TRAVAUX DES MISSIONNAIRES, ETC
seigneur et de la mienne, dont je vous remercie.
« Le bon M. Lambert, voyant la crainte que les Polonais ont de la peste, a voulu aller à Warsowie pour mettre un meilleur ordre que celui qui y était, pour le soulagement des pauvres. Je donnai ordre qu'il fût logé dans le château et dans la propre chambre du roi. J'en reçois tous les jours des nouvelles, et tous les jours je lui recommande de ne s'exposer pas au péril. Il a auprès de lui tout ce qui est nécessaire pour me venir retrouver aussitôt que l'ordre qu'il met aux choses sera bien établi, et je l'exhorte à se dépêcher pour se rendre au plus tôt auprès de moi. Sans cette maladie, qui a troublé tous nos desseins, nous eussions achevé leur établissement à Warsowie. H y a deux jours que vos Filles de Charité sont arrivées, dont je suis très-satisfaite : elles me semblent très-bonnes-filles, etc.. »
Le service des pestiférés dans la grande cité de Warsowie, tel fut donc le premier exercice auquel la Providence soumit les Missionnaires ; exercice bien plus terrible qu'on ne le soupçonnerait à la lecture de cette lettre de la reine, sans doute mal informée, ou craignant d'effrayer leur vénérable Père. Mais, par ses fils ou par d'autres, Vincent connut toute l'étendue du danger, et, à peu près en ce temps, il écrivit au supérieur de sa maison de Sedan : « Les Missionnaires de Pologne travaillent avec grande bénédiction. Je n'ai pas le loisir de vous en expliquer le détail ; je vous dirai seulement que la peste étant fort échauffée à Warsowie, qui est la ville où le roi fait sa résidence ordinaire, tous les habitants qui ont pu s'enfuir ont abandonné la ville, en laquelle, non plus que dans les autres lieux affligés de cette maladie, il n'y a presque aucun ordre, mais au contraire un désarroi étrange ; car personne n'y enterre les morts : on les laisse dans les rues où les chiens les
mangent. Dès aussitôt que quelqu'un est frappé de cette maladie dans une maison, les autres le mettent dans la rue, où il faut qu'il meure, car personne ne lui porte rien à manger. Les pauvres artisans, les pauvres serviteurs et servantes, les pauvres veuves et orphelins sont entièrement abandonnés ; ils ne trouvent ni à travailler, ni à qui demander du pain, parce que tous les riches s'en sont fuis. Ce fut dans cette désolation que M. Lambert fut envoyé en cette grande ville pour remédier à toutes ces misères. En effet, il y a pourvu, par la grâce de Dieu, faisant enterrer les morts et porter les malades ainsi délaissés en des lieux propres pour être secourus et assistés pour le corps et pour l'âme ; ce qu'il a fait aussi à l'égard des pauvres qui étaient atteints de maladies non contagieuses. Et enfin, ayantfait préparer trois ou quatre maisons différentes et séparées les unes des autres, comme autant d'hospices ou d'hôpitaux, il y a fait retirer et loger tous les autres pauvres qui n'étaient point malades, les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre, où ils sont assistés des aumônes et bienfaits de la reine. »
A peine Lambert avait-il rétabli l'ordre à Warsowie, que la reine, qui suivait Casimir en Litvanie, où le tzar Alexis avait réuni une immense armée, voulut qu'il l'accompagnât. Malgré les soins dont l'entoura la reine, il succomba bientôt aux suites de ses fatigues de Warsowie et à ses fatigues nouvelles : il mourut le 31 janvier 1653. L'abbé Fleury, la reine elle-même, en écrivirent à Vincent des lettres pleines d'éloges et de douleur. Pour Vincent, en apprenant la mort d'un ami si cher, d'un Missionnaire si précieux, il fut d'autant plus abattu qu'il apprenait en même temps la mort du supérieur d' Annecy . Dès qu'il se fut un peu relevé pour respirer du côté du ciel, il écrivit sur l'un et sur l'autre à toutes ses maisons