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à lui pour transporter ailleurs, s'il faut ainsi parler, les restes de son Église, et d'autres pour défendre et pour garder ici ce peu qui reste ! 0 Sauveur ! quelle joie recevez-vous de voir de tels serviteurs et une telle ferveur, pour "tenir bon et pour défendre ce qui vous reste ici, pendant que les autres vont pour vous acquérir de nouvelles terres ! 0 Messieurs, quel sujet de joie ! Vous voyez que les conquérants laissent une partie de leurs troupes pour garder ce qu'ils possèdent, et envoient l'autre pour acquérir de nouvelles places et étendre leur empire. C'est ainsi que nous devons faire : maintenir ici courageusement les possessions de l'Église et les intérêts de Jésus- Christ, et, avec cela, travailler sans cesse à lui faire de nouvelles conquêtes et à le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés. »
Ici Vincent rappelle l'opinion rapportée plus haut, de Saint-Cyran, qui voulait travailler à détruire une Église, condamnée , disait-il, par Dieu même. Mais , au contraire, la volonté de Dieu est que nous travaillions pour la défendre. « Que si jusqu'à présent, conclut le saint, nos efforts semblent avoir été inutiles à cause de nos péchés, au moins par l'effet qui en paraît, il ne faut pas désister pour cela, mais, en nous humiliant profondément, continuer nos jeûnes, nos communions et nos oraisons avec tous les bons serviteurs de Dieu qui prient incessamnent pour le même sujet; et nous devons espérer qu'enfin Dieu, par sa grande miséricorde, se laissera fléchir et nous exaucera. Humilions-nous donc autant que nous pourrons en vue de nos péchés ; mais ayons confiance, et grande confiance en Dieu, qui veut que nous continuions de plus en plus à le prier pour ce pauvre royaume de Pologne si désolé, et que nous reconnaissions que tout dépend de lui et de sa grâce. »
Jours meilleurs. — La Mission de Pologne jusqu'à nos jours.
Ainsi Vincent parlait toujours aux siens pendant ces fatales années, et cela deux ou trois fois par semaine, à la fin de l'oraison ou des conférences, ne craignant pas de se répéter, car la prière, la douleur, tous les forts sentiments de l'âme n'ont qu'un même langage. Ainsi il parlait au dehors, dans toutes les assemblées, tâchant de gagner tout le monde à la cause de la Pologne, de lui procurer des défenseurs et des ressources. On a encore de lui une lettre à mots couverts, écrite le 7 avril 1657, à l'aumônier de madame de Longueville : «c Ce serait, y dit-il, le fait d'un grand seigneur vraiment chrétien, tel qu'est le parent (le duc de Longueville) de cette dame affligée (la reine de Pologne), de leur prêter les mains dans cette persécution. J'ai su que pour les prêts, 30,000 livres leur viendraient fort à propos pour leur avoir des officiers, qui est leur plus pressant besoin. Je ne vois rien au monde de si digne de la magnificence et générosité de ce prince (le duc de Longueville), qu'un secours tant utile et tant opportun. »
Bientôt la France vit les périls de son alliance avec la Suède, et Mazarin intervint auprès d'Alexis. Mais, abandonné des Moskowites, Charles -Gustave se rejeta sur le calviniste Georges Rakocy, prince de Transylvanie. Il s'avança de Warsowie au-devant de son nouvel allié, et tous deux rentrèrent dans cette capitale, qu'ils traitèrent en ville prise d'assaut. Les deux Missionnaires Desdames et Duperray eurent beaucoup à souffrir. « On me mande de Pologne, écrivait Vincent à Get, supérieur de Marseille, le 31 août 1657, que le bon M. Desdames a dere-
chef tout perdu à Warsowie, lequel a été de nouveau assiégé et pillé par les Suédois, et puis abandonné. La fermeté de ce bon Missionnaire est admirable, n'ayant voulu quitter son poste ni pour la guerre, ni pour la peste, ni pour la pauvreté, ni pour tout cela ensemble, quoiqu'il en ait été attaqué diverses fois, et que la reine l'ait invité de s'en retirer. C'est elle-même qui me le mande par une lettre expresse écrite de sa main, où elle témoigne en être grandement édifiée. Elle l'est aussi beaucoup de la vertu de M. Duperray '. »
A cette date, Desdames n'était plus pourtant dans Warsowie, car il écrivait à son supérieur Ozenne, le 6 juillet précédent : « Dieu m'a fait la grâce de m'échapper la vie sauve et les habits que j'avais sur moi, c'est-àdire la soutane et casaque que vous m'avez envoyée ; tout le reste pillé dans la ville par les Suédois... Mais Dieu soit béni que je n'aie pas pire, et que ces tigres ne m'ont pas trouvé à Sainte-Croix à leur arrivée ! Dieu m'inspira bien, que ce même jour je m'étais retiré le matin à la ville de Connart. Donc ils arrivent sur le midi, contre l'avis de ceux par qui je me gouvernais , qui me conseillaient de ne me point presser, me donnant toute assurance qu'il n'y avait rien à craindre. Mais le cœur m'en disait autrement, ainsi que l'effet montra. »
Cette dernière guerre fut désastreuse pour la Mission de Pologne. Elle lui ruina trois maisons à Warsovie, et cinq en une terre. « Ce dégât est notable, écrivit Vincent (7 décembre 1657), mais il n'était pas juste que vous fussiez exempts de l'affliction publique, et Dieu, qui l'a permise, aura la bonté, s'il lui plaît, de rétablir ces pertes en leur temps. » La guerre avait aussi renvoyé en France
1. Voir encore lettres à Jolly, à Rome, de? 31 août et 9 septembre
JOURS MEILLEURS, ETC. il3
Guillot, Esveillar, Durand et Simon, c'est-à-dire la plupart des premiers Missionnaires de Pologne. La reine les redemanda en 1656 pour les établir à Krakowie qui venait d'être réduite au roi, mais ils ne purent tous y retourner '.
Les trois qui étaient restés en Pologne, Ozenne, Desdames et Duperray, depuis longtemps séparés, purent enfin se réunir. L'Autriche, la Hollande , le Danemark s'étaient tournés contre la Suède, et Charles-Gustave, abandonné de ses alliés, attaqué par la coalition, s'était échappé en quelque sorte de Warsowie pour courir à la défense de ses Etats menacés. En quelques semaines, la Pologne se voyait débarrassée des armées étrangères, et Vincent écrivit à ses trois prêtres, le 22 octobre 1657 : « Je veux croire que cette lettre vous trouvera réunis à Warsowie après avoir été si longtemps séparés. Si j'en étais certain, j'en aurais une joie incomparable, et déjà cette espérance me console fort. Voilà comme Dieu fait pour l'ordinaire : il divise et puis il rejoint, il éloigne et puis il rapproche, il ôte et puis il rend enfin, il détruit et rétablit, en sorte qu'il ne laisse rien de permanent en cette vie, ni personne qui demeure toujours en un même état. »
Les trois Missionnaires se réunirent, en effet, quand le roi et la reine rentrèrent à Warsowie, mais ce fut pour peu de temps. Une donation venait de permettre un établissement à Krakovie, où Vincent se disposait à envoyer « quelque jeunesse pour la former », dès que les circonstances le permettraient. En attendant, Ozenne et Duperray allèrent en prendre la direction, pendant que Desdames restait seul à Warsowie chargé de la paroisse de Sainte-Croix. Puis la mort frappa Ozenne, le J4 août