SERVICES RENDUS A L*É;>1SC0PAT
L'année même (1648) que Vincent mettait fin à ce idale, il en prévenait un autre. Depuis la prise de La Rochelle, on songeait à y transférer le siège épiscopal de Maillezais. C'était le moyen de ramener la foi et la piété catholique dans cette ville si longtemps désolée par l'hérésie. Louis XIII mourut avant d'avoir accompli ce dessein, dont l'exécution était réservée à la régence d'Anne d'Autriche et aux conseils de Vincent. On procéda avec prudence dans cette affaire très-délicate. Henri de Béthune, évêque de Maillezais, fut d'abord nommé à l'archevêché de Bordeaux, et il y fut remplacé par Jacques Raoul, évêque de Saintes, de qui dépendait alors La Rochelle. C'était un acheminement. En effet, au bout de quinze mois, Jacques Raoul fut transféré à La Rochelle, où il réalisa toutes les espérances que Vincent de Paul, depuis plusieurs années en relations avec lui, avait conçues de sa capacité et de sa vertu. Restait à prévenir les contestations qui auraient pu naître entre les évèques de La Rochelle et ceux de Saintes, dont le diocèse était démembré par l'établissement de ce nouvel évêché. Vincent chercha donc pour Saintes un évêque ami de la paix et de la justice, qu'il crut trouver en Louis de Bassompierre. En effet, les deux évêques s'abouchèrent à Maillezais, et, par une transaction homologuée en parlement, ils étouffèrent en germe toute dissension.
De tous les évêques, ceux à qui Vincent, si zélé contre l'erreur, était le plus disposé à rendre service, c'étaient ceux dont le ministère était troublé par l'hérésie. Il s'opposait à tous les empiétements des huguenots, et les faisait rentrer dans les bornes que leur avaient marquées les édits. Apprenait-il qu'ils voulaient s'assembler et faire leurs prêches dans des lieux interdits, il recourait aussitôt au roi. au chancelier, et les refoulait dans leurs villes de tolérance.
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A plus forte raison leur fermait-il l'entrée des fonctions publiques qu'ils cherchaient à envahir. Pour donner au parti crédit et autorité en plusieurs villes du royaume, bon nombre d'entre eux, riches et puissants, y achetaient des charges bien au delà de leur valeur, et, à force d'argent encore, puis de sollicitations et d'intrigues, ils en prenaient possession contre toutes les dispositions de la loi. Informé par les évêques, Vincent portait aussitôt leurs réclamations au pied du trône, et, joignant à leur autorité celle des ordonnances, des derniers vœux de Louis XIII, il obtenait de la régente refus d'agrément, et il faisait écrire de la part du roi aux intendants des provinces, qu'ils eussent à contenir les religionnaires dans les limites des lois.
Autant qu'il dépendait de lui, il leur fermait encore les familles catholiques, où ils cherchaient à s'introduire par des mariages obtenus au moyen de conversions feintes ; et, toutes les fois que la justice le permettait, il ne négligeait rien pour les faire échouer dans leurs procès et leurs différends avec les catholiques.
Que ne fit-il pas pour arrêter le désordre des appels comme d'abus, qui, introduits primitivement pour maintenir dans sa vigueur l'observance de la discipline ecclésiastique et la pureté des saints canons, ne servaient plus qu'à favoriser l'intrigue et la corruption des mauvais prêtres, et l'immixtion de l'autorité civile dans des causes toutes spirituelles? Condamnés justement par les évêques, les prêtres coupables réussissaient trop souvent à faire infirmer leur sentence par les cours séculières et à arrêter contre eux toute procédure. Bien plus, les rôles étaient quelquefois intervertis, et, d'accusateurs légitimes, les évêques se voyaient, à la requête d'ecclésiastiques scandaleux, accusés à leur tour et condamnés par les parlent uts.
