‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 19 sur 122 · MISSION D ECOSSE, ETC · texte numérisé non relu

MISSION D ECOSSE, ETC

même avait sollicité son alliance. Aussi l'ambassadeur engagea le Missionnaire à sortir au plus tôt de Londres, s'il ne voulait y laisser sa vie.

Malgré tout, la divine semence, répandue à travers tant de tribulations, ne s'est jamais perdue. Et si le catholicisme domine encore aujourd'hui, malgré des persécutions et des séductions de tout genre, dans plusieurs des Hébrides, notamment dans Barra, Eigg et Ouist, c'est à Vincent de Paul et à ses fils qu'il faut évidemment, après Dieu, en rapporter l'honneur.

D'ailleurs, après la mort de Vincent, la Mission continua dans les Hébrides, et il fut même question de la reprendre de son vivant. Francis Whyte était retourné en France dans les premiers mois de 1660. A cette occasion, William Ballantyne, supérieur des prêtres séculiers de la Mission d'Ecosse, écrivit au nonce de Paris, sous la date du 29 juin, la lettre suivante, que nous traduisons de l'italien : a II y a un brave Missionnaire de la famille de M. Vincent, à Saint-Lazare, à Paris, U. Whyte, irlandais de nation, qui est resté huit ans dans les îles d'Ecosse, et qui, comme je le sais avec certitude, s'est comporté en excellent prêtre et a fait de très-grands fruits dans les Missions de ces îles. H est à présent retourné en France, pour rendre compte à son supérieur du travail de tant d'années. Je crains beaucoup qu'il ne veuille pas retourner en Ecosse, pour n'y avoir pas de moyens de subsistance. C'est pourquoi je supplie votre seigneurie révérendissime, dans le cas où son supérieur ne voudrait donner ni à lui ni à d'autres les ressources nécessaires, d'obtenir de la S. Congrégation notre pension accoutumée pour lui et pour deux autres de la même nation, qui seraient employés dans les Missions des îles et pays de montagnes où l'on n'entend que la langue irlandaise. »

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D'un autre côté, la Propagande écrivit à Vincent poulie presser de renvoyer Whyte en Ecosse. Whyte était1 alors loin de Paris, occupé à enseigner la théologie morale dans un séminaire, d'où il ne pouvait être relevé sans de graves inconvénients. D'ailleurs, souffrant depuis plusieurs années et menacé de paralysie, il était peu propre à une Mission si dure, qui requérait des hommes d'une santé vigoureuse. A défaut de Wythe, Vincent écrivit à deux autres prêtres irlandais, de santé et de zèle, de science et de bonnes mœurs, et il leur proposa cet apostolat, sous le bon plaisir de la Propagande. Du reste, il se déclarait prêt à obéir à la S. Congrégation, non-seulement par l'envoi de Whyte, mais de sa propre personne, si on le trouvait bon à quelque chose.

F. Whyte n'était pas encore retourné en Ecosse le 20 septembre 1661, car, à cette date, Dunbar et Lumsden, deux Missionnaires séculiers, annonçant au secrétaire de la Propagande la mort de leur supérieur Ballantyne, ajoutent : « Qu'il plaise à la sacrée Congrégation de trouver à Paris des hommes propres pour cette Mission, d'origine irlandaise, etprincipalement M. Francis Whyte, à Saint-Lazare, et ses autres compagnons *, qui ont donné des preuves de leur vertu et de leur zèle dans les îles et les montagnes d'Ecosse, mais ont été contraints de se retirer en France, pour n'avoir pas de quoi se maintenir. »

Francis Whyte retourna en Ecosse en 1662. Une circulaire d' Aimeras, de 1664, nous apprend qu'il y avait converti quatorze paroisses, et que Brinn avait eu les

1. De ce passage on pourrait conclure que quelques autres Lazaristes étaient venus se joindre à Whyte avant son premier retour en France : aucun document n'appuie pourtant cette conjecture, et il est à peu près certain que Whyte et Guy sont les deux seuls prêtres de la Mission qui aienl travaillé en Ecosse jusqu'à ces derniers temps.

