‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 44 sur 122 · MISSIONS DE BOURBON ET DE I/ÎLE DE FRANCE · texte numérisé non relu

MISSIONS DE BOURBON ET DE I/ÎLE DE FRANCE

près de tout ce qui était nécessaire au culte. Les presbytères étaient aussi pauvres que les églises. Les Missionnaires se logèrent où ils purent, en attendant que la Compagnie remplît ses engagements. Mais, plaintes et représentations de leur part, tout fut inutile. La Compagnie songeait moins à bâtir des églises et des presbytères qu'à sa fortune. Les habitants et les Missionnaires durent pourvoir à tout. Non-seulement frustrés dans leurs légitimes espérances, mais encore vexés en toute manière par les agents de la Compagnie, les Missionnaires s'adressèrent au roi, par l'intermédiaire du cardinal de Fleury, sur l'inexécution du traité de 1712, et, comme ils n'obtenaient pas justice, leur supérieur général Bonnet leur donna ordre, en 1737, de revenir en France. Mais Couty, son successeur, se prêta, l'année suivante, à un arrangement avec la Compagnie. Les cures des deux îles de Bourbon et de France — la colonie de l'île de France avait été fondée en 1721, et deux Missionnaires y avaient été envoyés — étaient annexées à la Mission, ce qui fut ratifié, en 1740, par Benoît XIV. Pour en finir plus vite, Criais, supérieur de la Mission et vicaire-général de l'archevêque de Paris f, institué par Benoît XIV commissaire apostolique pour ces contrées, se chargea de la construction des églises et des presbytères, à des conditions exprimées dans un acte de 1744, conditions tellement avantageuses à la Compagnie, que le gouverneur La Bourdonnaye se vantait de lui avoir épargné plusieurs millions â.

Il y avait alors six cures à Bourbon et deux à l'île de France, qui plus tard s'élevèrent au nombre de seize.

1. Le Pape avait conféré à l'archevêque de Paris juridiction sur toutes les colonies françaises.

2. Arch. de l'Etat, S. 6917 et M. 171. Voir aussi les archives de la Mission,

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Elles lurent toujours occupées pur les prêtres de la Mission. Mais il faut remarquer que les Missionnaires, entravés de toutes les façons dans l'exercice de leur ministère, sans action possible sur des colonies qui étaient comme la sentine de la France, ne s'y maintenaient que dans l'espoir de rentrer à Madagascar et de reprendre l'œuvre fondée par leur bienheureux père. Ces îles n'étaient pour eux que des postes avancés, que des camps de réserve, d'où ils se disposaient toujours à s'élancer sur les traces de leurs devanciers. Nous avons sous les yeux un Mémoire1 rédigé par l'un d'eux, Caulier, en 1774, et remis à l'évêque de Cérame le 3 février 1775, dans lequel ce Missionnaire énumère les causes de l'insuccès des précédentes entreprises à Madagascar : intempérie du climat, défaut ou distance trop grande des secours indispensables, dépenses excessives, mauvais choix du Fort-Dauphin, et indique les moyens de les reprendre avec chances de réussite. Or, le Missionnaire examine avant tout la question au point de vue religieux. Dans le traité de 1712 entre Bonnet et la Compagnie des Indes, il était insinué que de Bourbon les Missionnaires pourraient toujours repasser à Madagascar. Même insinuation dans un bref rendu par Clément XI à cette occasion. Et, en effet, les premiers Missionnaires de Bourbon entamèrent la conversion des Malgaches dans la personne des esclaves de leur île transportés dans les colonies françaises. Mais comme ceux-ci ne retournaient jamais dans leur pays, ils ne pouvaient y reporter la foi, et Madagascar restait toujours barbare et infidèle.

C'était donc à Madagascar même qu'il fallait transporter la Mission, ce qui paraissait moins difficile à Caulier, à la date de son Mémoire, qu'au temps de saint

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