‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 15 sur 122 · MISSION T> IRLANDE. 5S · texte numérisé non relu

MISSION T> IRLANDE. 5S

Mission des plus fructueuses et peut-être des plus nécessaires que nous ayons encore vue, vous arrêtez, comme il semble, le cours de vos miséricordes sur cette ville pénitente, pour appesantir davantage votre main sur elle, ajoutant au malheur de la guerre le fléau de la maladie. '' Mais c'est pour moissonner les âmes bien disposées, et assembler le bon grain en vos greniers éternels. Nous adorons vos conduites, Seigneur, etc. »

En effet, à la guerre venait de se joindre une contagion si violente, qu'elle emporta huit mille personnes à Limerick. De ce nombre fut le frère de l'évêque,qui s'était consacré avec les Missionnaires au service des pestiférés. Du reste, tous mouraient contents, car, disaient-ils, « Dieu nous a envoyé des anges pour nous réconcilier avec lui. » Et l'évêque, dans sa reconnaissance, ne cessait de répéter: « Hélas! quand M. Vincent n'aurait jamais fait pour la gloire de Dieu que le bien qu'il a fait à ces pauvres gens, il se doit estimer bien heureux. •»

Mais la guerre elle-même acheva cette malheureuse ville. Ireton s'en rendit maître après quatre ou cinq mois de siège. Vingt-deux individus durent être abandonnés à la merci du vainqueur, parmi lesquels l'évêque d'Emly, réfugié dans ses murs, et son maire sir Thomas Stretch. Sir Thomas avait été élu maire au sortir d'une retraite chez les prêtres de la Mission, et il avait accepté par dévouement. Aussitôt il avait assemblé à l'église le corps des magistrats, et là, aux pieds d'une statue de Marie, il avait supplié la divine Vierge de prendre la ville sous sa protection et lui en avait remis les clefs entre les mains. Puis, dans un discours pathétique, il avait juré et fait jurer de mourir pour Dieu et pour le roi.

Il mourut, en effet, et avec lui plusieurs de ceux qui avaient répété son serment. Tous, en habits de fête, marchèrent au supplice comme au triomphe. De l'écha-

faud ils haranguèrent le peuple, de manière à attendrir jusqu'à leurs bourreaux ; et, pour qu'on ne se méprît pas sur la cause de leur supplice,, ils déclarèrent qu'ils mouraient pour la défense de l'Église romaine.

Cependant les trois Missionnaires avaient échappé aux fureurs d'Ireton. L'un d'eux resta à Limerick et y termina sa sainte carrière. Les deux autres, Brinn et Barry, en sortirent avec cent ou cent vingt prêtres et religieux, à la faveur d'un déguisement et mêlés aux soldats de la place, qui, par la capitulation, avaient obtenu la vie sauve et le droit de retraite. Comme il n'y avait point de quartier pour les prêtres catholiques, ils avaient passé la nuit précédente à se préparer à la mort : ils ne furent heureusement pas reconnus. En sortant de Limerick, ils se séparèrent, non sans grande douleur, pour assurer davantage la vie d'au moins l'un des deux. Brinn prit la route de son pays avec le grand vicaire de Cashel. Barry se dirigea vers les montagnes, où une dame charitable le reçut et le cacha pendant deux mois. Une barque frétée pour la France s'étant ensuite présentée sur la côte, il en profita et arriva heureusement à Nantes *. Ce fut une grande joie pour Vincent, qui avait cru ses deux prêtres enveloppés dans le massacre de Limerick. Du reste, sa compagnie paya tribut à la sanglante persécution. Un frère nommé Lye, découvert par les hérétiques, fut horriblement massacré sous les yeux de sa mère : après lui avoir coupé les pieds et les mains, on lui écrasa la tête.

Ainsi finit cette première Mission d'Irlande, qui fait autant d'honneur au désintéressement de Vincent de Paul qu'au zèle de ses prêtres : car, à l'exception d'une aumône de la duchesse d'Aiguillon, elle se fit aux frais de la maison de Saint-Lazare, en ce temps si obérée.

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