‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 22 sur 122 · COMMENCEMENTS DE LA MISSISN DE POLOGNE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE LA MISSISN DE POLOGNE

Pour tenir tête à une armée de plus de trois cent mille barbares, Casimir fit appel auxvieilles bandes allemandes que la paix de Westphalie avait laissées sans emploi. Une ambassade magnifique vint lui remettre, au nom du pape Innocent X, un casque et une épée, car, encore un coup, il s'agissait d'une guerre sainte autant que d'une guerre nationale. L'armée royale s'y prépara par les exercices du jubilé ; puis elle marcha contre l'ennemi. Sa victoire fut complète, et la lutte, qui sembla un moment finie, fut au moins suspendue.

Ce fut dans ces circonstances (1651) que se mirent en route pour la Pologne quatre Missionnaires envoyés par Vincent de Paul : Lambert-aux-Couteaux * et Desdames, prêtres ; Guillot, sous-diacre, et Casimir Zelazowski, clerc, un Polonais qui allait porter dans son pays la grâce qu'il était venu chercher à Saint-Lazare. Les quatre Missionnaires étaient accompagnés du Frère Pausny, qui les devait servir. Ils étaient porteurs de cette lettre de Vincent pour la reine, datée du 6 septembre 1651 :

« Madame, voici enfin nos Missionnaires qui se vont prosterner aux pieds de Votre Majesté sacrée, et vous offrir leurs très-humbles services. Ils ne sont que trois ou

1. Lambert était alors assistant du saint supérieur, c'est-à-dire le premier de la Compagnie après lui. Vincent néanmoins s'en priva pour cette Mission lointaine et difficile, connaissant son mérite et sa vertu, qu'il avait plus d'une fois mis à l'épreuve. Un soir, par exemple, qu'il l'avait retenu à travailler bien avant dans la nuit, il lui dit, en le quittant, de reposer le lendemain. Le lendemain matin, Lambert était le premier rendu à l'oraison. Vincent l'aperçoit, et, devant toute la communauté, y compris les frères et les jeunes séminaristes, il lui ordonne de se mettre à genoux : « Monsieur, lui dit-il, l'obéissance vaut mieux que le sacrifice. Une faute moins grande que la vôtre a failli coûter la vie à Jonathas et mettre le trouble dans l'armée des enfants d'Israël. »

quatre, Madame, bien que le dessein fût de vous en envoyer huit ou neuf. Nous avons pensé que ceux-ci suffiront pour un commencement, attendant que Votre Majesté nous fasse l'honneur de nous commander de lui en envoyer d'autres. Ils ne savent pas la langue du pays, mais, comme ils parlent latin, ils peuvent dès à présent s'occuper à élever de jeunes ecclésiastiques, tant à la piété et à l'usage des vertus qu'à toutes les autre? choses qu'ils sont obligés de savoir et de faire. Votre Majesté, Madame, leur en pourra faire avoir une douzaine pour commencer, et, au bout d'un an, ce seront des ouvriers faits que les nôtres pourront mener en Mission pour instruire les peuples de la campagne, dont la plupart ignorent les choses nécessaires à leur salut, et qui pour cela sont en danger de perdition au dire de quelques saints. Si Votre Majesté approuve ce dessein, Madame, et que le seigneur évêque, qui en agréera l'exécution dans son diocèse, fasse comme font ceux de France, qui obligent les clercs, avant que d'entrer aux ordres sacrés, de demeurer quelque temps auparavant en leurs séminaires, il ne se peut, Madame, que le vôtre ne réussisse aussi bien que ceuxlà, sans autres frais que le logement, l'ameublement et l'entretien des Missionnaires, parce que les séminaristes paieront leur pension. — Il n'y a pas longtems, Madau que nous avons des séminaires en ce royaume, et néanmoins les progrès en sont fort considérables. L'un des seigneurs évêques me fit l'honneur de m'écrire dernièrement qu'il ne se pouvait assez consoler de voir son clergé réformé par le moyen de son séminaire, établi seulement depuis huit ou dix ans et conduit par quatre prêtres de notre Compagnie. On nous dit ici des merveilles de la sainteté de vie de Monseigneur l'archevêque de Wilna. Peut-être sera-t-il bien aise, Madame, d'avoir ce saint œuvre en son diocèse, sinon que Votre Majesté

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