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mêmes succès en Irlande. Whyte quitta l'Ecosse une seconde fois en 1665, y revint une troisième en 1668, et continua jusqu'à sa mort d'y exercer ses pénibles travaux de Missionnaire.

Malheureusement, Whyte était seul ; il commençait à vieillir, et il était usé par les fatigues plus encore que par l'âge. Aussi, quelques années après, William Leslie, recteur de la Mission écossaise à Rome, écrivit à Jolly, troisième supérieur général de Saint-Lazare, une lettre pressante pour lui demander quelques prêtres de sa Compagnie. Jolly se vit tristement obligé de lui répondre, le 5 mars 1677 : « Je voudrais de tout mon cœur correspondre à votre zèle pour le bien de votre pays, mais nous ne sommes pas maintenant en état de le faire, n'ayant pas d'ouvriers formés pour une telle Mission. » Whyte resta donc le seul Missionnaire de saint Vincent en Ecosse. En 1678, le supérieur des Missionnaires séculiers écrivit qu'il venait de passer un mois dans la plaine, au château de Gordon, mais si malade, qu'il ne pouvait plus voyager, et qu'il y avait peu d'espoir de le conserver longtemps. En effet, Francis Whyte mourut le 28 janvier (ancien style ; 7 février, nouveau style) de l'année suivante. Dunbar, préfet de la Mission d'Ecosse, fît part en deux lettres, l'une en italien et l'autre en anglais, de la nouvelle de cette mort à Bareley, principal du collège écossais à Paris. Voici la traduction de la lettre anglaise : « Le bon M. Francis Whyte est mort vers la fin de janvier dernier. Après l'événement, je suis allé, par un temps effroyable, visiter les lieux qu'il avait coutume de fréquenter, afin de consoler de mon mieux ces pauvres peuples qu'il avait servis pendant tant d'années. Que la paix de Dieu soit avec lui ! Si quelqu'un de sa nation pouvait nous être envoyé pour tenir sa place, il nous serait d'un grand service ; d'autres, comme vous le sain S

vez. ne peuvent nous servir, faute de connaître la langue.» Dunbar demandait ensuite à être autorisé par le supérieur de la Mission à garder comme reliques les vêtements, livres, etc., que Whyte avait laissés dans les montagnes. De tout cela il ne reste plus que l'exemplaire en 2 vol. in-folio, plus haut mentionné, des Commentaires de Tirinus sur l'Écriture Sainte.

L'avènement du catholique Jacques II sembla un instant devoir ouvrir aux Missionnaires une carrière plus vaste. En 1685, Jacques II les manda à Londres pour desservir sa chapelle royale comme ils faisaient celle de Versailles ; mais la révolution de 1688 ruina bientôt leurs espérances, et il leur fallut attendre un siècle et demi pour remettre la main à l'œuvre, soit en Angleterre, soit en Ecosse.

C'est par la catholique Irlande qu'ils devaient naturellement rentrer dans les Iles Britanniques. Le trait d'union, en quelque sorte, entre la Mission de saint Vincent et la Mission contemporaine en Irlande, est Edouard Ferris, né dans le comté de Kerry en 1738. Émigré en France, Ferris avait tourné ses premières vues vers l'état militaire. Mais, ayant connu quelques prêtres de la Mission, il entra dans leur Compagnie, dont il devint assistant. A Paris, grâce à sa réputation de science et de vertu, la cour et la ville le tenaient en égale estime. Après avoir vainement lutté contre le flot révolutionnaire, dont il faillit être victime, il se retira à Rome, où Pie VT l'accueillit avec honneur. La Révolution le força encore de chercher successivement asile en Suisse et en Autriche. Il était de retour à Rome en 1798, lorsque Monseigneur Troy, archevêque de Dublin et vrai fondateur du collège de Maynooth, l'invita à venir y prendre un poste. Nommé, cette même année, doyen du collège, il retourna, après quarante ans d'absence, dans sa patrie, dont il

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