‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 117 sur 122 · Bib imp , Mss. sup. fr., 540'°, 2 fol · texte numérisé non relu

Bib imp , Mss. sup. fr., 540'°, 2 fol

2. Lettre de Gabriel de Roquette à Clément XI, du 3 mars 1702.

lités des filles qu'on voulait mettre à la tête des communautés.

Ici, eu changeant simplement les genres, nous aurions à reproduire la plupart des scènes racontées plus haut à l'occasion des bénéfices et des prélatures. Rien n'y manquerait, pas même l'escabeau lancé à la tête de Vincent par une dame dont il avait fait écarter la fille, plus novice qu'abbesse, et qu'il était allé visiter pour lui parler raison et non abbaye. « Dieu soit béni de la petite confusion que je viens d'essuyer pour sa gloire ! » telle fut sa réponse.

De tante en nièce, une abbaye semblait héréditaire dans une grande famille. Vincent brisa enfin la lignée et ce singulier ordre de succession. Le chef de famille se vint plaindre à Saint-Lazare. En effet, c'était lui faire tort. Depuis longtemps, l'abbaye lui servait de maison de plaisance. Mari, femme, enfants et collatéraux s'y rendaient plusieurs fois chaque année et y faisaient grande chère aux dépens de la communauté. Leurs frais de plaisir étaient pris sur le nécessaire des pauvres religieuses, qui, condamnées au secret, ne pouvaient que souffrir sans se plaindre. La mort de l'abbesse les avait mises en liberté. Craignant avec raison que, si la nièce remplaçait encore la tante, la succession ne fût pour elles que la continuation de leurs maux, elles avaient tout fait pour obtenir une autre supérieure.

Vincent ne déclina pas la responsabilité de l'avis qu'il avait donné à la reine, et il essaya de faire comprendre au père les motifs de conscience qui l'y avaient poussé. Le calme même du saint ne fit que charger l'orage, qui éclata en colère, en injures et en menaces ; mais rien ne put atteindre ni altérer sa sérénité. Il se réjouit intérieurement d'avoir été jugé digne de souffrir persécution pour la justice, et, ni dans celte circonstance ni dans

aucune autre, il ne songea à se plaindre, moins encore à se venger de ses persécuteurs. Lui aussi, après avoir pris sa résolution, il allait droit devant lui ; il renversait, fauchait tous les abus, et ensuite couvrait tout de sa patience et de sa charité.

Jamais il ne dut lui en coûter autant pour rester fidèle à ce plan de conduite, qu'en une occasion où il eut à résister aux prières d'Adrien Le Bon, l'ancien prieur de Saint-Lazare, à qui il avait voué tant de respect et de reconnaissance. Par ses avis et par ordre de la reine, avait été enfermée une abbesse de haute condition, mais qui avait donné à ses scandales un éclat égal à celui de sa naissance. Le prieur, qui avait de grandes obligations à cette religieuse, fut chargé par elle de travailler à son élargissement. Il accepta d'autant plus volontiers, qu'en cette affaire comme en tant d'autres, il croyait n'avoir qu'à dire un mot à Vincent pour lui obtenir sa liberté. Quel ne fut pas son étonnement, lorsqu'il vit non-seulement sa première proposition, mais toutes ses instances échouer contre le refus obstiné du saint homme ! Calme et respectueux, mais inébranlable, Vincent se contentait de répondre : « Je ne le pourrais sans trahir ma conscience ; je vous supplie donc très-humblement de m'excuser. — Quoi ! Monsieur, s'écria alors le prieur blessé, est-ce ainsi que je suis traité par vous après vous avoir donné ma maison ? Est-ce là votre reconnaissance pour tous les biens que j'ai faits à vous et à votre Compagnie? — Il est vrai, répliqua Vincent attristé jusqu'au fond de l'âme ; il est vrai que.vous nous avez comblés de biens et d'honneur, que nous vous avons les mêmes obligations que les enfants à leur père ; mais ayez agréable, Monsieur, de reprendre le tout, si, à votre jugement, nous ne le méritons qu'au prix de Dieu et de notre conscience. » Le prieur se tut et se retira mécontent. A

quelques jours de là, lui-même fut informé, à n'en pouvoir garder de doute, des déportements scandaleux de l'abbesse et de l'injustice de ses réclamations. Noblement repentant, il se rendit aussitôt auprès du saint prêtre, et, se jetant à ses pieds : « Pardonnez-moi, lui dit-il, la précipitation du jugement porté contre vous. Ne relâchez rien en ma considération, je vous prie, de la juste peine décernée contre la coupable. » Vincent, à genoux luimême, accorda avec confusion le pardon demandé, et se réserva, s'il en eût été besoin, une justification encore plus triomphante. L'abbaye à laquelle on avait enlevé cette indigne supérieure n'avait que trop suivi ses exemples : elle était une sentine de vices. Purgée de cette influence funeste, elle devint bientôt, par les soins de Vincent, un sanctuaire de vertu et de piété '.

Les abus que cherchait à déraciner le saint prêtre dans les communautés de femmes étaient de plus d'une sorte. Ainsi, les abbesses, sous prétexte d'âge ou d'infirmités, demandaient pour coadjutrices, avec future succession, leurs sœurs, leurs nièces ou d'autres parentes. Ces tendresses, ces calculs humains furent toujours déjoués par Vincent de Paul. Vacantes par mort, les abbayes pouvaient être réformées par une nouvelle supérieure librement choisie : les coadjutoreries n'étaient que la succession du relâchement et de l'indiscipline.

Il en était de même dans les résignations, où se mêlaient trop souvent l'intérêt de famille ou la cupidité. Vincent ne les laissait admettre qu'après examen scrupuleux des pièces.

Si, contre son avis, on préposait aux monastères des abbesses ou des prieures incapables, au moins il obtenait d'elles qu'elles passassent quelque temps dans des

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