SERVICES RENDUS A l'ÉPISCOPAT. 507
Vincent conférait de ces désordres avec les magistrats chrétiens, notamment avec Mathieu Mole, procureur général, puis premier président du Parlement de Paris. « Il est vrai, lui répondait Mole, que, lorsque les évêques ou les.officiaux manquent aux formalités qui leur sont prescrites pour l'administration de la justice ecclésiastique, la cour est exacte à corriger leurs abus ; mais, quand ils les observent bien, elle n'entreprend rien contre leur procédé. Ainsi nous savons que M. Pofficïal de Paris est habile en sa charge, et qu'il u'y a rien à redire en ses jugements. C'est pourquoi, lorsqu'on nous apporte des appels comme d'abus des sentences par lui rendues, nous n'en recevons aucun ; et nous en userions de même à l'égard de tous les autres, s'ils se comportaient û^e la même façon. » Vincent transmettait cette réponse aux évêques qui se plaignaient à lui, et leur représentait que, pour parer le coup que ces sortes d'appellations portaient à la discipline, il fallait établir un bon ordre dans leurs cours ecclésiastiques, et n'y mettre que des officiaux vertueux, savants dans l'un et l'autre droit, également inflexibles et expérimentés dans l'administration de la justice, et attentifs jusqu'au scrupule à observer les formalités en usage dans le royaume.
Mais, chez Vincent de Paul, la justice ne faisait jamais tort à la miséricorde. Aussi n'était-ce qu'à toute extrémité qu'il voulait qu'on employât les censures. Louis Abelly, son futur historien, alors officiai de Bayonne, le consulta de la part de François Fouquet, évêque de cette ville avant de devenir archevêque de Narbonne, sur la conduite à tenir envers des religieux infidèles à leur vœu de pauvreté. Fallait-il leur retrancher tous pouvoirs, leur interdire le droit de quête, les frapper même d'excommunication en cas de contumace?
« Hélas ! Monsieur, lui répondit Vincent, que vous
faites confus le fils d'un pauvre laboureur, qui a gardé les brebis et les pourceaux, qui est encore dans l'ignorance et dans le vice, de lui demander ses avis ! Je vous obéirai néanmoins dans le sentiment de ce pauvre; âne qui a d'autrefois parlé par l'obéissance qu'il devait à celui qui lui commandait, à condition que, comme on ne fait point d'état de ce que disent les fous, pour ce qu'ils le disent, qu'aussi Monseigneur, ni vous n'aurez aucun égard à ce que je dirai, sinon autant que mondit Seigneur le trouvera rapportant à ses meilleurs avis et aux vôtres. »
Après ce début ordinaire, il ouvre le sien. « En général, dit-il, il faut traiter avec les religieux déréglés comme Jésus-Christ a traité avec les pécheurs de son temps. Un évêque et un prêtre, obligés, comme tels, d'être plus parfaits qu'un religieux, considéré purement comme religieux, doivent, pendant un temps considérable, n'agir que par la voie du bon exemple, et se souvenir que le Fils de Dieu n'en suivit pas d'autre pendant trente ans. Il faut, après cela, parler d'abord avec charité et douceur, ensuite avec force et fermeté, sans cependant user encore ni d'interdit, ni de suspension, ni d'excommunication, censures terribles que le Sauveur n'employa jamais.
« Je crois bien, Monsieur, que ce que je vous dis vous paraîtra rude ; mais que voulez-vous ? J'ai de si grands sentiments des vérités que Notre-Seigneur nous a enseignées de parole et d'exemple, que je ne puis que je ne voie que tout ce qu'on fait selon cela réussit toujours parfaitement bien, et les pratiques contraires, tout au contraire. — Oui, mais ils mépriseront un prélat qui en usera de la sorte. — Il est vrai, et il le faut pour honorer la vie du Fils de Dieu en tous ses états par nos personnes, comme nous faisons par nos conditions. Mais il est vrai
aussi qu'après avoir souffert quelque temps, et autant qu'il plaît à Notre-Seigneur et avec Notre-Seigneur, il fait que nous faisons plus de bien en trois années de vie que nous n'en ferions en trente. Mais que dis-je ? Certes, je ne pense pas qu'on en puisse faire pourtout autrement. L'on fera bien des règlements, l'on usera des censures, l'on privera de confesser, de prêcher, de quêter ; mais pour tout cela l'on ne s'amendera jamais, et jamais l'empire de Jésus-Christ ne s'étendra ni conservera dans les âmes par là. Dieu a d'autrefois armé le ciel et la terre contre l'homme ; hélas ! qu'a-t-il avancé ? Hé ! n'a-t-il pas fallu enfin qu'il se soit abaissé et humilié devant l'homme, pour lui faire agréer le doux joug de son empire et de sa conduite ? Et ce qu'un Dieu n'a pu faire avec sa toute-puissance, comment le fera un prélat avec la sienne ? Selon cela, j'estime que Monseigneur a raison de ne pas fulminer excommunication contre ces religieux propriétaires, ni même d'empêcher sitôt ceux qu'il a examinés et approuvés une fois d'aller prêcher les Avents et les Carêmes es paroisses de la campagne où il n'y a point de station désignée. Que si quelqu'un abuse du ministère, votre sage conduite y saura bien remédier '. »
Services rendus aux ordres religieux.
