‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 108 sur 122 · Summ · texte numérisé non relu

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à l'amitié feinte et à la colère, aux caresses et aux injures, il se contenta de répondre : « Monsieur, vous tâchez comme je crois, de faire dignement votre charge, et moi je dois tâcher de faire la mienne. » Quelquefois il effrayait et mettait en fuite les importuns par un acte inattendu de profonde humilité. Maltraité publiquement à la porte de Saint-Lazare par un seigneur dont il refusait de recommander le fils : « Vous avez raison, Monsieur, lui dit-il, en se jetant à ses pieds, je suis un misérable et un pécheur.» Et le seigneur de se jeter aussitôt dans son carrosse. Mais il ne put échapper si facilement à l'humble prêtre, qui se releva aussitôt, courut après lui et ne le quitta qu'après lui avoir fait une profonde révérence.

Quand ce n'était pas par l'humilité, c'était par la charité qu'il se vengeait. La reine venait de punir de l'exil un seigneur qui l'avait outragé : « Non, Madame, il n'en sera pas ainsi, s'écria aussitôt le saint prêtre ; et je ne mettrai pas le pied au conseil avant que ce seigneur ne soit rentré dans vos bonnes grâces *. »

Son embarras était plus grand quand on venait à lui de la part de la reine. Un jeune homme de qualité avait demandé à celle-ci une abbaye: il l'obtint à la condition que Vincent ne s'y opposerait pas. Il vint donc à Saint-Lazare avec son gouverneur. On commença par les politesses d'usage, par les remercîments anticipés de toute la famille, par un long étalage de toutes les qualités présentes et futures du prétendant : toutes choses qui prouvaient plus le désir du bénéfice que le mérite requis. A ce tableau, Vincent, informé d'avance, opposa modestement un tableau de couleurs toutes contraires, et conclut par un refus qu'il exprima en ses termes accoutumés : « Je vous prie donc, Monsieur, de trouver bon que je ne

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consente pas à une chose dont Dieu me demanderai compte. » A ces mots, le gouverneur se lève furieux, et s'avance vers le saint le poing fermé et vomissant des flots d'injures ; puis, voyant qu'il ne le pouvait même arracher à sa tranquillité, il sortit, mais accompagné de Vincent, qui, avec force politesse, reconduisit le maître et le disciple jusqu'à leur carrosse ».

Mais que faire, lorsque Mazarin, désormais tout-puissant, et ne prenant plus conseil que de sa politique, nommait seul aux prélatures, et ne proposait plus que la ratification du fait accompli ?

Une fois, la cour étant hors de Paris, il écrivit à Vincent : « Monsieur, ces lignes sont pour vous dire que monsieur N. ayant dépêché ici pour demander à la reine pour monsieur son fils l'évêché de N. qui vaque depuis quelques jours, elle le lui a accordé d'autant plus volontiers, qu'il a les qualités requises pour en être pourvu, et que Sa Majesté a été bien aise de rencontrer une occasion si favorable de reconnaître en la personne du fils les services du père et le zèle qu'il a pour le bien de l'État. La reine m'a promis de vous en écrire elle-même, et je l'ai voulu faire par avance, afin que vous preniez la peine de le voir, et que vous lui donniez les instructions et les lumières que vous jugerez lui être nécessaires pour se bien acquitter de cette fonction... »

Or, Vincent connaissait l'indignité du sujet ! Sans doute, ni devant Dieu ni devant les hommes, il n'était responsable d'une nomination à laquelle il n'avait aucunement participé, et il pouvait, sans engager davantage sa conscience, suivie passivement les instructions de Mazarin. Mais l'honneur et le bien de l'Église ! mais les besoins d'un grand diocèse longtemps négligé par les

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évêques précédents, et qui allait tomber en des mains si incapables ! La douleur dans l'âme, l'homme de Dieu tournait ses yeux de toutes parts. Toute voie de recours lui était fermée du côté de la régente, qui, pressée par Mazarin, et afin qu'il n'y eût plus à revenir, avait fait expédier sur-le-champ le brevet de nomination. Obtenir une renonciation des intéressés eux-mêmes, telle était la seule ressource qui restât, mais combien chimérique ! Le saint voulut essayer pourtant. Il alla donc trouver le père de l'évêque nommé, un ancien ami, et, opposant avec franchise devant lui les vertus requises pour l'épiscopat à la disette où en était son fils, il conclut de ces prémisses : « Vous êtes obligé de renvoyer à la cour le brevet que vous en avez reçu, si vous ne voulez vous exposer, avec votre fils et peut-être toute votre famille, à l'indignation de Dieu. »

