‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 115 sur 122 · Voir sa Vie, par Collin, 1744, in · texte numérisé non relu

Voir sa Vie, par Collin, 1744, in

ment aux pauvres filles abusées et repentantes, et à celles que la jeunesse et la beauté, jointes à l'indigence et à la mauvaise conduite de leur famille, exposaient à un péril certain. Après avoir formé de ses propres richesses le premier fonds de cette œuvre, et s'être assuré le concours de sa fille et de son gendre, Claude Chastelain, maître d'hôtel du roi et secrétaire du conseil d'État, homme à la fois riche et charitable, on la vit allant à pied par les rues pour quêter les ressources qui lui manquaient. Elle recueillit d'abord une quarantaine de filles et les logea à l'hôpital de la Pitié, dont Vincent de Paul était alors supérieur. Bientôt, vers le commencement de l'année 1630, elle forma le dessein, sous le nom de Providence, d'une communauté de trente-trois filles, destinées à instruire et à élever les jeunes personnes qui y chercheraient un refuge contre la corruption du monde. Les premiers essais se firent 3. Fontenay et à Gharonne, près Paris, puis à Paris même dans une chétive masure, près des Chartreux de Vauvert. Dans cette dernière maison étaient recueillies, suivant la proportion des moyens, les petites filles âgées de moins de dix ans, à qui on enseignait, avec la crainte de Dieu, les ouvrages propres à leur as • surer, par le travail, une existence honnête. Vincent de Paul, très-zélé pour cette œuvre, allait souvent visiter madame Pollalion et ses compagnes à Gharonne et à Paris. Nommé supérieur de la maison, il la fit autoriser, en 1643, par des lettres patentes, et ériger, en 1647, par l'archevêque de Paris en communauté séculière. Charmé des saintes dispositions des Filles de la Providence, il voulut étendre les applications de leur zèle. Il forma le plan d'une société de filles et de femmes pieuses, sorte de Missionnaires qui se porteraient partout où on jugerait à propos de les envoyer pour le service de Dieu et l'instruction du prochain. Parmi les Filles de la Provi-

dence, il en choisit sept des plus zélées et des plus courageuses, dont quelques-unes appartenaient à la plus haute noblesse, comme Anne de Croze, et surtout Renée de Grandmont, alliée des Lorraine, qui cacha tous ses titres sous l'humble nom de Renée Desbordes i. Cette congrégation fut appelée de Y Union chrétienne, pour marquer l'union que les Filles devaient garder entre elles et avec Jésus-Christ. Elles firent un acte d'association par lequel elles s'engageaient à travailler au salut des âmes. Bientôt elles formèrent plusieurs maisons, ouvertes de préférence aux protestantes nouvelles converties ou en voie de conversion, maisons connues sous les différents noms de Propagation de la Foi ou de Nouvelles Catholiques 2.

A la prière, sans doute, de Vincent de Paul, Anne d'Autriche, en 16.51, fit don à madame Pollalion d'un vaste local, situé rue de l'Arbalète, et contigu au magnifique monastère du Val-de-Grâce, où elle aimait à passer les principales fêtes de l'année. Aussi, dans l'acte de donation, elle déclarait qu'elle avait choisi ce terrain préférablement à tout autre, afin d'avoir sous les yeux, de sa retraite ordinaire, un établissement dont elle espérait de très-grands biens. C'était un ancien hôpital, dit

1. Un demi-siècle plus tard, comme on s'occupait de la béatification de saint Vincent de Paul, Renée Desbordes, âgée alors de quatre-

i vingts ans, lui rendit un ample, authentique et éclatant témoignage.

I 2. Après la mort de madame Pollalion et de saint Vincent, l'Union

I chrétienne fut distraite du séminaire de la Providence par Jean-Antoine Le Vachet, que notre saint lui avait donné pour confesseur. Établie à Charonne, en 1661, par Anne de Croze, puis transférée à l'hôtel de Saint-Chaumont, rue Saint Denis, elle fut approuvée, sous

' une forme nouvelle et distincte, par lettres patentes de Louis XIV en 1G73 et 1687; et elle se répandit en plusieurs diocèses. Une communauté de Nouvelles Catholiques fut aussi fondée à Paris, par les libéralités de Turenne, converti au catholicisme.

de la Santé, où ou recevait les convalescents qui sortaient de l'Hôtel-Dieu. L'archevêque de Paris érigea le nouvel établissement en hôpital, et nomma supérieure madame Pollalion, qui prit possession le 4 juin 1652. Il avait fallu toute une année pour construire de nouveaux bâtiments. Grâce aux libéralités d'Anne d'Autriche, et, à l'exemple de la reine, de la princesse de Coudé, des duchesses d'Orléans, de Vendôme, de Liancourt et d'Aiguillon, de la marquise de Maignelay, de la maréchale de Guébriant, de la chancelière Séguier, des dames de Loménie de Brienne, de Miramion, de Senecey et des autres dames de l'Assemblée, les constructions étaient achevées en 1652, et la solennelle inauguration du séminaire se fit le 11 juin, au milieu des applaudissements du peuple, « qui avait su comprendre, à cette fois, ce que la charité faisait pour lui *. » Saint Vincent de Paul rédigea les règlements, qui furent approuvés par l'autorité ecclésiastique. A cinq ans de là, 4 septembre 1657, madame Pollalion mourait au milieu des bénédictions des pieuses maîtresses formées par elle, et des cent quatre-vingts jeunes filles recueillies par sa charité, cette fois doublement orphelines. Mais le non relinquam vos orphanos de l'Évangile se réalisa encore pour elles. Car, indépendamment de mademoiselle Le Pilleur, tante de l'évêque de Saintes, puis de mademoiselle Viole, qui succédèrent à madame Pollalion en qualité de supérieures et de mères, il leur restait un père en Vincent de Paul, ce père de tous les orphelins et de tous les abandonnés.

En effet, oubliant, comme toujours, les besoins extrêmes de sa maison et des siens, en ces années funestes que nous aurons à raconter, il voulut, Providence visible, prouver à ces filles qu'elles ne s'appelaient pas en vain

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