‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 36 sur 122 · Répét. d'or, du 30 août · texte numérisé non relu

Répét. d'or, du 30 août

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des uns et des autres, et pouvoir suffire à leur service. Il avait aussi fait construire une église plus vaste pour contenir les nombreux néophytes, une grande case pour les catéchismes, et une autre pour servir d'hôpital, en attendant des Filles de la Charité qu'il espérait voir un jour le remplacer auprès des malades, dont, en attendant, il devait être, comme tous ses confrères, le médecin, l'infirmier en même temps que le directeur spirituel. Comptant sur de nouveaux Missionnaires, il avait commencé un séminaire avec cinq jeunes enfants qui pourraient devenir un jour de bons prêtres, capables de convertir leurs compatriotes. Pendant que Dufour et Prévost étaient avec lui, il avait eu la pensée de laisser l'un d'eux au Fort-Dauphin, et de parcourir les villages, restant huit ou dix jours en chacun, jusqu'à ce qu'un Malgache sût assez prier Dieu pour l'apprendre aux autres. Par là il aurait satisfait à l'empressement des pauvres nègres qui l'appelaient de toutes parts.

Dans le même temps et dans le même dessein, quatre jeunes nègres de Madagascar, amenés en 1655 par Fiacourt, étaient élevés à Saint-Lazare. Trois d'entre eux avaient été baptisés petits par Nacquart ; mais, abandonnés ensuite pendant plusieurs années, ils avaient perdu presque toute connaissance de Dieu et toute pratique religieuse. L'aîné des quatre ne fut baptisé qu'à Paris et eut pour parrain Louis XIV. Rien à la fois de touchant et de sublime comme les recommandations de saint Vincent de Paul au sujet de ces quatre jeunes Malgaches. C'est dans ses discours qu'il faut voir ce que la foi inspire de respect pour la dignité humaine, même enfouie sous les ombres de la barbarie et dégradée jusqu'à une sorte de bestialité. « Je recommande aux prières de la Compagnie, disait-il aux siens, ces quatre petits nègres qui en ont bien besoiu, afin qu'il plaise à Dieu

se faire connaître à eux, et nous suggère ce qu'il faut que nous fassions pour leur salut. Si nous avions ici un ange entre nous, il faudrait l'employer à l'instruction de ces pauvres nègres que la Providence de Dieu nous a envoyés, et son temps serait très-bien employé... Quatre personnes du pays bien instruites, avec deux de nos messieurs, qu'est-ce qu'ils ne pourraient pas faire ? Quatre sont capables de convertir les Indes ; un qui aurait en soi le Fils de Dieu, un seul porteur de l'esprit de Dieu!... Traitons-les donc avec le plus de respect, de douceur et de modération que nous pourrons. Gardons-nous bien de nous en moquer, à Dieu ne plaise ! Instruisons-les par notre exemple, autant et plus qu'autrement, tâchant de leur donner en la modestie qu'ils nous verront tenir de bons sentiments de Dieu et de notre religion, afin qu'à notre imitation ils soient portés à servir Dieu, et que, quand ils seront en leur pays, ils puissent rapporter qu'il est vrai ce qu'on leur a dit touchant le christianisme. Et s'ils nous voient autremeut, que diront-ils de nous ? Quelle opinion auront-ils de notre religion, et qu'en pourront-ils dire aux autres?... Prions Dieu pour eux. Messieurs les prêtres, je vous conjure de vous en souvenir dans votre sacrifice, et vous, mes frères, de communier à cette intention, et de faire tous les jours quelques prières pour cela. Quand nous les verrons, élevons notre esprit à Dieu, et le prions qu'il bénisse ces petites plantes, afin qu'ils croissent dans son amour. Faisons quelques sacrifices, quelques mortifications, quelques disciplines pour cela ; oui, quelques disciplines nous ne saurions avoir de meilleures intentions que le salut d'une âme, et Dieu a souffert tant de coups de fouet pour cela ! Et il souffrirait en<->re la mort pour l'âme du moindre de ces enfants ! Oh ! Messieurs, nos mortifications ne sauraient être mieux employées qu'à cette fin.

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Offrons-les à Dieu, je vous en conjure, pour le salut de ces pauvres âmes *. »

Pendant que ces enseignements retentissaient à Saint- Lazare, Bourdaise, que l'esprit de Dieu instruisait directement, s'en montraic le disciple fidèle. Forcé de se restreindre, il dut concentrer son action. Il avait encore beaucoup à faire. Il était accablé de gens qui venaient apprendre à prier. Il les réunissait à l'église, et ces voix discordantes d'hommes et de femmes, déjeunes et de vieux, de pauvres et de riches, unis en la foi d'un même Dieu, formaient à ses oreilles le plus doux concert. Les baptêmes, les mariages, se multipliaient. Les cérémonies des funérailles chrétiennes, surtout quand elles s'appliquaient à des Dians baptisés, frappaient les nègres. Ils accouraient en foule pour voir mettre en terre ceux que naguère ils regardaient comme des dieux. Ils admiraient la religion catholique pour la sainte égalité qu'elle pratique à la mort, et pour la charité qui la porte à accorder les derniers honneurs à ceux qui hier, avant leur baptême, ne lui voulaient que du mal.

Un peu de thériaque, un onguent administré à propos, une opération heureuse, c'en était assez pour décréditer l'ombiasse et les oûlis, et attirer au Missionnaire. Du reste, Bourdaise ne négligeait pas les ombiasses eux-mêmes, et il tâchait de convertir ceux qui, par leur réputation de science ou leurs prétendues divinations, avaient plus de crédit sur ces peuples.

En somme, l'œuvre de Dieu se faisait, et, malgré le profond sentiment de son néant, Bourdaise osait se dire : Si je venais à manquer, que deviendrait cette pauvre Eglise ? « Dieu, qui me fait voir cette extrémité, écri-

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