‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 21 sur 122 · COMMENCEMENTS DE LA MISSION DE POLOGNE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE LA MISSION DE POLOGNE

deux filles : l'une qui fut cette célèbre Palatine dont Bossuet fera l'oraison funèbre ; l'autre, l'aînée, notre princesse Marie, appelée maintenant au trône de Pologne, après avoir manqué l'alliance de Gaston d'Orléans, et avoir été arrachée à Cinq-Mars par la main terrible de Richelieu. Elle avait alors 34 ans, et Wladislas 50. Anne d'Autriche la dota de 600,000 livres. Le mariage fut célébré d'abord à Paris, en présence de Louis XIV enfant, dans la chapelle du Palais-Royal, et l'année suivante à Krakowie, où eurent heu les cérémonies du couronnement. Les deux époux ne s'aimèrent jamais. La nouvelle reine, laissant le nom qu'avait prononcé Cinq-Mars pour ne plus s'appeler que Louise, se consola de la France en se faisant une corn- française. Un essaim de jeunes Françaises, parmi lesquelles se faisait remarquer la belle Marie-Casimire d'Arquien, la future épouse de Jean Sobieski, alors page en France, formait le cortège de ses filles d'honneur. Des jésuites français accoururent à sa suite ; et là, comme partout, ils répandirent l'étude des mathématiques, de la physique, de l'astronomie, faisant de ces sciences comme l'introduction, la préface humaine de l'Évangile. Des ingénieurs, des officiers, et même de brillants aventuriers français, se pressèrent dans cette cour, où toutes les avenues de la fortune et de la gloire leur semblaient ouvertes ; enfin les arts français, les modes françaises, s'y introduisirent aussi et en changèrent l'aspect, sinon les mœurs.

Le traité de Westphalie venait de pacifier le reste de l'Europe, lorsque commencèrent les orages qui devaient briser la malheureuse Pologne. Le premier coup partit des farouches Kosakes de l'Ukraine, qui, tyrannisés par les seigneurs, se soulevèrent à la voix de leur hetman Bogdan Chmielniçki. Ce fut pour Wladislas, qui pressentait de plus grands désastres, le coup de la mort. Aus-

sitôt Russiens, Kosakes, Tartars, profitant de l'interrègne et de l'anarchie, mettent la Pologne à feu et à sang.

Le cardinal Jean-Casimir s'était empressé, à la mort de son frère, de déposer la pourpre romaine, et il se portait pour successeur à la couronne et à la main de la veuve de Wladislas. De son côté, Louise, si romanesque, se plaisait à ce qu'il y avait de romanesque aussi dans l'excardinal ; et, d'ailleurs, le voyant faible et moins habile qu'elle-même, elle espérait régner sous son nom.

Jean-Casimir fut élu roi le 20 novembre 1648. Six mois après il épousait, avec dispense de Rome, sa helle-sœur. Pour comble de prospérité, Louise, quoique âgée de près de quarante ans, devint mère pour la première fois : elle croyait voir la perpétuité de son règne.

Déjà Vincent était en commerce et en négociations avec elle, et le 19 août 1650, il écrivait à son confesseur, l'abbé Fleur y, pour la féliciter de son accouchement : « Nous espérons, disait-il, et demandons à Dieu incessamment qu'il bénisse et sanctifie le roi et la reine, et qu'il leur donne des enfants qui fassent une tige royale qui donne des rois à la Pologne autant que le monde durera ! » Hélas ! l'enfant mourut bientôt et alla régner au ciel ; en Jean-Casimir devait s'éteindre la maison des Jagellons et des Wasa ; à lui devait commencer ce démembrement de la Pologne, si vite consommé après la mort du vaillant Sobieski.

Cependant des négociations s'étaient ouvertes entre Jean-Casimir et Bogdan : elles furent rompues par des massacres ; reprises encore et entravées de nouveau par l'orgueil des seigneurs, elles ne laissèrent plus place qu'à une guerre d'extermination. Cette fois le Kosake levait l'étendard du schisme en même temps que l'étendard de la liberté, et ce qui n'avait été qu'une sorte de Jacquerie allait devenir de plus une guerre de religion.

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