Le père avait écouté avec toute l'attention que lui commandait sa propre piété et l'estime qu'il avait pour la vertu du saint homme, mais ces derniers mots lui furent comme un coup de foudre. Atterré, il demanda grâce pour quelques jours et promit de réfléchir. Quand le saint retourna auprès de lui, il fut accueilli par ces paroles : « Oh ! Monsieur, Monsieur Vincent, que vous m'avez fait passer de mauvaises nuits 1 » Mais l'état de sa maison et de ses affaires, son âge avancé, le nombre de ses enfants, la nécessité où il était de les pourvoir avant que de mourir : hélas ! autant de raisons humaines qui balançaient dans son esprit les considérations religieuses qui l'avaient tant effrayé. D'ailleurs, son fils ne pouvaitil pas prendre avec lui de vertueux et savants ecclésiastiques, qui l'aideraient à faire sa charge ? Bref, il était impossible de perdre une telle occasion de l'établir.

Vincent n'avait plus qu'à laisser faire la Providence. Elle agit terriblement : peu de temps après sa consécra-

tion, le nouvel évêque mourait, laissant au père le regret de sa perte à joindre au remords d'avoir favorisé son élévation contre les règles de L'Église.

Un dernier trait, le plus frappant de tous, très-bien raconté par Maury, dans une note de son panégyrique de saint Vincent de Paul, d'après des papiers, aujourd'hui perdus, des archives de Saint-Lazare.

Le siège épiscopal de Poitiers était vacant. La duchesse de N..., dame du palais de la reine, désira de l'obtenir pour son fils. Persuadée avec raison que Vincent n'entrerait point dans ses vues, elle le demanda directement à la régente, en lui disant que le revenu en était très-peu considérable, mais que c'était un établissement de convenance pour sa famille, dont les principales terres étaient en Poitou. Anne d'Autriche le lui promit, et la chargea d'avertir de sa part Vincent qu'elle l'attendrait le lendemain, à l'heure ordinaire, pour signer la nomination.

La duchesse se rendit à Saint-Lazare, et, pour éviter toute explication, elle feignit d'être fort pressée et signifia l'ordre de la reine dans la forme la plus laconique et la plus absolue. Vainement Vincent de Paul essaya de la retenir, et la supplia de lui accorder quelques moments d'entretien sur l'objet de sa visite : elle ne voulut rien entendre, répétant qu'elle ne pouvait rien ajouter aux ordres de Sa Majesté.

Le lendemain, Vincent se rendit à la cour, un rouleau de papier à la main : « Ah ! lui dit la reine, c'est la nomination à l'évêché de Poitiers que vous m'apportez à signer? » Et elle prit le papier : il était blanc. « Gomment ! reprit la régente étonnée, n'avez-vous pas rédigé la nomination ? — Pardonnez-moi, Madame, répondit modestement le saint ; si Votre Majesté est déterminée à ce choix, je la prie d'écrire elle-même sa volonté, à la-

quelle je ne puis, en conscience, prendre aucune part. — Que je regrette, monsieur Vincent, de ne vous avoir pas parlé avant de prendre un premier engagement ! Mais on dit le sujet édifiant, quoique borné, et suffisant à la place ; le nom m'a décidée ; j'ai pris la demande au mot, dans la crainte que la famille ne se ravisât et ne se voulût plus contenter d'un si mince revenu : aussi j'espérais de vous trouver aussi content que moi-même d'en être quitte à si bon marché. »

A ces paroles, qui n'annonçaient pas une résolution irrévocable, Vincent respira, car il se pouvait flatter qu'en éclairant la religion de la reine, il parviendrait à sauver l'honneur de l'épiscopat. Il répondit donc avec respect, modération et déférence : « 11 est vrai, Madame, qu'humainement parlant, une telle demande devait paraître modeste à Votre Majesté, et que, lorsque M. l'abbé N... aura une conduite digne de sa naissance et de son état, il pourra prétendre aux premiers sièges du royaume ; mais, malheureusement, il ne paraît pas en être encore là. » Après avoir ainsi surmonté l'obstacle que sa charité faisait à sa religion, il poursuivit : « Hier, j'ai voulu soumettre quelques observations respectueuses à madame la duchesse de N..., dans l'espérance d'obtenir de sa piété le désistement d'une demande si périlleuse pour son âme ; mais n'ayant pu lui faire entendre la vérité, c'est un devoir sacré pour moi de la dire, avec beaucoup de regret, mais sans déguisement, à Votre Majesté elle-même, dans le double intérêt de son sâiut et de sa gloire. — Je vois bien que j'ai été surprise, dit douloureusement la reine ; mais j'ai donné ma parole, et ce n'est pas vous qui me conseilleriez jamais d'y manquer. — Madame, selon toutes les règles de la morale, la réserve de la révocation est non-seulement de droit, mais de devoir, contre toute promesse extorquée sur un faux exposé, et bien plus en-

