Lettre da 23 septembre
i ioinaires. A Cavallo-Maggiore, les enfants de Vincent <.o *?-àil firent encore l'office de magistrats, tant au cri-
i qu'an civil, et leurs décisions furent regardées Âl j £ct> trrêts sans appel. rapporta que nous suivons sont pleins de sem-
ea déteila sur les ÎJissions de Scalenghe, de Ville- [ , C3 Fossano,deMondovi, de Cherasco. Ces succès ^on-itent lieu, dans le cours des années, à divers établiLJon-ents dans les États de Savoie et de Piémont. La m^ion y possédait six maisons à la fin du dernier ciicle, entre autres : Casale (1706), San-Remo (1714), Londovi (Î786) et Voghera (1787). Ces établissements furent successivement anéantis par les malheurs de la guerre, et à mesure que le gouvernement français se mit en possession des États de la maison de Savoie. Ruinés d'abord par des contributions énormes et soumis à toute sorte de vexations, ils furent supprimés une première fois, comme presque tous les autres d'Italie, par la révolution française, vers 1798. Rétablis l'année suivante par l'Autriche, redevenue maîtresse de l'Italie, ils furent de nouveau dispersés après la bataille de Marengo, lorsque les troupes françaises envahirent le Piémont ; et en 1810, ils furent enveloppés dans le décret qui supprimait dans l'empire toutes les communautés religieuses. Mais, en attendant, ils avaient produit des biens infinis. A Turin, notamment, dès que les Missionnaires, longtemps logés à loyer, furent mis en possession d'une maison et d'une église, ils donnèrent jusqu'à 14 retraites par année, tant aux sécukers qu'aux ecclésiastiques. Outre leur séminaire interne, ils avaient un séminaire pour les clercs du dehors, qui devint une pépinière de bons prêtres, si bien qu'à la vue d'un ecclésiastique grave et modeste, on disait communément dans les rues de Turin : « C'est un prêtre du séminaire de la Mission. » De plus, au
nombre de vingt-cinq ou trente prêtres, partagés en quatre bandes, ils se répandaient dans le diocèse pour évangéliserles peuples. Substitués, en 1776,à la Compagnie de Jésus, supprimée depuis trois ans, ils en prirent la maison et les fonctions, sans rien retrancher de leurs travaux ordinaires.
Telle était la Mission du Piémont, qui, à partir de 1704, forma une province séparée, sous le nom de province de Lombardie, ayant sous sa dépendance tous les établissements du nord et du centre de l'Italie. Les établissements des Etats pontificaux et du royaume des Deux-Siciles formaient la province de Rome. Rétablie en 1821, la Mission de Turin ne put rentrer ni dans son ancienne maison, ni dans celle où elle avait remplacé les jésuites. Logée encore à loyer, comme à son commencement, ce ne fut qu'en 1830 qu'elle occupa la maison et l'église de la Visitation, où elle a repris toutes les fonctions déjà décrites et ouvert des conférences hebdomadaires pour former les jeunes clercs aux devoirs du sacerdoce et à la prédication. Si la Mission n'a pu se rétablir à San-Remo et à Voghera, au moins elle est rentrée à Mondovi, et, en compensation des postes perdus, elle a fondé les nouvelles maisons d'Oristano (1836), île de Sardaigne ; de Scarnafigi (1847), où elle possède un petit séminaire ; de Finale-Marina (1851), où elle dirige un collège : six établissements en tout pour le royaume de Sardaigne, qui, joints aux quatre de l'ancienne république de Gênes, la constituent dans le même état où elle était avant la Révolution.
Nous retrouverons les Missionnaires toujours les mêmes, si nous les accompagnons à Naples, où ils furent établis après la mort de Vincent, en 1668, par le cardinal-archevêque Caracciolo. Il avait été question de cet établissement dès 1658, et le détachement du saint prêtre
'fli SAINT VINCENT DE PAUL.