On voit la charitable indulgence du saint pour les ordres religieux ; mais cette indulgence ne dégénéra ja-
1. L'original de cette lettre fut envoyé à Cosme III, grand duc de Toscane, le 20 janvier 1704, par Watel, cinquième supérieur général de la Mission, avec le bâton du saint, un linge teint de son sang et quelques-uns de ses petits portraits sur papier. Le duc répondit de Pise, le 9 février suivant, qu'il conserverait ces objets comme les plus précieux de son palais, et qu'il travaillerait à obtenir la béatification pour laquelle on était alors en instance (Summ., p. 87).
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mais en faiblesse, comme va le prouver la part qu'il prit
à toutes les réformes.
De bonne heure il commença à faire du bien aux religieux. Dès [621 j François de Maïda, supérieur général des Minimes, depuis évêque de Lavello, lui accorda des lettres d'association portant eu substance qu'en conration de son insigne piété et des services qu'il a rendus aux enfants de saint François de Paule, il le fait participant des prières, des sacrifices, des jeûnes, des indulgences, et de toutes les bonnes œuvres qui se font ou se feront à jamais dans toute l'étendue de son ordre ; et cela, dit-il, pour unir de plus en plus, par la communion des mêmes grâces, ceux que la divine charité a déjà si étroitement unis.
Nous avons vu comment il aida le commandeur de Sillery dans la réforme des maisons et des terres de l'ordre de Malte par ses conseils, ses Missions et un projet de séminaire. Les chevaliers de Malte lui en témoignèrent leur renonnaissance. Le 7 septembre 1637, le Grand- Maître Paul Lascaris, issu des comtes de Vintimille et des empereurs de Gonstantinople, lui écrivit : « Monsieur, on m'a donné avis que le vénérable bailli de Sillery vous avait choisi pour lui aider à faire la visite des églises et paroisses qui dépendent du grand prieuré ; à quoi vous avez déjà commencé d'employer utilement vos soins et vos fatigues : ce qui me convie à vous en faire par ces lignes de bien affectionnés remerciement», et à vous en demander la continuation, puisqu'elle n'a d'autre objet que l'avancement de la gloire de Dieu, et l'honneur et la réputation de cet ordre. Je supplie de tout mon cœur la bonté de Dieu de vouloir récompenser votre zèle et votre charité de ses grâces et de ses bénédictions. »
Mais ce fut principalement au temps de son crédit au conseil de conscience qu'il se montra le protecteur des
ordres religieux. De toutes les communautés de France, pas une, a dit son premier historien, à qui il n'ait rendu des services soit généraux soit particuliers. Dans le recueil des lettres adressées au pape Clément XI en vue de sa canonisation, il en est plusieurs de généraux d'ordre, d'abbés, de communautés, etc., qui toutes témoignent du concours qu'il prêta au cardinal de La Rochefoucault pour les réformes dont celui-ci avait été chargé par le Saint- Siège. Le cardinal l'appelait son bras droit, et, quand il parlait de lui et de Dom Grégoire Tarrisse, il disait : Mes deux saints. Il le conjurait au nom du bien de l'Église de modérer ses mortifications, et il avait coutume de répéter : « Si l'on veut trouver la vraie humilité, il faut la chercher dans M. Vincent. »
On conçoit donc que le cardinal l'ait forcé de rester au conseil de conscience, où il pouvait lui être à lui-même d'un si grand secours. Aussi, Jean de Montenas, abbé de Sainte-Geneviève, et les chanoines réguliers de sa Congrégation ; Henri de La Marche, abbé de Grandmont ; Arnould Simon et Jean Char ton, abbés de Bonfay et de Rangeval, de l'ordre de Prémontré, reconnaissent, dans leurs lettres des 28 mai, 24 juin et 29 septembre 1706, que leurs ordres lui doivent, entre autres services, le rétablissement de la discipline. « Pendant, disent les abbés de Prémontré, que l'homme ennemi opposait de nombreux et graves obstacles à la réforme de l'ordre prescrite par les lettres des souverains pontifes, suivant les décrets du concile de Trente, et à sa diffusion dans les monastères de France, le vénérable serviteur de Dieu, par ses conseils, par ses soins, par le crédit dont il jouissait auprès des rois très-chrétiens de son temps, se montra un aide et un défenseur si puissant, qu'à lui doit se rapporter l'exécution des lettres pontificales. » En effet, quelques-unes de ces réformes furent si traversées, qu'à en
