III. g
des choses ! dans le même temps, le grand-visir Kiuperli Ogli, inquiet des conquêtes du tzar, se rapprochait delà Pologne et ordonnait au nouveau kan de Grimée de marcher à son secours. Et, en effet, Jean Sobieski, revenu de France pour défendre sa patrie, reçut le commandement d'un corps nombreux de ces Tatars qu'il devait combattre quelques années après, alors qu'ils auraient à leur tête le grand-visir Kiuperli lui-même !
Cependant Charles-Gustave s'avançait terrible, inexorable, repoussant toute négociation, toute prière, avec l'orgueil intraitable d'un chef de branche cadette et féminine. Il était à la tête d'une armée de soixante mille Suédois, et avait pour lieutenants les héros de la guerre de Trente ans, ou leurs fils et leurs émules. C'était le protestantisme qui marchait contre la catholique Pologne, en même temps qu'elle était attaquée par le Moskowite au nom du schisme grec, et malheureusement des partis dans son sein répondaient à l'appel du schisme et de l'hérésie.
Guerre religieuse, on le voit encore, autant que guerre de liberté, de conquête ou de race ; ce qui, avec la reconnaissance du bienfait, l'amour inquiet de la paternité, explique les lettres écrites par Vincent à cette époque au sujet des malheurs de la Pologne et de ses souverains.
A la nouvelle de l'invasion des Suédois, dans l'incertitude des événements, il fit écrire au résident de France en Suède pour réclamer protection en faveur des religieuses de Sainte-Marie, des Filles de la Charité et des Missionnaires de Warsowie. Le même jour, il écrivit à Rome pour retenir Berthe et quelques Filles de la Charité qui se rendaient en Pologne. Mais Berthe était déjà parti. Il les accompagna au moins, avec « toute la bande de ses douleurs et de ses souhaits, » à Krakowie, où la
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Mission se dut retirer *. Puis c'étaient des vœux ardents, des espérances fondées sur la piété du roi et de la reine et sur l'amour de Dieu pour son Église ; c'était un redoublement de prières et de mortifications à Saint-Lazare en faveur de ce malheureux pays. Dans la répétition d'oraison du 24 août 1655, à propos du grand roi saint Louis, il demanda avec plus d'instance les prières des siens pour les souverains de la Pologne. ■ Hier, dit-il, j'ai reçu des nouvelles qui m'ont extrêmement affligé, et qui vous doivent glacer le cœur d'affliction en même temps que je vous en parle. Je sens mon cœur froid, ô Sauveur ! J'en ai le cœur froid, j'en suis tout transi, je ne sais si je vous le pourrai dire. » Et il parla de la double invasion des Suédois et des Moscowites : « Ces grosses nuées qui grondaient, jetaient les frayeurs par tout ce pauvre royaume, sont venues fondre dessus. » Pour comble de malheur, deux palatins étaient passés à l'ennemi; ainsi : * Division en dedans, et guerre au dehors.... Prions Dieu pour la conservation du roi, un si bon prince, si amateur de la véritable religion ! Mortifions-nous pour cela, mortifions-nous pour entrer dans l'esprit de pénitence. Nous y sommes particulièrement obligés : il a tant de bonté, tant de bonté pour la petite Compagnie !Oh ! assistons-le de nos prières ! Et la reine, y a-t-il une meilleure princesse au reste du monde,
1. Lettres des 27 août et 24 septembre 1S55. — C'e6t à cette occasion qu'il écrivit à l'un de ses piètres [22 avril 1655) : « Vous me dites que le roi et la reine s'en vont à Krakowie, et qu'il est à propos que quelques-uns des nôtres s'y trouvent pour tenter quelque établissement Or, je vous dirai à cela, Monsieur, que la Compagnie a pour maxime inviolable de ne jamais solliciter aucun établissement, etque, jusqu'à ce jour, elle l'a ainsi pratiqué, parla grâce de Dieu,., et si elle m'en croit, elle en usera toujours de la sorte. Quel bonheur, Monsieur, d'être aux lieux où Dieu veut et quel malheur de nous établir ou Dieu ne nous appelle pas ! »
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qui ait plus de zèle pour la piété ? Ah ! vous le savez, Messieurs, mais vous ne savez rien en comparaison, non-seulement les charités qu'elle exerce en notre endroit, aux Filles de Sainte-Marie; tant d'autres envers les missions dans les pays étrangers, jusque dans la Perse !... Quel zèle pour l'accroissement de la foi !... Je vous supplie de prier beaucoup... Nous y sommes obligés par reconnaissance, comme par sentiment de religion. Ce sont nos bienfaiteurs ! L'ingratitude est tant haïe de Dieu ! Soyons reconnaissants ! 0 Sauveur ! ô Messieurs ! Je vous supplie, le long du jour, quand vous vous en souviendrez, de faire quelque petite élévation à Dieu, pour lui demander secours pour le bien de ce royaume... Prions! L'on a vu des royaumes beaucoup plus bas qui se sont relevés par l'assistance que Dieu leur a donnée. La France elle-même a été dans de plus grandes extrémités *. »
Encore une fois, dans toutes les conférences de Vincent, dans toutes ses lettres, lettres de toutes les semaines, on sent le contre-coup de tous les maux de la Pologne, en entend l'écho de tous les événements, succès et revers, qui s'y accomplissent, mais écho intelligent et sensible, animé surtout parla foi. L'inquiétude pour la Pologne catholique, menacée par la Suède protestante, dominait tout dans son cœur, même sa tendresse, cependant si vive, pour ses Missionnaires. Ceux-ci, de leur coté, lui écrivaient fort souvent. La seule suscription de leurs lettres le remplissait de joie, et le dedans, quand ils annonçaient quelque bonne nouvelle, l'en comblait ; cette joie, il la versait sur toute la Compagnie par le canal des conférences ou de sa correspondance avec ses maisons *.