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core quand on ne peut la remplir sans crime. — Un crime ! Monsieur Vincent; est-ce donc que j'ai promis un crime ? — Non, certes, Madame, Votre Majesté n'a ni voulu, ni cru promettie un crime : elle ne l'a, par conséquent, pas promis. Mais elle commettrait bien réellement uu crime, et un très-grand crime, si elle sacriliait tout un diocèse à des scrupules exagérés, et je crois en mon âme et conscience que telle est en ce moment la situation où elle se trouve. » Et, poussé plus avant par son zèle, enhardi par les dispositions où il voyait la reine, il lui dévoila courageusement la vérité tout entière : « Cet abbé, Madame, dont on vous a proposé de faire un évêque, passe sa vie dans les cabarets; il est habituellement plongé dans une telle crapule, qu'on le trouve presque tous les soirs ivre-mort au coin des rues, ne se souvenant plus même de son nom ; sa famille n'ignore pas sa conduite ; elle veut avec raison l'éloigner de Paris ; mais ce n'est pas un siège épiscopal qu'il lui faut assigner pour retraite. — Je retire ma parole, interrompit la reine effrayée, et je nomme à l'évéché de Poitiers le sujet que vous me désignerez vous-même. Mais, de ce pas, vous irez faire ma paix avec la duchesse de N..., et, en Lui racontant notre conversation, vous lui ôterez la pensée, non-seulement de se plaindre, mais de parler jamais de ce qui vient de se passer. »

Commission fâcheuse! N'importe, n'ayant plus à craindre que pour lui, Vincent se rendit gaiement à l'hôtel de la duchesse. 11 laissa dans l'antichambre le frère qui l'accompagnait toujours, et pénétra au salon, où il fut reçu avec grande joie, comme l'évéché même. « Vous venez de chez la reine ? lui demanda la duchesse. — Oui, Madame; je quitte à l'instant Sa Majesté, et je viens par son ordre vous soumettre quelques observations que je n'ai pas eu le bonheur de pouvoir vous

faire entendre hier, » Et il raconta sa conférence avec la reine. « Par votre saint éternel, Madame, dit-il ensuite, n'allez pas, pour un tel fils, vous imposer la responsabilité inséparable de la demande d'un évêché. Profitez plutôt de cette circonstance pour le faire rentrer dans le devoir. — Pardon, Madame, de vous parler avec cette liberté. La reine aussi estafflgée du chagrin qu'elle vous cause ; mais vous ne voudriez pas que, pour vous contenter, elle sacrifiât son âme. Elle compte sur votre religion ; elle ne doute pas que, en y réfléchissant, vous, ne lui sachiez gré dans quelques jours, comme vous ferez éternellement, de vous avoir retiré sa parole. »

A ces mots, la duchesse, qui depuis longtemps ne se pouvait plus contenir, se lève et accable Vincent de ses outrages et de sa fureur. Et, ne se trouvant pas assez vengée, elle saisit un tabouret, le lui lance à là tête, et lui fait au front une blessure d'où jaillit le sang en abondance. Vincent, immobile pendant que grondait l'orage, est presque renversé à ce coup. Il se retire sans se plaindre, couvrant de son mouchoir son visage ensanglanté. Au bruit qu'il avait entendu et à cette vue. le frère devina tout. Transporté d'indignation, il s'écria qu'on ne traiterait pas impunément de la sorte son père, un prêtre, un ministre du roi, et il s'élança vers l'appartement. Vincent se jeta au devant de lui : « Vous n'avez rien à faire là, mon frère ; c'est par ici : allonsnous-en. » Et il l'entraîna. « N'est-ce pas une chose admirable, ajouta-t-il en sortant, de voir jusqu'où va la tendresse d'une mère pour son fils ! » Ce fut toute sa vengeance. Restait à mettre à couvert son humilité. Dès qu'il fut monté en carrosse, il fit promettre au frère le secret le plus absolu sur la cause de la blessure qu'il ne pouvait cacher, et il laissa croire à Saint-Lazare qu'elle provenait d'une chute.

