STATUTS ET RÈGLEMENTS DE LA COMPAGNIE
« Et afin que, servant les pauvres, elles ne s'oublient pas elles-mêmes, et que la charité qu'elles exercent en leur endroit soit bien ordonnée, et qu'elles en puissent recevoir les récompenses que Notre-Seigneur leur promet en ce monde et en l'autre, elles auront un soin particulier de se maintenir toujours en état de grâce avec l'aide de Dieu, et pour cet effet elles détesteront et fuiront le péché mortel plus que le démon, et se garderont même, moyennant la grâce de Dieu, d'en faire aucun véniel à leur escient, particulièrement en tout ce qui regarde la chasteté, usant de toutes les précautions possibles pour la conserver.
« Feront leur possible de s'ajuster à l'emploi de la journée qui a été pratiqué jusqu'à présent, nommément pour les heures du lever et du coucher, de l'oraison, des examens tant particuliers que généraux, des lectures spirituelles, confessions et communions, et du silence, notamment avant l'oraison du matin.
« Elles auront soin aussi de garder l'uniformité, autant qu'elles le pourront, à l'égard du vivre, du vêtir, du parler, du service des pauvres, et particulièrement de leur coiffure.
« Si elles épargnent de l'argent, elles le mettront en la bourse commune, qui leur servira pour leur fournir les habits et autres nécessités quand il sera temps.
« Et pour mieux honorer Notre-Seigneur leur patron, elles auront en toutes leurs actions une droite intention de lui plaire, et tâcheront de conformer leur vie à la sienne, particulièrement en sa pauvreté, son humilité, sa douceur, sa simplicité et sobriété.
Et pour obvier à beaucoup d'inconvénients, elles ne "recevront rien de personne et ne donneront aucune chose à qui que ce soit, sans en donner avis à la supérieure. Elles ne feront aucune visite hors celle des malades, et ne souf-
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friront point qu'on en fasse chez elles, particulièrement
les hommes, lesquels elles ne souffriront entrer dans leurs chambres.
« Allant par la rue, elles marcheront modestement et la viip basse, ne s'arrêteront pour parler à personne, particulièrement de divers sexe, s'il n'y a grande nécessité, et encore faudra-t-il qu'elles coupent court et expédient promptement.
« Elles ne sortiront point de la maison sans la permission de la supérieure ou autre qui sera députée, et au retour elles se représenteront à elle et lui rendront compte de leur voyage.
« Elles n'enverront point de lettres, ni ouvriront celles qu'on leur aura écrites sans la permission de leur supérieure.
« Elles ne s'amuseront point à parler à la porte avec les externes, non plus que dans les maisons, sans permission.
« Elles seront soigneuses d'aller du moins tous les mois en la maison de la communauté pour communiquer avec la supérieure de tous leurs emplois, et s'y rendront toutes les fois qu'elles y seront mandées, pourvoyant auparavant aux besoins des malades.
« Elles se souviendront qu'elles s'appellent Filles de la Charité, c'est-à-dire filles qui font la profession d'aimer Dieu et le prochain, et partant, qu'outre l'amour souverain qu'elles doivent avoir pour Dieu, elles doivent exceller en la dilection du prochain, notamment de leurs compagnes ; selon cela, elles fuiront toute froideur et aversion à leur égard, comme aussi les amitiés particulières et attaches à quelques-unes d'entre elles, ces deux extrémités vicieuses étant les sources de la division et la ruine d'une compagnie et des particuliers, lesquels s'y entretiennent et s'y amusent ; et s'il arrive qu'elles se soient