juger par les réclamations et les mouvements de leurs adversaires, on aurait cru qu'il s'agissait de révolutions allant au renversement de l'Église et de l'État. Les grands, les princes, nombre de personnes d'autorité et de naissance, ils mettaient tout en jeu pour s'y opposer comme à un criminel attentat; et l'humble Vincent avait à combattre, outre les mauvaises passions, toutes les puissances du siècle, ce II est bien nécessaire, lui écrivait à cette occasion un saint abbé, que Dieu vous donne une force extraordinaire pour un si grand ouvrage, à vous, dis-je, qui défendez la cause de Dieu contre la puissance du monde. Nous ne pouvons que prier Dieu et nous remettre à sa Providence et à votre zèle, Monsieur, qui êtes notre unique refuge en terre, et le seul support de notre ordre désolé. »
Les évêques, dans les diocèses desquels se trouvaient des abbayes réformées, rendirent de Vincent au souverain pontife Clément XI un semblable témoignage. Ainsi, Henri de Briqueville de la Lucerne, évêque de Cabors (10 mars 1706), rappela d'abord qu'Alain de Solminibac, l'un de ses plus saints prédécesseurs, ne fit jamais rien d'important sans avoir pris ses avis, qu'il s'en remit à lui pour le choix d'un digne coadjuteur ; puis il ajouta que ce fut Vincent encore qui l'aida à rétabhr l'ancienne discipline dans les monastères du diocèse de Gahors, et qui le soutint et à Rome et en France dans la réforme de l'ordre des chanoines réguliers de Ghancellade, dont il était abbé et premier supérieur *.
Vincent appuya de même les réformes des ordres de Saint-Antoine et de Saint-Bernard, et, au rapport de Dom Simon Bougis (11 avril 1706), il aida son ami Dom Gré-
1. Voir à ce sujet une lettre de saint Vincent à l'évèque de Gahors. du 30 juill. :l 1647.
goire Tarrisse à réformer l'ordre de Saint-Beûoît et la Congrégation de Saint-Maur.
Il fat surtout le conseil et le guide de Charles Frémont. le réformateur de Grandmont. Dès 1640, Frémont. venu a Paris pour ses études théologiques, était allé trouver Vincent de Paul pour le consulter sur ces projets de réforme. Le saint l'introduisit dans sa chambre, le fit asseoir et l'écouta. Mais à peine avait-il entendu ses premières paroles, qu'il se mit à genoux et lui dit : « Quoi, c'est à un fils de villageois, à un gardeur de porcs que vous venez demander conseil ! » Surpris et confus, Frémont voulut tomber aussi à genoux devant ce vieillard ; mais Vincent ne le lui permit pas, et il resta prosterné jusqu'à ce qu'il eût reçu sa bénédiction. — Du reste, ainsi faisait-il pour tous les religieux. A force d'humilité et de persévérance, il leur arrachait toujours leur bénédiction, a J'ai remarqué, disait-il, que tout me réussit aux jours où quelqu'un de ces serviteurs de Dieu m'a bien voulu bénir. »
Après avoir pris les conseils de Vincent, Frémont demanda qu'on lui abandonnât une maison de son ordre pour y rétablir l'ancienne observance. Le cardinal de Richelieu, qui vivait encore, appuya sa réclamation, et, après plusieurs refus, Frémont obtintle prieuré d'Epoisses, en Bourgogne; il s'y retira, et y fut suivi par quelques religieux et par des hommes de tout état qu'y attirait l'exemple de sa vie pénitente. Bientôt il fut mis en possession du prieuré de Lodève, en Languedoc, et les habitants de Thiers, en Auvergne, lui donnèrent un monastère qu'ils avaient fait bâtir dans leur ville en l'honneur de leur compatriote saint Etienne, fondateur de l'ordre de Grandmont.
