‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 55 sur 122 · I Tim., v · texte numérisé non relu

I Tim., v

pour lui donner une part plus abondante de la charité du Sauveur, un conseiller, un protecteur, un guide, et aussi un viatique plus riche que les aumônes qu'elle emportait avec elle.

Son premier voyage avait pour but Montmirail, dans le diocèse de Soissons, terre de la famille de Gondi. Nous savons comment se passa celui-ci par tous les autres qu'elle fit dans la suite. Accompagnée de quelques femmes pieuses, notamment des demoiselles Dufaï, Du Fresne et Guérin, qui s'associaient à son charitable apostolat, elle faisait la route dans de mauvais coches, logeait et couchait dans de mauvaises hôtelleries, pour se rendre plus sensible à la misère des pauvres en la partageant. Elle portait avec elle une grande provision de linge et toute une pharmacie ; aumônes, frais de route, tout se faisait à ses dépens. Arrivée dans un village, elle commençait par obtenir l'agrément du curé, faute duquel elle passait immédiatement à un autre ; puis, elle assemblait les femmes de la confrérie, les instruisait, les encourageait, tâchait d'augmenter leur nombre ; en un mot, remettait tout, personnes et choses, dans l'état et dans l'esprit où le saint fondateur l'avait établi.

Pour prêcher aussi d'exemple, elle remplissait de ses dons le trésor des pauvres trop souvent épuisé ; surtout, elle se montrait charitable moins encore de ses biens que de sa personne. Elle visitait et servait elle-même les malades, rassemblait les petites filles pour leur enseigner les éléments de la foi, formait la maîtresse d'école à son office, et ne quittait le poste qu'après avoir pourvu à toutes les nécessités des pauvres et des petits.

De retour à Paris, elle se reposait en visitant de même le? Charités des paroisses, dont elle multipliait encore le nombre. Ainsi, en 1630, elle en forma une sur sa pa-

roisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qu'elle inaugura par un acte d'héroïsme. Une fille étant malade de la peste, elle ne craignit pas de la visiter plusieurs fois au péril de sa propre vie. Aussitôt Vincent de Paul s'empressa de lui écrire : « Je vous avoue, Mademoiselle, que d'abord cela m'a si fort attendri le cœur, que, s'il n'eût été nuit, je fusse parti à l'heure même pour vous aller voir. Mais la bonté de Dieu sur les personnes qui se donnent à lui pour le service des pauvres dans la confrérie de la Charité, en laquelle jusques à présent aucune n'a été frappée de la peste, me fait avoir une très-parfaite confiance en lui que vous n'en aurez point de mal. Groiriez-vous, Mademoiselle, que non-seulement je visitai M. le sous-prieur de Saint-Lazare qui mourut de la peste, mais même que je sentis son haleine ? Et néanmoins, ni moi, ni nos gens qui l'assistèrent jusqu'à l'extrémité, n'en avons point eu de mal. Non, Mademoiselle, ne craignez point, Notre-Seigneur veut se servir de vous pour quelque chose qui regarde sa gloire, et j'estime qu'il vous conservera pour cela. »

Dieu la conserva, en effet ; elle sortit de ce danger comme le soldat du champ de bataille, plus brave et plus généreuse. Aussitôt elle reprit ses voyages charitables, et visita successivement les confréries de Saint-Gloud, de Villepreux, de Villiers-le-Bel, de Beau vais, etc. Bien portante, Vincent louait Dieu de la santé qu'il lui donnait pour le salut de tant de personnes , malade, il lui écrivait : « Votre cœur, Mademoiselle, n'est-il pas bien réjoui de voir qu'il a été trouvé digne devant Dieu de souffrir en le servant? Certes, vous lui en devez un remercîment particulier. Faites votre possible pour en faire un bon usage, et lui en demandez la grâce. » Cependant, il l'engageait toujours à ménager sa santé pour l'amour de Noire-Seigneur et de ses pauvres mem-

bregy n'étant plus, lui disait-il. « une personne particulière , mais une à la conservation de laquelle plusieurs étaient intéressés. » Et il lui écrivait alors : « Faites votre pussible pour vous bien porter. Je ne puis vous dire combien le pauvre peuple a besoin que vous

viviez longtemps Prenez garde de n'en pas faire

trop. C'est une ruse du diable, dont il trompe les bonnes âmes, que de les inciter à faire plus qu elles ne peuvent, afin qu'elles ne puissent rien faire, et l'esprit de Dieu incite doucement à faire le bien que raisonnablement l'on peut faire, afin que l'on le f;:sse persévéramment et longuement. Faites donc ainsi, Mademoiselle, et vous agirez selon l'esprit de Dieu*. » — Et, une autre fois, il lui écrivait encore : « Il me semble que vous êtes meurtrière de vous-même, par le peu de soin que vous avez de votre santé. Soyez bien gaie, je vous en supplie. Ob ! que les personnes de bonne volonté en ont grand sujet ! J'ai de la peine de ce que vous me mandez. 0 Jésus ! Mademoiselle; il n'est pas temps (de mourir) ! Seigneur Dieu ! vous faites trop de besoin au monde ! au nom de Dieu, faites votre possible pour vous bien porter, et traitez-vous mieux. »

Mais il la prémunissait contre les atteintes de la vanité bien plus que contre les dangers de la maladie, quand il apprenait les bonneurs qu'on avait rendus à sa vertu : « Unissez votre esprit aux moqueries, aux mépris et au mauvais traitement que le Fils de Dieu a soufferts. Lorsque vous serez estimée et bonorée, ayez, Mademoiselle, un esprit vraiment humble et humilié autant dans les honneurs que dans les mépris; et faites comme la mouche à miel, qui fait son miel aussi bien delà rosée qui tombe sur l'absinthe que de celle qui tombe

Page 1