A. Desdames, en Pologne, 18 juin IfifiO
heureusement les détails nous manquent. Toujours est-il que le cardinal-vicaire rejeta la proposition rivale, et que le Pape fit publier un nouveau bref, par lequel il approuvait et confirmait de son propre mouvement tout ce qu'il avait d'abord statué ; et, allant plus loin encore, il obligea, sous peine de suspense, non-seulement les sujets de la ville de Rome, mais encore ceux des six évêchés suburbicaires qui voudraient être ordonnés dans leurs diocèses, à faire la retraite des dixjoursàla Mission avant de prendre les saints ordres, se réservant à lui seul le droit de dispense, dont il n'usa jamais tout le temps de son pontificat, même lorsqu'il admettait à recevoir les ordres hors des temps ordinaires. Innocent XI confirma par des lettres circulaires les ordonnances d'Alexandre VII, et Innocent XII voulut même qu'on refusât ou qu'on retirât le pouvoir de confesser à tous ceux qui, préalablement, n'auraient pas fait pendant huit jours les exercices spirituels dans la maisou des Missionnaires. Innocent XII ordonna de plus les mêmes exercices tous les trois ans pour les curés de Rome, et tous les ans pour leurs vicaires. Quant aux ecclésiastiques sans emploi ou à bénéfices simples, il les exhorta vivement à recourir aussi à cette source de grâce sacerdotale.
Alexandre VII avait témoigné plus expressément encore son estime aux Missionnaires. Après avoir forcé leur supérieur Edme Jolly à faire des missions dans l'église de Saint- Jean-de-Latran, il voulut lui confier l'éducation des écoliers de la Propagande. Tout en bénissant Dieu qu'on eût pensé à sa « pauvre et chétive Compagnie pour servir l'Église universelle », Vincent voyait à ce projet bien des difficultés, notamment dans la dualité de gouvernement. « Les familles où il y a deux chefs non subordonnés, disait-il, n'en ont aucun ; les inférieurs qui
désagréent la direction de l'un recourent à l'autre. » . Néanmoins, il se mit en devoir d'obéir. Il écrivit donc à Jolly pour lui demander tous les renseignements nécessaires, et, comme il faisait toujours en pareil cas, il lui ordonna un pèlerinage aux sept églises pour obtenir de Dieu la manifestation de sa volonté et la grâce de l'accomplir1. Le projet eut un commencement d'exécution. Les prêtres de la Compagnie formèrent quelque temps les écoliers de la Propagande aux vertus chrétiennes et aux fonctions ecclésiastiques. « Plaise à Dieu, écrivait alors Vincent, de les animer de son esprit, et d'envoyer de bons ouvriers à son Église qui en a tant de besoin 2 ! » Mais, pour rendre l'œuvre efficace et durable, il aurait fallu un séminaire particulier pour les missions étrangères, avec des règlements appropriés à la bonne direction des jeunes écoliers. Pendant plusieurs années, ilfut, en effet, question d'établir un tel séminaire à Rome. Le pape songeait à réunir auprès de lui des ecclésiastiques toujours prêts à aller partout où il jugerait à propos de les envoyer pour la propagation de la foi, et il voulait former à Rome un séminaire où ils seraient élevés dans cet esprit. Il chargea son nonce en France de chercher à Paris des ecclésiastiques ainsi disposés, et le nonce voulut se décharger de ce soin sur Vincent de Paul. « L'affaire est très-importante, répondit le saint, et je m'y emploierai volontiers ; mais elle est d'une exécution difficile. On trouvera bien des ecclésiastiques qui promettront soumission au pape pour aller à Rome et y passer quelque temps aux dépens de ce séminaire ; mais, lorsqu'il en faudra venir au faire et auprendre,il y en aura'peu d'assez détachés d'eux-mêmes pour se vouera de pénibles emplois