‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 23 sur 122 · COMMENCEMENTS DE LA MISSION DE POLOGNE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE LA MISSION DE POLOGNE

ait agréable de lui faire donner naissance à Varsovie, pour le voir cultiver et pour en mieux reconnaître l'importance et les fruits. — S'il plaît à Dieu de bénir les saintes intentions de Votre Majesté pour l'entier bonbeur de son grand royaume, lequel se peut vanter d'avoir une des meilleures reines du monde, elle ajoutera aux bénédictions que sa présence y a apportées une infinité d'autres biens, par l'avancement à la vertu de l'état ecclésiastique, par l'instruction de ses pauvres sujets, et de plus, Madame, par l'établissement d'une nouvelle et sainte religion , comme est celle des religieuses de Sainte-Marie, qui donnera moyen à d'autres filles de s'y consacrer au bon Dieu, et qui servira de remède au désordre des filles perdues, et enfin par l'assistance des pauvres malades au moyen des Filles de la Cbarité que Votre Majesté demande et qui se tiennent prêtes d'aller. Quels biens peut-on entreprendre, Madame, que ceuxlà n'embrassent ? Et quelle sorte d'état y aura-t-il dans le royaume qui ne se ressente de votre incomparable piété? »

Le départ des religieuses de Sainte-Marie, ou de la Visitation, fut retardé par l'opposition des parents, qui firent défendre juridiquement à la supérieure, par l'autorité de l'official et de l'arcbevêque de Paris, d'envoyer leurs filles à cette extrémité de l'Europe. Mais cette opposition avait été inspirée par l'arcbevêque lui-même, mécontent de ce que la reine ne se fût pas adressée directement à lui en cette circonstance, mécontent aussi des religieuses pour diverses raisons, celle-ci entr'autres, qu'elles avaient traité sans lui en parler. Or, la pensée ne leur en était même pas venue, puisque jusqu'alors il ne s'était mêlé d'aucun de leurs établissements et qu'il n'avait jamais élevé la moindre réclamation.

Nous savons cela par un post-scriptum de la lettre foui

à l'heure citée à la reine de Pologne, et par une autre lettre de Vincent à Lambert, en date du 21 juin 1652. Vincent conseillait à la reine Louise de faire lever l'opposition par l'intervention de la reine de France, et surtout en écrivant elle-même à l'archevêque ; ce qu'il répète dans sa lettre à Lambert : « Je doute fort qu'il se rétracte, si la reine ne lui en écrit en français une lettre cordiale qui le satisfasse ; et, quand elle le fera, je douterai encore qu'il se rende. Il ne faut pourtant pas laisser d'employer ce moyen, s'il plaît à Sa Majesté lui faire cet honneur. Après tout cela, j'appréhende encore l'opposition des parents des filles, quand ce viendrait au faire et au prendre. »

La reine de Pologne écrivit, en effet, à l'archevêque de Paris, qui leva son veto. Les religieuses se mirent donc en route ; puis, arrivées à Ahbeville, il y eut encore des difficultés, soulevées peut-être par les familles. Elles parvinrent cependant en Pologne vers la fin de juin 1654 K

Quant aux filles de la Charité, elles arrivèrent en Pologne dès le mois de septembre 1652. La reine en fut enchantée ; et, de leur côté, elles ne négligèrent même pas les plus petits moyens de lui être agréables. Comme cette princesse aimait beaucoup les chiens, elles lui en élevaient un dans leur maison de Paris. C'est ce que nous lisons dans le post-scriptum d'une lettre à Ozenne, du 9 avril 1655 : « Mademoiselle Le Gras a amené à notre parloir ce petit chien que l'on envoie à la reine. Il aime tellement une des sœurs de la Charité, qu'il ne regarde pas seulement les autres, ni qui que ce soit; et dès qu'elle sort la porte, il ne fait que se plaindre et n'a point de repos. Cette petite créature m'a bien donné de la confu-

1. Lettres du ï juillet 1652, des 13 février et 31 juillet 1654.

sion, voyant son unique affection pour celle qui lui donne à manger, me voyant si peu uniquement attaché à mon souverain bienfaiteur, et si peu détaché de toutes les autres choses. Vous pourrez assurer Sa Majesté que les Filles en auront un très -grand soin. »

Oppositions.

Arrivés en Pologne, les Missionnaires demeurèrent d'abord à Sokasko, près de Grodno. En 1653, la cure de Sainte-Croix de Warsowie fut unie à la Mission par renonciation du titulaire, ce que l'ordinaire approuva en 1655 •". Mais leur établissement fut d'abord et assez longtemps entravé. Pour entendre cela, il est nécessaire d'entrer en quelques détails.

Avec son caractère romanesque et aventureux, Marie de Gonzague n'avait pas manqué, en France, de donner dans les opinions nouvelles du jansénisme. Elle avait eu la pensée de se mettre sous la conduite de Saint-Gyran; mais quatre jours après il mourut, et elle assista en grande pompe à ses funérailles 2. Cependant, elle faisait partie aussi de la Compagnie des Dames de la Charité formée par Vincent de Paul. Dès lors elle se partagea entre Saint- Lazare et Port-Royal, mais, toutefois, avec un attrait particulier vers celui-ci. La mère Angélique, suivant l'habitude du parti d'accaparer les grands, s'empara d'elle. Elle lui permit, comme à la marquise de Sablé, de se faire accommoder, dans le monastère du faubourg Saint-Jacques, un petit appartement, où elle venait tous les jeudis et où elle passait quelquefois plusieurs jours de suite. D'elle, de la marquise de Sablé et de la prin-

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