges.
Anne d'Autriche, qui, depuis qu'elle était mère et qu'elle voyait le roi s'en aller à la mort, n'avait aspiré qu'à une régence véritable et toute-puissante, souffrit de se voir imposer de si dures et si humiliantes conditions. Elle les subit néanmoins sans murmures extérieurs, et, avec le duc d'Orléans, elle signa la déclaration et s'engagea à la maintenir. Elle se réservait une plus belle espérance.
En effet, pendant les négociations, le cardinal Mazarin l'avait fait avertir de tout par l'évêque de Beauvais, et assurer qu'il n'était point l'auteur de la déclaration ; qu'il avait plaidé auprès du roi pour une régence illimitée ; mais que, n'ayant rien pu gagner, il avait cru lui rendre un important service en lui obtenant au moins le titre de régente ; que peu importait à quelles conditions, pourvu qu'il lui fût donné par le roi ; qu'elle ne man-
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querait pas de moyens dans la suite pour ressaisir tous ses droits et gouverner seule. La reine le crut, et c'est pourquoi elle signa sans hésiter, se réservant l'avenir.
Soit intérêt pour la reine, soit calcul d'ambition, l'un et l'autre sans doute, Mazarin venait d'agir avec une habileté consommée. En effet, dès le 18 mai, le Parlement, heureux d'une si belle occasion de reprendre les droits, vrais ou prétendus, que lui avait ravis Richelieu, et de régler souverainement les affaires de la monarchie, brisait la dernière disposition de Louis XIII tout en paraissant la respecter, et, déclarant la reine régente, « conformément à la volonté du roi défunt », il l'autorisait à choisir elle-même son conseil, sans l'astreindre à y suivre la pluralité des voix. C'était la régence sans contrôle ; c'était l'avènement de Mazarin.
Ainsi l'avait prévu l'habile cardinal. Il se savait agréable à la reine ; car, s'il était une créature de Richelieu, il n'en avait aucune des manières ; il n'avait eu aucune part aux déplaisirs de cette princesse ; il venait de contribuer au rappel de ses amis exilés ; et enfin il se pouvait vanter auprès d'elle d'avoir jeté les fondements de sa régence à rencontre de tous les ombrages du roi.
De plus, il se sentait nécessaire. D'autant plus jalouse du pouvoir qu'elle n'en avait jamais joui, mais ignorante des affaires, Anne d'Autriche avait besoin, au début d'un règne qu'entouraient au dedans et au dehors tant de difficultés, d'un guide pour son inexpérience, d'un appui pour sa molle faiblesse, et de quelqu'un qui lui laissât cependant l'honneur de l'autorité suprême. Or, autour d'elle, personne qui possédât comme Mazarin le secret de la politique intérieure et surtout des affaires étrangères ; personne, par conséquent, qui fût plus capable. D'un autre
côté, étranger comme elle et feignant d'être tout prêt à s'en retourner à Rome pour y jouir de sa famille et des arts, il n'avait pas de parti en France qu'il pût tourner contre elle, et lui-même ne paraissait pas devoir la mettre sous le joug, comme Richelieu avait fait du feu roi.
Sans sacrifier ses amis, les Vendôme, son grand aumônier l'évêque de Beauvais, que Mazarin, du reste, s'étudiait à flatter, la régente résolut donc de donner au cardinal sa principale confiance, et le premier acte de son autorité fut de le nommer chef de son conseil. Chose curieuse ! Vincent, qui allait être si contrarié par Mazarin dans ses saints projets, en attendant que le ministre se passât de lui ; qui devait, en toute rencontre, condamner la politique de cette créature, de ce continuateur de Richelieu, fut un de ceux qui contribuèrent le plus à le porter au pouvoir avec son collègue Chavigny. On lit, en effet, dans les Mémoires de La Châtre : « Madame la princesse... fut une des premières qui parla pour eux ; M. de Liancourt les servit avec l'ardeur qu'il a ordinairement pour ses amis, et madame sa femme et madame de Chavigny n'en perdirent point d'occasion. Mais les plus fortes machines qu'ils employèrent furent le Père Vincent, Biringhen et Montaigu. Le premier attaqua la reine par la conscience, et lui prêcha incessamment le pardon des ennemis ; le second, en qualité de son premier valet de chambre, se rendant assidu à des heures où personne ne la voyait, lui remontra que ces deux messieurs lui étaient utiles» et qu'ayant le secret de toutes les affaires importantes, il lui était presque impossible de s'en passer dans les commencements ; mais le troisième, dévot de profession, mêlant Dieu et le monde ensemble, et joignant aux raisons de dévotion la nécessité d'avoir un ministre des choses de l'État, y ajouta encore, à mon avis, une
autre considération qui la gagna absolument, qui fut de lui représenter que le cardinal avait en ses mains plus que personne les moyens de faire la paix, et qu'étant né sujet du roi son frère, il la ferait avantageuse pour sa maison; qu'elle devait essayer de le maintenir en pouvoir, afin de s'en faire un appui contre les factions qui pourraient naître en France pendant sa régence •. »
Saint Vincent au conseil de conscience. — Sa conduite générale.
D'après la déclaration de Louis XIII lui-même, la reine ne devait conférer qu'avec Mazarin sur les affaires de l'Église, et il y était dit qu'elle distribuerait, avec son avis, les évêcbés « à des personnes de mérite et de piété singulière, ayant été trois ans dans l'ordre de la prêtrise. » Mais la piété d'Anne d'Autriche se détermina à établir un conseil ecclésiastique, dans lequel on traiterait de tous les intérêts de la religion, et l'on examinerait les qualités de ceux qui pouvaient prétendre aux bénéfices et aux dignités de l'Église.
Ce conseil se composa, sous la présidence de la reine, de Mazarin, du chancelier Séguier, des évêques de Beauvais et de Lisieux, de Gharton, grand pénitencier de Paris, et de Vincent de Paul, qui en fut établi le chef.
C'était, pour l'humbie prêtre, l'entrée et un rang à la cour ; c'étaient des hommages de la part de tous les ambitieux ; c'était une sorte d'omnipotence sur toutes les affaires et tous les biens de l'Église de France. Qu'on juge de sa douleur et des effort qu'il dut faire pour être