‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 105 sur 122 · Summ., p · texte numérisé non relu

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fit-il agréer d'Anne d'Autriche qu'il ne vînt à la cour que lorsque Sa Majesté l'y ferait appeler. Par là il se réservait pour la conduite de sa congrégation et de ses œuvres, et il se débarrassait d'une bonne part des importunités de l'ambition.

Il se rendait à la cour dans le même équipage qu'à ses Missions des champs, avec la soutane qu'on peut voir encore, soutane de grosse étoffe, râpée, rapiécée. Jamais il n'en voulut changer, même pour aller au Louvre. Lui en mettait-on une neuve dans sa chambre, il reprenait sa vieille, et,s'ilne la retrouvait plus, il tâchait d'en aviser une semblable sur le dos d'un de ses prêtres à peu près de sa taille, et opérait secrètement un échange qu'il achevait de dissimuler par quelque rajustement. Pauvre, son costume était en même temps très-propre : « sans tache et sans trou », disait-il lui-même en répondant aux con> pliments ou aux plaisanteries qu'il lui valait. Ainsi répondit-il un jour à Mazarin, qui, le prenant par sa méchante ceinture, le montrait à la reine en disant : «Voyez donc, Madame, comme M. Vincent vient habillé à la cour, et la belle ceinture qu'il porte ! » Par cette propreté, il croyait suffisamment concilier les devoirs delà bienséance avec ses habitudes de simplicité et de pauvreté. L'éclat du Louvre ne l'éblouissait pas, et si les glaces lui renvoyaient son image : « 0 le gros maroufle ! » s'écriaitil, comparant, sans doute, dans sa mémoire, les appartements royaux avec la chaumière de son enfance ; puis, s'élevant à des pensées plus hautes, il se disait : « Oh mon Dieu ! si, par le moyen de ce verre, qui ne provient que de terre, nous voyons jusqu'à la moindre action qui se fait dans la chambre, qu'est-ce que ne voient pas les bienheureux dans ce grand miroir de la divinité qui remplit tout, et en qui toutes choses sont renfermées *! »

i. Conf. du 24 août 1657.

Mais ce n'était pas seulement au dedans de lui-même, c'était devant tous qu'il se plaisait à s'humilier, à expier une grandeur involontaire, des distinctions qui lui étaient un martyre. « J'étais Lien jeune encore, déposa au procès de canonisation le ministre Le Pelletier ', quand je vis au Louvre le serviteur de Dieu, et je l'y ai vu bien des fois. Il y paraissait avec une modestie et une prudence pleine de dignité. Les courtisans, les prélats, les ecclésiastiques et autres personnes lui rendaient par estime de grands honneurs : il les recevait avec beaucoup d'humilité. Sorti du conseil, où il avait décidé du sort de ce qu'il y avait de plus grand dans le royaume, il était aussi commode, aussi familier avec le dernier des hommes que parmi les esclaves de Tunis ou sur le banc des forçats. Un vertueux évoque, qui ne l'avait pas vu depuis son entrée à la cour, l'ayant trouvé ensuite aussi humble, aussiaffable,aussidisposé à rendre service qu'auparavant, ne put s'empêcher de lui dire : a Monsieur Vincent est toujours monsieur Vincent. »

Dans les commencements de sa faveur, le prince de Coudé voulut un jour le faire asseoir auprès de lui : « Quoi ! Monseigneur, répondit en reculant l'humble prêtre, c'est déjà trop d'honneur que Votre Altesse veuille bien me souffrir en sa présence. Mais me faire asseoir auprès d'elle ! ignore-t-elle donc que je suis ie fils d'un pauvre villageois ! » — C'était sa défense, son mot d'ordre contre toutes les attaques faites à son humilité ! « — Molibus et vita nobilitatur homo, répliqua le prince; d'ailleurs. Monsieur Vincent, ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on connaît votre mérite. » Et, pour eu mieux juger, il lit tomber la conversation sur quelque point de controverse. Vincent le traita avec tant de netteté et de préci-