C'est à ce prix que Vincent de Paul mérita le témoignage que lui rendit Fléchier quarante-cinq ans après sa mort : « A lui le clergé de France doit sa splendeur et sa gloire i) ; et le témoignage plus honorable encore du pape Clément Xfl, dans la bulle de canonisation : « Quand des nobles lui recommandaient leurs fils, et le sollicitaient par des prières ou par des menaces, il dédaigna leurs offres comme il foula aux pieds leurs menaces. Jamais cette âme juste et robuste ne voulut, au détriment de l'héritage du Christ et aux dépens de la croix, se faire des amis puissants, ou conjurer par peur les maux dont le menaçaient ses ennemis. »

Services rendus à l'épiscopat.

Ces êvêques à la promotion desquels Vincent avait contribué, ces abbayes qu'il avait fait dignement pourvoir, il continuait à leur rendre toute sorte de services.

Indépendamment de son amour général pour l'Église, son respect affectueux pour l'épiscopat lui faisait un devoir de mettre à leur disposition sa personne, ses prêtres et son crédit. En eux il ne voyait ni des hommes qui, la plupart, lui devaient leur dignité, ni les défauts qui auraient pu quelquefois lui voiler leur sacré caractère; il voyait seulement la puissance et la majesté du Dieu dont ils étaient les représentants. Plus ils lui témoignaient de gratitude et de confiance, plus il s'abaissait devant eux. S'ils lui faisaient visite, il se jetait à leurs pieds, il ne leur voulait parler qu'à genoux, et il fallait user de violence pour le relever. Plus zélé pour leurs affaires que pour les siennes propres, il suivait leurs intérêts à la cour, au parlement, partout ; il ne se lassait pas de les

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recommander à la reine, au cardinal, au chancelier, aux magistrats en crédit; rien ne l'arrêtait quand ils lui commandaient, ni l'âge et les infirmités, ni les saisons et les affaires : comme le serviteur de l'Évangile, il allait et venait, selon qu'on lui disait d'aller et de venir. Il tâchait de rétablir la paix dans leurs diocèses, s'entremettant entre eux et leur clergé, portant les grands et les peuples à se soumettre et à obéir à leur autorité. Il les félicitait dans leurs joies, les consolait dans leurs peines. Avec autant de respect que d'habile prudence, il exerçait leur zèle ou le portait à plus de modération : « Il est vrai, Monseigneur, écrivait-il alors, que j'ai désiré votre modération, mais c'est afin que votre travail dure, et que l'excès dans lequel vous êtes continuellement ne prive sitôt votre diocèse et toute l'Église des biens incomparables que vous leur faites. Si ce désir n'est pas conforme au mouvement que vous inspire votre zèle, je ne m'en étonne pas, parce que les sentiments humains dans lesquels je suism'éloignent trop de cet état éminent où l'amour de Dieu vous élève. Je suis encore tout sensuel, et vous êtes au dessus de la nature ; et je n'ai pas moins sujet de me confondre de mes défauts, que de rendre grâce à Dieu, comme je fais, des saintes dispositions qu'il vous donne. Je vous supplie très-humblement, Monseigneur, de lui en demander pour moi, non pas de semblables, mais une petite portion, ou seulement les miettes qui tombent de votre table. »

Il s'employait à trouver de dignes successeurs à ceux que l'âge où les infirmités, les fatigues ou la responsabilité de l'épiscopat portaient à se démettre de leurs fonctions. Quelquefois, cependant, il les engageait à res- ! ter à leur poste : « Vous n'avez pas plus de difficultés en votre épiscopat, Monseigneur, que saint Paul en a trouvé dans le sien, et néanmoins il en a soutenu le poids jus-

qu'à la mort ; et aucun des apôtres ne s'est dépouillé de son apostolat et n'en a quitté l'exercice et les fatigues, \ que pour en aller recevoir la couronne au ciel. Je serais | un téméraire, Monseigneur, de vous proposer leurs exemples, si Dieu, qui vous a élevé à leur dignité suprême, ne vous invitait lui-même à les suivre, et si la liberté que je prends ne procédait du grand respect et de l'incomparable affection que Notre-Seigneur m'a donnés pour votre sacrée personne. » Un autre évoque de ses amis lui avait protesté plusieurs fois qu'il ne quitterait jamais son épouse, c'est-à-dire son Eglise, pour une autre, si belle et si riche qu'elle pût être ; et, en signe de sa fidélité, il lui avait montré son anneau pastoral en disant : Oblivioni detur dextera mea, si non me miner 0 tui ! A. quelque temps de là, l'évêque se laissait séduire par l'offre d'un riche et grand archevêché. Vincent le rencontre alors par hasard : « Monseigneur, lui dit-il après les premières civilités et les yeux fixés sur sa main droite, je vous prie de vous ressouvenir de votre anneau. » — « Ah ! monsieur Vincent, répondit en riant l'évêque, vous m'y prenez ! »