Dans ce temps, Vincent de Paul était chef du Conseil de conscience. Il convoqua à Saint-Lazare une assemblée m. 29.
de fous les Su uliers de l'ordre pour y arrêter
les bases de la réforme ; et comme Frémont était toujours l'âme et l'agent de cette grande entreprise, il fit écrire de la part du roi en sa faveur à Georges de Barri, supérieur général de Grandmont. Il écrivit lui-même, le 24 janvier 1652, en envoyant la lettre du roi :
« Mon révérendissime Père, la raison pour laquelle Sa Majesté écrit à Votre Révérence, est que cela fut ainsi résolu dans le conseil des affaires ecclésiastiques, lorsqu'ayant vaqué un prieuré de votre ordre au diocèse de Lodève, on considéra un de vos bons religieux, nommé le Père Frémont, pour une pension, à condition d'y rétablir l'ancienne régularité, ainsi qu'il a fait en quelque autre de vos maisons, laquelle pension passerait de lui à ses successeurs, en l'observance dé cette règle : de quoi ayant fait rapport à la reine, Sa Majesté en témoigna une grande joie, et nous commanda de tenir la main à l'expédition. Il y a lieu d'espérer que le bon Dieu veut se servir de vous, mon révérend Père, pour relever un ordre si saint que le votre, qui a été très-célèbre en l'Église, et à bénédiction à ce royaume, puisque, sous votre gouvernement, il commence à prendre la même odeur qu'il a répandue en sa première façon de vie, de laquelle les gens de bien souhaitent le rétablissement. Le roi y veut contribuer; et il semble que c'est le dessein de Dieu, en tant qu'il vous a donné ce bon religieux comme un instrument fort propre, duquel Votre Piévérence se peut servir ; ce qu'elle fera très-utilement, si elle a agréable de lui donner son grand vicariat pour régir les maisons d'Époisses, de Thiers et de Lodève, avec pouvoir d'y recevoir des novices et des profès en ladite ancienne observance, le tout sous votre autorité et sainte conduite. Je ne doute pas que Votre Révérence ne réponde aux intentions de Sa Majesté en chose si raison-
SERVICES RENDUS AUX ORDRES RELIGIEUX. olo
nable, qui tend à la gloire de Dieu et à la manutention d'un corps dont vous êtes le chef, et sur lequel Notre- Seigneur influera, par vous et par vos ministres, son esprit religieux pour y régner dans les siècles à venir, et, par ce moyen, rendre votre personne et votre zèle recommandables à la postérité, outre le mérite que Votre Révérence en aura devant Dieu *. »
Cette lettre eut son effet : la réforme de Frémont s'introduisit, non-seulement dans les trois prieurés d'Epoisses, de Thiers et de Lodève, mais dans quelques autres maisons ; il en dressa lui-même les règles, et exerça, pendant trente ans, à Thiers, les fonctions de supérieur, avec autant de zèle et de persévérance que de douceur et de charité.
Là ne s'arrête pas Faction de Vincent dans la réforme des communautés. Il empêcha la reine de confirmer l'élection d'un religieux qui se refusait à l'introduire dans une abbaye chef d'ordre; et comme l'élu était appuyé de beaucoup de personnes paissantes, il sollicita l'évêque du lieu de venir à Paris pour balancer son crédit, a Je sais, lui écrivit-il, que Sa Majesté, qui vous estime beaucoup, l'aura fort agréable, et M. le garde des sceaux a trouvé bon que je vous supplie, comme je le fais trèshumblement, d'y venir au plus tôt pour l'amour de Dieu. Peut-être que de ce moment dépend la réforme de cette maison et de celles de sa filiation, et que Notre-Seigneur veut que le mérite d'un succès si désirable vous soit imputé, comme à l'on des prélats du royaume qui a plus de zèle pour la gloire de son Église. »
Il ménagea à la réforme la protection d'une princesse dont le fils, fort jeune, récemment pourvu d'une abbaye, avait été indisposé contre les réformateurs par un des