‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 4 sur 122 · Lettres à Jolly, des 21 et 28 décembre · texte numérisé non relu

Lettres à Jolly, des 21 et 28 décembre

?. Lettres au même des 19 juillet, 9 août, le' et G septembre 1658.

MISSION DE ROME. il

demeurer là, écrivit alors Vincent, si Dieu, par quelque rencontre d'affaires, n'en dispose autrement. Nous aurons grand tort, si nous ne faisons valoir le bonheur que nous avons de delà detre semblables à Notre-Seigneur, quand il disait n'avoir pas un lieu pour ge reposer. Ce n'est pas une petite humiliation d'être logés pauvrement et chez autrui dans une grande ville qui ne fait état que des communautés bien établies. Mais aussi devons-nous aimer d'être inconnus et délaissés, tant qu'il plaira à Dieu de nous tenir dans cet état, et peut-être que Dieu se servira de cet amour de notre abjection, si nous l'avons, pour nous loger avec avantage. Oh ! s'il plaisait à Dieu d'établir en nous ce fondement, nous aurions bien sujet d'espérer que notre maison serait ensuite une maison de paix et de bénédiction. » Et huit jours après, il écrivait dans un langage plus sublime encore : « Pouvons-nous être mieux ni plus agréablement pour Dieu que de nous tenir en la posture qu'il nous demande ? pourvu qu'en effet nous nous y tenions volontiers par soumission à sa conduite, reconnaissant que nous sommes indignes d'un poste plus avantageux, et que même celui que nous avons surpasse notre mérite, et est plus convenable aux desseins que Dieu a sur nous, qui ne devons avoir de demeure stable si nous sommes faits pour aller, ni de maison propre si nous voulons suivre Notre-Seigneur qui n'en a pas eu. Si nous n'aimons l'humiliation tandis que Dieu nous donne occasion de la pratiquer, comment la rechercherons-nous étant placés honorablement? Tenons-nous bas et soyons bien aises d'être pauvres, parce que le monde, nous voyant ainsi avilis, nous en méprisera. Ce sera alors que nous commencerons d'être vrais disciples de Notre-Seigneur. « Bienheureux les pauvres d'esprit, dit l'Évangile de ce jour, parce que le royaume des cieux est à eux ! » C'est

dune là qu'il seront logés. Ne voilà pas un beau logement pour nous? O mon Dieu, faites-nous la grâce de préférer les moyens qui nous y conduisent à toutes les prétentions et les commodités de la terre ! Laissons -le faire, et ne doutez pas que tout n'aille bien pour vos emplois aussi bien que pour vos personnes '. »

Plusieurs mois encore, le saint dut entretenir ses prêtres dans ces sentiments d'abnégation et de confiance en Dieu : « Il ne faut s'étonner si on ne vous parle plus de vous donner une maison, parce que c'est une affaire de Dieu qui fera cela par des manières imprévues et des moyens extraordinaires, et peut-être quand nous n'y penserons point... Si on avait jamais ouï ou vu une personne servir Dieu et se confier à sa bonté, manquer des choses convenables à son état, nous aurions quelque sujet de nous empresser pour nos besoins ; mais nous n'avons qu'à les commettre à sa Providence, nous rendre fidèles à nos obligations, et tenir pour assuré que, tôt ou tard, Dieu pourvoira à ce qu'il sait nous être nécessaire pour les desseins qu'il a sur nous. Qu'avons-nous à faire autre chose ? i »

Ce désintéressement et cet abandon méritaient leur récompense. Au moment même où le saint écrivait cette lettre, le cardinal Bagni, ancien nonce en France, offrait à la Compagnie sa maison, située dans un des meilleurs quartiers de Rome, à un prix beaucoup au-dessous de sa valeur, et le cardinal Durazzo, archevêque de Gênes, donnait une forte aumône pour aider à le payer. Le 12 septembre 1659, le saint écrivit aux deux cardinaux, et leur témoigna en termes touchants sa pieuse reconnaissance. En même temps il remerciait Dieu et le priait de

1. Lettres a Jolly des 25 octobre et 1er novembre 1658. 'Z. Lettre à Joli V, du y mai 1659.

MISSION DE ROMK. 13.

répandre ses bénédictions sur la maison nouvelle et sur ses habitants *. C'est la maison — mais deuuis entièrement rebâtie — qu'occupe encore aujourd'hui la Compagnie à Monte-Citorio. Elle n'avait pas attendu que Dieu lui donnât un domicile propre pour se mettre à . son service, et embrasser tous les emplois de l'Institut.

Elle avait commencé, vers 1638, par des missions dans la campagne romaine. On connaît la campagne romaine, sa solitude peuplée seulement de souvenirs, ou, pendant l'hiver, des troupeaux que l'on conduit dans ses abondants pâturages. Sans demeure fixe, les pâtres y mènent une vie toute primitive et nomade. Ils errent tout le jour, et, le soir, après avoir parqué leurs troupeaux, ils s'entassent dix ou douze dans des cabanes mobiles. Sans Dieu et sans loi, au moins pendant six mois de l'année, sans secours religieux, ils partagent, à tous égards, la vie bestiale de leurs troupeaux : tout va bien pour eux quand le troupeau va bien .

C'est à cette espèce d'hommes que Le Breton el les premiers Missionnaires de Vincent voulurent, sur son ordre, consacrer les prémices de leur apostolat en Italie. Comment les atteindre et les assembler ? C'était impossible le jour ; mais, le soir, ne pouvait-on pas faire autant de missions que de cabanes ? Ils le tentèrent. « Nous ne vous demandons rien, dirent-ils aux pâtres ; nous ne voulons que vous rendre service. Trouvez bon que nous ' passions la nuit auprès de vous, car nous avons à vous entretenir de votre plus grande affaire, de votre salut ; éternel ; du reste, nous prendrons le moins possible sur ' votre sommeil. »

La proposition acceptée, les prêtres ouvrirent aussitôt leur singulière mission. Pendant que ces pauvres gens

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