On voit avec quel mélange de respect, d'adresse, et quelquefois de grâce, il savait donner aux évêques un avis. L'un d'eux était en procès avec son clergé. Vincent ne demandait pas mieux que de l'y aider, mais il l'aurait voulu faire par voie d'accommodement, et l'évêque refuv sait de s'y prêter ; alors il lui écrivit : « Il y a une chose, J Monseigneur, qui m'afflige grandement : c'est que l'on vous a dépeint au conseil comme un prélat qui a grande facilité à plaider ; en sorte que cette impression y est entrée fort avant dans les esprits. Pour moi, j'admire Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a improuvé les procès, et qui néanmoins a bien voulu en avoir un et le perdre. Je ne doute pas, Monseigneur, que, si vous en avez quel-

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ques-uns, ce n'est que pour soutenir et défendre sa cause: là vient que vous conservez une grande paix intérieure parmi toutes les contradictions du dehors, parce que vous ne regardez que Dieu, et non pas le monde ; vous cherchez uniquement de plaire à sa divine Majesté, , sans vous soucier de ce que les hommes diront ; dont je remercie sa divine bonté, parce que c'est une grâce qui ne se trouve que dans les âmes qui lui sont intimement ' unies. Mais je vous dois dire aussi, Monseigneur, que : cette fâcheuse opinion du conseil pourra vous nuire en l'instance présente, et empêcher qu'on ne vous accorde ce que vous demandez. »

Il se confondait en excuses lorsqu'il se trouvait dans l'impossibilité de rendre aux évêques quelque bon office, et en humilité lorsqu'ils le consultaient. « Je rougis de honte, Monseigneur, écrivait-il en ces rencontres, toutes les fois que je lis la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et même toutes les fois que j'y pense, voyant à quel point votre Grandeur s'abaisse devant un pauvre porcher de naissance et un misérable vieillard rempli de péchés. » Ou bien : « Hélas ! Monseigneur, que faites-vous, de communiquer tant d'affaires importantes à un pauvre ignorant comme je suis, abominable devant Dieu et devant les hommes, pour les innombrables péchés de ma vie passée et pour tant de misères présentes, qui me rendent indigne de l'honneur que votre humilité me fait, et qui, certes, m'obligeraient de me taire, si vous ne me commandiez de parler? »

Il s'efforça de bannir de l'épiscopat tout ce qui en pouvait troubler la paix. Le diocèse de Saint- Pol-de-Léon, en Bretagne, donna un exercice particulier à son zèle. René de Rieux, qui en était évêque, avait été impliqué dans le procès de ceux qui, après avoir favorisé l'évasion de la reine-mère Marie de Médicis, l'avaient suivie à

Bruxelles. En effet, pendant que la reine s'échappait de Compiègne, l'évêque se trouvait, avec le jeune de Vardes, à Capelle, par où elle devait passer. Mais, sur l'ordre de Richelieu, le marquis de Vardes le père les en avait chassés, et la reine avait dû, au lieu de s'arrêter à Capelle, aller droit à Avesnes, d'où elle avait franchi la frontière. Compromis en France, l'évêque de Léon était resté longtemps à l'étranger sans l'agrément du roi. On lui fit son procès, et il fut déposé, le 31 mai 1635, par quatre évêques que le Saint-Siège avait commis à l'examen de cette affaire. Après une longue vacance, Robert Cupif prit sa place en 1639. Quelques années plus tard, en 1645, il était rétabli à la prière du clergé de France, réuni en assemblée générale à Paris. Mais Robert Cupif, qui avait fait du bien dans le diocèse de Léon, y avait été placé par le concours des deux puissances, et d'ailleurs n'avait été ni déposé ni interdit, crut et s'efforça de prouver que la sentence qui rétablissait son compétiteur ne pouvait préjudicier à ses droits, et que René de Rieux n'en devait tirer avantage qu'en cas de survivance : le conseil d'Etat du roi rendit un arrêt favorable à ses prétentions. René de Rieux ne s'y résigna pas. Soutenu d'une bonne partie du clergé qui venait de faire casser par de nouveaux commissaires du pape la sentence portée contre lui, il usa de toutes armes pour reconquérir son siège. De son côté, Robert Cupif recourut à de semblables moyens de défense. Les mémoires, les factums des deux partis se croisèrent avec les Mazarinades et les autres libelles de la Fronde. C'était un scandale religieux au milieu des troubles politiques. Vincent en gémissait, en entretenait sans cesse le conseil. Il réussit enfin. On proposa à Robert Cupif l'évêché de Dole, qu'il accepta, et René de Rieux rentra en paisible possession de son diocèse.

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