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sion, que le prince s'écria : « Eh quoi ! Monsieur Vincent, vous dites, vous prêchez partout que vous êtes un ignorant, et voilà que vous veuez de résoudre en deux mots une des plus grandes difficultés qui nous soient proposée» par les religionnaires ! » De là le prince passa à quelques questions de droit canonique, et, charmé de plus en plus des réponses de l'écolier de quatrième, il se leva sans mot dire, et courut féliciter la reine du choix d'un homme si versé dans ce qui regardait les biens et les matières ecclésiastiques.

Dès les premières séances du conseil, Vincent fit adopter un programme, uont voici les principales dispositions :

1° La reine n'accordera aucune pension sur les évéchés ou archevêchés, sinon dans le seul cas permis par le droit ; c'est-à-dire lorsque le titulaire, après avoir longtemps servi l'Égiise, se démettra volontairement de sa charge pour infirmité, vieillesse ou autres raisons pertinentes.

2° Elle n'ordonnera aucune expédition de brevet pour les abbayes, sinon pour ceux qui, outre les autres qualités requises, auront dix-huit ans accomplis, seize pour les prieurés et canonicats des églises cathédrales, et quatorze pour les collégiales.

3° Elle n'accordera aucun brevet pour les dévolus, que l'on ait examiné, et les pièces dont prétendent se servir les dévolutaires, et les certificats de vie, mœurs et capacité, qu'ils seront obligés de produire ; et, en cas qu'ils ne puissent justifier des qualités nécessaires, on donnera à d'autres, qui en seront pourvus, le droit et les moyens de poursuivre le dévolu.

4° Elle n'accordera ni coadjutorerie, ni réserves pour les abbayes commendataires .

5° Eile ne fera expédier aucun brevet d'évêché par mort,

coadjutorerie ou autrement, sinon pour ceux qui auront au moins un an de prêtrise.

6° Enfin, elle n'accordera aucune coadjutorerie des abbayes de filles, sinon après connaissance certaine quo la règle y est observée, et à la condition que les religieuses proposées aient vingt-trois ans d'âge et cinq de profession.

Le remède, par la douceur même de quelques-unes de ses dispositions, indique toute l'étendue du mal que l'on voulait guérir. Les bénéfices étaient souvent donnés à des enfants dont la vocation était nécessairement incertaine, et qui continuaient à en percevoir les fruits sans entrer dans l'état ecclésiastique ; les évêchés eux-mêmes étaient ainsi pourvus quelquefois : témoin, dans notre histoire même, l'évêché de Metz, dont il a été plus haut parlé ; plus souvent encore les abbayes de femmes : ainsi l'abbaye de Port-Royal fut donnée, par tromperie, il est vrai, à celle qui devint la trop fameuse Angélique, alors qu'elle n'avait que six ans ; on accordait des coadjutoreries pour les abbayes de comrnende, qui n'étaient que viagères et ne donnaient, par conséquent, pas lieu à succession. Mais l'abus le plus criant peut-être concernait les dévolus. Des ecclésiastiques, sans aucun titre que leur avidité, étonnaient par leur crédit et leurs chicanes les titulaires légitimes des bénéfices, et les forçaient ainsi ou à les leur céder par dévolu, ou à se rédimer à prix d'argent d'injustes vexations. Ce fut Vincent que le conseil chargea d'examiner si les motifs présentés par les dévolutaires étaient légitimes, et il agit avec tant de justice, qu'il fit rendre gorge à un grand nombre, et maintint dans leurs bénéfices beaucoup de bons ecclésiastiques, qui, de guerre lasse, ou par violence, en allaient être évincés ; enfin il étouffa une infinité de procès, toujours scandaleux par leur objet, ruineux souvent pour le bon droit par leur longueur et leur issue.

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