empêcha seul peut-être qu'il ne fût alors fondé. Gomme on lui avait écrit que le cardinal Brancaccio voulait réunir à sa congrégation une communauté de bons prêtres napolitains, il répondit, le 8 novembre : « Si c'est le bon plaisir de Dieu que la semence jetée par ce seigneur pousse et fructifie, il faudra pour lors y regarder de plus près ; mais il ne faut, ni maintenant, ni jamais, que nous fassions aucune avance pour cela, ni de parole, ni d'action. Nous sommes à Dieu ; laissons-le faire. » Henri Caracciolo, alors simple auditeur de chambre, avait eu occasion d'admirer à Rome les vertus et les travaux des Missionnaires. Créé, en 1667, cardinal-archevêque de Naples, dès l'année suivante, il en obtint trois du supérieur général Aimeras, parmi lesquels était Gosme Galilée, neveu du fameux savant de Florence. Ces trois prêtres se livrèrent aussitôt et simultanément aux œuvres des Missions et des retraites, sans se laisser abattre par leur extrême pauvreté. Plus généreux en paroles qu'en dons réels, le cardinal les abandonna à un tel dénûment des choses les plus nécessaires à la vie, que leur supérieur Aimeras les exhorta plus d'une fois à quitter le poste et à se retirer à Rome. Mais ils tinrent ferme et attendirent confiants le jour de la Providence. L'année suivante, on leur donna un couvent supprimé dans le faubourg de Sa nta-Maria- délie -Vergini, mais tellement étroit et délabré, qu'ils le durent abattre et reconstruire. Plusieurs années après, ils purent bâtir une église, et ils se virent ainsi en possession d'une des maisons les plus grandes et les mieux ordonnées de la Compagnie. Parmi leurs plus généreux bienfaiteurs, citons la duchesse de Saint- Élie, née comtesse de Brandis-Staremberg, et, par conséquent, princesse du Saint-Empire ; encore une de ces femmes en qui la naissance et la fortune ne servaient qu'à donner de l'éclat et des ressources à la vertu. Pleine
de dévotion pour saint Vincent et pour ses œuvres, elle fît de sa maison un hôpital, où elle soignait et pansait les pauvres de ses mains. Elle s'associa même à la compagnie des Filles de la Charité, dont elle obtint l'habit. C'est dans cet habit qu'elle voulut mourir, et qu'elle mourut en effet, le 5 novembre 1761 ; dans cet habit qu elle voulut être et qu'elle fut ensevelie. Sur sa demande encore, elle fut inhumée dans l'église de la Mission, à laquelle elle avait légué 15,000 livres et sa chapelle domestique. De son vivant, elle avait donné environ 30,000 livres à la Mission de Naples. Grâce à ces secours, les Missionnaires purent continuer et étendre leurs œuvres tant dans la capitale que dans les provinces, où ils fondèrent quatre autres établissements, à Oria (1729), àLecce (1732), à Bari (1746) et à Girgente (1753). Tous ces établissements dépendaient de la province de Rome, et c'était à Rome que les Missionnaires napolitains allaient faire leur séminaire. Les choses durèrent ainsi jusqu'en 1769. A cette époque, Ferdinand IV, poussé par Tanucci et les philosophes, dont tous les princes de la malheureuse maison de Bourbon prenaient alors le mot d'ordre et se faisaient les séides, porta un premier coup aux communautés religieuses de son royaume, en ordonnant que toute fonction spirituelle y fût interdite aux membres étrangers. Les Missionnaires n'avaient qu'un petit nombre de Napolitains pour faire face à la multiplicité de leurs emplois. Frappés, enchaînés dans le présent, ils voulurent au moins préparer l'avenir, et tout en continuant à dépendre de Rome, ils fondèrent à Naples un séminaire interne. Mais, en 1788, Ferdinand, poussant plus loin la guerre contre les congrégations religieuses, interdit toute dépendance d'un supérieur étranger, à peine de suppression dans le royaume. Retraite ou schisme, telle semblait être pour
les Missionnaires l'unique alternative. Plusieurs se retirèrent, en effet, dans leurs familles ; les autres demeurèrent, soumis en apparence à toutes les prescriptions de l'État. Ils se réunirent en Assemblée nationale, firent des règlements, élurent pour trois ans un supérieur majeur, quatre assistants et autant de supérieurs particuliers qu'il y avait de maisons dans le royaume, et vécurent ainsi, sous tous les régimes, jusqu'en 1814. Y eut-il schisme réel ? Il paraît que tout se fit de l'assentiment secret, d'abord du supérieur général Cayla, mort à Rome en 1800, ensuite du vicaire général de Rome, Sicardi, nommé par le pape Pie VII. Le 18 décembre 1815, Sicardi constitua les maisons du royaume de Naples en une province distincte, laquelle s'empressa, lorsque Léon XII, en 1827, réunit toute la congrégation sous le gouvernement d'un seul chef, de se ranger, comme toutes les autres, sous l'obéissance du supérieur général.
Depuis, plusieurs nouveaux établissements de la Mission se sont formés dans les Deux-Siciles : Monopoli (1829) ; Saint-Nicolas-Tolentino, à Naples (1836) ; Tursi, dans la Basilicate (1851) ; Syracuse et Nicosie, en Sicile (1852 et 1858) ; la maison et séminaire d'Aquino à Roccasecca (1859) ; enfin, tout récemment, Modica, en Sicile, dont les Missionnaires ne pourront prendre possession qu'après la mort du fondateur. Outre un séminaire interne à Naples, un collège à Lecce, ces maisons s'occupent de Missions et de retraites, auxquelles Saint- Nicolas et Bari joignent des conférences ecclésiastiques.
Voilà, dans leur naissance, dans leur développement, dans leurs progrès, dans leurs vicissitudes, dans leur vie jusqu'à nous, les établissements fondés ou projetés en Italie par saint Vincent de Paul. Il en est quelques-uns, en d'autres provinces de la Péninsule, auxquels il n'avait
pas songé, mais qui, ramifications des premiers, se rattachent à son œuvre propre et personnelle. Tels sont, dans le Modenais, le Milanais, la Lombardie, la Toscane: Reggio, Modène et Pavie (1680-1682) ; Crémone (1702) ; Florence (1706), où les Missionnaires furent substitués à des chanoines réguliers par le pape et le grand-duc de Toscane ; Parme (1780) ; Plaisance surtout (1752), où le cardinal Alberoni leur donna la direction du beau collège de son nom : sorte d'université, où l'on enseignait à la fois les lettres et les sciences, le droit et la théologie. Toutes ces maisons, fermées par la Révolution ou le régime impérial, n'ont pas été rendues à la Mission, à l'exception de Plaisance, où elle dirige le grand séminaire, et de Florence, où elle exerce toutes ses fonctions accoutumées. En revanche, elle s'est établie récemment à Sienne (1856). Ces trois établissements font aujourd'hui partie de la province de Rome. Si l'on fait la somme des établissements repris ou nouveaux, on trouve que la Mission possède aujourd'hui en Italie une trentaine d'établissements,le même nombre à peu près qu'elle possédait avant la Révolution.